Les éclaireurs du camp des Saints.

Mardi 29 octobre 2013 // La France

L’échec du multiculturalisme, la montée des communautarismes et la crise économique ne permettent plus à l’Europe d’accueillir toute la misère du monde.

L’image de ces 107 cercueils d’adultes et des 4 cercueils blancs d’enfants alignés dans le hangar du petit aéroport de l’île de Lampedusa ne peut laisser personne insensible. Ils contiennent les corps de quelques-uns des 460 migrants venants de Somalie et d’Érythrée qui voyaient ce petit bout de terre au sud de la Sicile comme une sorte de "terre promise". Près de 200 autres corps sont encore considérés comme disparus. Seuls 115 adultes et 40 enfants sont les rescapés de ce drame que le pape François a qualifié de symbole de « la mondialisation de l’indifférence ».

Depuis le début de l’année, cette île, située à seulement 125 kilomètres des côtes tunisiennes, a accueilli 4 000 migrants. Une situation ingérable pour ce territoire sans autre ressource que la pêche et qui ne compte que 4 500 habitants. De fait, Lampedusa est devenue la porte d’entrée dans la vieille Europe de la plus extrême misère du monde et la représentation parfaite de ce que l’écrivain Jean Raspail imaginait, il y a quarante ans, dans son fameux Camp des Saints.

Au moment où le sujet des Roms et de leur difficulté à s’intégrer en France anime les débats politiques au sein même du gouvernement et où l’affaire des naturalisations massives voulues par Manuel Valls suscite la forte désapprobation de nos concitoyens, ce drame de Lampedusa nous interpelle tous. Bien sûr, il y a la mort horrible de ces centaines d’êtres humains noyés à seulement 600 mètres des côtes européennes. Bien sûr, il y ale rôle écoeurant joué par ces passeurs mafieux qui prennent tout à des gens qui n’ont rien. Bien sûr, il y ale rôle admirable joué par des centaines de sauveteurs et de bénévoles italiens. Mais la pitié, la compassion et l’indignation ne suffisent ni à régler un problème aussi crucial que celui des flux migratoires ni à mettre en oeuvre des solutions pour éviter de nouvelles tragédies comme celle qui vient d’avoir lieu. Alors que faire ?

De abord, l’Europe doit tout mettre en oeuvre pour que les pays du sud de la Méditerranée exercent un contrôle sur ces clandestins cherchant meilleure fortune ailleurs que chez eux. Cela passe par des accords politiques avec des pays comme la Libye, la Tunisie, l’Algérie ou le Maroc, voire par la mise à disposition de personnels adéquats. Mais il ne suffit pas d’empêcher les clandestins d’embarquer sur des cercueils flottants. Il faut aussi aller à l’origine même de ces flux migratoires, en Somalie, en Érythrée, au Kurdistan, dans les pays africains en guerre ethnique et partout où la misère du monde constitue une bombe à retardement. C’est par la coopération directe avec ces pays et par le démantèlement des réseaux de passeurs que de telles expéditions dramatiques pourront être progressivement réduites, voire stoppées.

Ensuite, même si cela bouscule les bonnes consciences, il faut rappeler que la France et l’Europe ne peuvent plus accueillir toute la misère du monde. L’échec du multiculturalisme, la montée des communautarismes, l’impossibilité de certains peuples à se fondre dans nos démocraties pour des questions culturelles ou religieuses et la crise économique, qui crée un quart-monde au sein même de nos territoires, ne permettent plus à la vieille Europe, si généreuse autrefois, de rester une terre d’asile. La charité n’est pas contradictoire avec la lucidité. La pitié n’est pas antinomique de la clairvoyance. Et l’assistance à personne en danger ne signifie pas la transformation de nos côtes et de nos frontières en passoires.

Enfin et surtout, ces déplacements de populations qui pourraient prendre de plus en plus d’ampleur ne cesseront que lorsque l’Europe cessera d’être une "pompe aspirante" par la prodigalité de ses États-providence. Sait-on que l’Europe, toute cette Europe vers laquelle voguent de frêles esquifs, et pourquoi pas demain des paquebots entiers, représente 7% de la population mondiale mais 50 % des dépenses sociales distribuées sur la planète ? Cette disproportion est un mal en soi pour l’Europe, ses économies et son avenir. Elle est surtout à l’origine de ces gigantesques déséquilibres entre l’hémisphère Nord et le Sud et donc une plaie pour l’écosystème mondial.

C’est en ne restant ni indifférente à ce drame de Lampedusa ni à ce qui peut être fait pour en empêcher de nouveaux que l’Europe retrouvera sa dignité dans le respect de ses valeurs judéo-chrétiennes. Sans quoi nous serons condamnés à être spectateurs de ce que l’Apocalypse annonçait avec ces mots : « Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la Terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la Terre, elles investiront le camp des Saints et la Ville bien-aimée. »

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