Les clés de la liberté.

Par Stéphane Denis

Lundi 3 décembre 2012 // Le Monde

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Du débat entre Obama et Romney, on aura surtout retenu qu’Obama a été mauvais. Quelle stupéfaction pour ses adorateurs français qui faisaient déjà de son adversaire un nouveau George Bush ! En fait, ce fut comme si les écailles tombaient des yeux. Le président est soudain apparu pour ce qu’il est et que résume le New York Times : un homme indécis, à court d’idées, condescendant et désagréable. Mais ce qui m’a frappé est la qualité du débat, son intérêt, la façon dont les candidats ont dû répondre aux questions. Pour une fois, on a appris beaucoup de choses en les écoutant.

C’était tellement différent des débats des élections américaines précédentes et surtout d’un débat à la française que je me suis promis de regarder les deux suivants. