Les délires du genre.

Samedi 1er mars 2014 // La France

La Manif pour tous a contraint le gouvernement à reculer sur la loi consacrée à la famille, mais la théorie du genre se diffuse à l’école. La vigilance s’impose plus que jamais.

Dossier coordonné par Laurent Dandrieu.

« L’Éducation nationale refuse totalement la théorie du genre », a asséné Vincent Peillon, tandis que Dominique Bertinotti a accusé ceux qui s’inquiètent de sa propagation à l’école « d’agiter des fantasmes » et que Najat Vallaud-Belkacem, qualifiant les inquiétudes des parents d’élèves, appelés par Farida Belghoul à une symbolique journée de retrait de l’école, de "rumeurs" et de "manipulations", continuait à répéter son tout récent credo : « La théorie du genre, ça n’existe pas. »

Des parents que ces dénégations n’ont manifestement pas convaincus, tant cette thématique était au coeur des préoccupations des centaines de milliers de marcheurs qui, les dimanches, à Paris comme à Lyon, ont défilé à l’appel de La Manif pour tous. Des manifestants qui, parmi les innombrables atteintes à la famille auxquelles ils s’opposent, défilaient aussi pour que leurs petites filles aient encore demain le droit, si ça leur chante, de choisir de jouer à la poupée et leurs garçons de préférer les camions de pompiers à la dînette... "Pas touche à nos stéréotypes de genre !", proclamait fièrement une pancarte de La Manif pour tous, surmontant un dessin représentant une petite fille en robe de fée et un petit garçon déguisé en Zorro.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : sous prétexte de promouvoir l’égalité entre garçons et filles, le pouvoir met enplace, pas à pas, par petites touches, une politique qui consiste à nier l’altérité sexuelle. Une politique qui, conformément à une habitude bien ancrée de ce gouvernement, ne dit pas son nom jusqu’à ce qu’elle soit assez engagée pour être considérée comme irréversible, mais qui n’en est pas moins claire, continue, univoque. En réalité, pour nos gouvernants, la théorie du genre n’est pas une rumeur : c’est une obsession.

Ainsi, la théorie du genre ce rejeton du féminisme gauchiste américain des années 1970 qui veut que l’identité sexuelle, plus qu’une évidence de nature, soit soit une construction socio-culturelle, actuellement ordonnée pour maintenir la domination masculine, mais que chacun doit être libre de modifier au gré de ses envies et de son ressenti , n’existerait pas et ne serait donc pas, a fortiori, mise en pratique à l’école.

VincentPeillon et Najat Vallaud-Ben-Belkacem

Politique présentent les ABCD de l’égalité, le 13 janvier à Villeurbanne.

Mais Vincent Peillon écrivait pourtant, en février 2013, dans Refondons l’école : « La lutte contre les stéréotypes de genre...] doit être menée avec force à tous les niveaux de l’enseignement. »

Laura Slimani, présidente des Jeunes Socialistes : "Oui, le genre, ça existe, et oui, nous allons l’enseigner à l’école."

Le 31 août 2011, dans une interview à 20 minutes, Najat Vallaud-Ben-Belkacem était encore plus explicite : « La théorie du genre, qui explique l’identité sexuelle des individus autant par le contexte socioculturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité et de faire oeuvre de pédagogie sur ces sujets. »

Quant à Laura Slimani, la nouvelle présidente des Jeunes Socialistes, elle n’a pas encore eu le temps d’intégrer la nouvelle ligne de dénégation, puisqu’elle déclarait, le 1e, février : Oui, le genre, ça existe et oui, nous allons l’enseigner dans les écoles. Pour s’en convaincre, il suffit d’ailleurs de jeter un oeil aux innombrables textes officiels qui s’y réfèrent : s’il s’agit seulement de lutter contre les inégalités hommes-femmes, pourquoi le vocabulaire du genre, jamais utilisé jusqu’à ces dernières années, y apparaît-il avec un tel systématisme ? « Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, note Olivier Vial, fondateur de l’Observatoire de la théorie du genre, il y a une progression spectaculaire de son influence, liée notamment à la présence importante de militants dans les cabinets ministériels. »

Publié le 31 octobre 2012 par Matignon, le Programme d’actions gouvernemental contre les discriminations commises en raison de l’identité sexuelle et de l’orientation de genre fait la part belle à la théorie du genre ; une insistance toute particulière est mise sur le formatage des jeunes esprits, sous le titre transparent de « S’appuyer sur la jeunesse pour faire évoluer les mentalités », soulignant notamment que « les associations ont beaucoup d’idées pour avancer sur ce sujet. Nous devons ouvrir les portes des établissements scolaires à ces initiatives ».

Vincent Peillon, dans sa lettre aux recteurs de janvier 2013, les incitait à relayer le programme gouvernemental de lutte contre les discriminations liées à « l’orientation de genre » et les actions de Ligne azur, une association très militante de conseil aux jeunes, sur le site de laquelle l’identité sexuelle est définie pour l’idéologie du genre, toute différence garçon-fille est en soi un stéréotype et une inégalité comme « le sentiment d’appartenance à un genre (masculin, féminin, trans...) » Remis en juin 2013 à Vincent Peillon, le rapport sur les Discriminations LGBTphobes à l’école contient des dizaines de référence au genre, se proposant entre autres choses d’aider à combler le "retard" de la France dans la prise en compte des « phénomènes de non-conformité de genre durant la jeunesse ».

La loi de refondation de l’école de juillet 2013 prévoit de former les enseignants à « la lutte contre tous les stéréotypes comme ceux liés au genre ». La Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, 2013-2018" pullule de recommandations visant à « rendre visibles les études sur le genre, ou à former les enseignants à ces problématiques.

Le rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, Lutter contre les stéréotypes filles-garçons, remis le 15 janvier 2014 à Najat Vallaud-Ben-Belkacem, est entièrement imprégné de cette idéologie, qu’il s’agit d’appliquer dans les domaines les plus inattendus, comme les pratiques sportives ou la santé, où l’on ignorait jusqu’alors l’importance du genre « comme déterminant des inégalités de santé ». S’il propose au passage de s’inspirer « des Bender studies anglo-saxonnes », ce rapport n’a pas besoin de recourir à ce type de vocabulaire pour en être empreint : il repose tout entier sur cette conception typique de l’idéologie du genre qui voit toute différence entre filles et garçons comme un "stéréotype" et une "inégalité ». Si garçons et filles témoignent de goûts différents, de comportements différents, ce ne peut être que le résultat d’un endoctrinement rétrograde. En réalité, ce n’est pas l’égalité que vise l’idéologie du genre, c’est l’identité.

Ainsi martelé tins les documents officiels relatifs à l’école, comment le genre ne se retrouverait-il pas dans les établissements scolaires ? Il n’y a même pas eu besoin pour cela d’attendre la gauche au pouvoir, puisque c’est sous Luc Chatel, ministre de l’Éducation de Nicolas Sarkozy, que la théorie a fait son apparition dans les manuels scolaires. Ainsi pouvait-on lire, dans un manuel de sciences destiné aux élèves de première, publié par Hachette en 2011 : « Seul sexe bien établi, le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n’est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. »

Outre les manuels, il y a aussi les supports pédagogiques. Premier syndicat du primaire, le SNUipp-FSU a publié en mai 2013 un rapport Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire très marqué par l’idéologie du genre, qui préconise notamment d’utiliser en CP des livres comme Papa porte une robe, Jean a deux mamans, J’ai deux papas qui s’aiment. Grand classique des partisans du genre, le texte Il ou elle permet aux élèves de CM1 et CM2 de se mettre dans la peau d’un(e) enfant qui hésite entre l’identité sexuelle de son papa et celle de sa maman... Projeté à des élèves de CE2, CM1 et CM2 durant le temps scolaire, le film Tomboy, de Céline Sciamma, leur donne en exemple une petite fille, Laure, qui se fait passer pour un garçon, Michaël. Révélateur de la "neutralité" idéologique de ce choix, le dossier pédagogique du film précise : « Laure semble pouvoir aller jusqu’au bout de l’hypothèse Michaël. »

Autre sujet de discorde entre Vincent Peillon et les opposants à la théorie du genre : les ABCD de l’égalité. Expérimenté dans 600 classes, de la maternelle jusqu’au CM2, ce dispositif, sous prétexte de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge, entreprend de brouiller leurs repères. Olivier Vial y voit une « propagande douce » à même de « perturber la construction de l’identité sexuelle des enfants ». Propagande qui vise aussi les enseignants, puisqu’il leur propose entre autres un outil d’auto-évaluation, sous forme d’examen de conscience, qui les invite par exemple à s’interroger sur la « prise en compte du genre dans [mon] enseignement ». Le site Vigigender a par ailleurs pointé d’étranges parallélismes entre ce programme gouvernemental et le manifeste lesbien publié en 1999 par un forum féministe et lesbien...

Le ministre de l’Éducation ouvre l’école à des militants qui revendiquent leur absence de neutralité.

Décidé à généraliser l’éducation sexuelle à l’école dès l’âge de 6 ans, Vincent Peillon lie ouvertement cette éducation à la lutte contre les discriminations "liées à l’identité de genre". Dans une circulaire du 4 janvier 2013, il invitait les recteurs à favoriser « les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes ». Parmi elles, le Planning familial ou SOS Homophobie, qui revendiquent clairement leur caractère militant : « Nous assumons notre identité militante et engageons des questionnements sur les représentations de la sexualité hétéronormée, sur les normes inégalitaires de genre », écrit ainsi le Planning familial.

À noter que l’Organisation mondiale de la santé, dans son rapport de 2010 sur "les normes d’éducation sexuelle en Europe", préconise d’informer les enfants de 0 à 4 ans sur la masturbation et les rôles de genre, puis ceux de 4 à 6 ans sur l’homosexualité pour les conduire à l’acceptation des différentes formes de sexualité...

Comme, selon Najat Vallaud-Ben-Belkacem, « on n’arrivera pas à l’égalité si on ne s’attaque pas à la construction des stéréotypes dès le plus jeune âge », elle a apporté son soutien, en septembre 2012, à la crèche Bourdarias de Saint-Ouen, première "crèche neutre" française qui, sur le modèle suédois, se propose de traiter les enfants en faisant abstraction de leur sexe. Une neutralité qui aboutit en réalité à une violence faite aux enfants, puisqu’elle leur dénie leur identité profonde. Nos enfants ne sont pas des cobayes  !, criaient les marcheurs de la Manif pour tous. Apparemment, le ministère de l’Éducation nationale pense tout le contraire.

Le camarade Peillon ministre, emporté par son idéologie néojacobine, veut lutter contre les inégalités filles-garçons pour mieux formater nos têtes blondes.

Il n’y a pas d’enseignement de la théorie du genre à l’école, mais une éducation à l’égalité fille-garçon, a asséné, sur un ton ferme, Vincent Peillon, le 28 janvier, à la suite de la journée de retrait de l’école (IRE) organisée pour dénoncer l’intrusion de la théorie du genre dans les établissements scolaires. Pour le ministre de l’Éducation, cette "rumeur" serait une manipulation orchestrée par des groupes intégristes pour attaquer l’école républicaine. Pourtant, cette théorie du genre est désormais omni présente dans les documents ministériels.

Le ministre tiendrait-il un double discours ? Pas vraiment. Le trait dominant de Peillon est moins l’ambivalence que la détermination.

Cet agrégé de philosophie est un farouche idéologue qui n’a qu’une idée en tête, terminer la Révolution française par ce qui lui a fait défaut : « une révolution des consciences », dont le moteur serait l’école, à condition qu’elle soit refondée. C’est sa grande mission sans cesse revendiquée dans ses écrits théoriques et ministériels. Et, depuis son arrivée au ministère, Vincent Peillon oeuvre pour que l’école puisse, non pas instruire l’illettrisme galopant attendra mais « changer les mentalités ». Comment ? « Par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles » et par une « religion de la terreur » (censée supplanter définitivement le catholicisme) définie comme la « révolution morale » incarnée par le socialisme du XXIe siècle.

L’école deviendrait-elle un relais de propagande ? Le ministre s’en défend. Mais méfiance, c’est un « serpent », avait lâché François Hollande, comparaison peu flatteuse mais parlante pour celui qui manie la subversion avec art et embrouille les esprits en brouillant les concepts. Ainsi, dans ses discours, lutter contre les discriminations s’inverse et devient discriminer tout ce qui peut maintenir le lien d’appartenance à une culture commune. La théorie du genre, qui éradique la différence et la complémentarité des sexes pour mieux uniformiser la société, va dans le sens de la volonté explicite du ministre d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ». Et, naturellement, "de genre".

Répondre à cet article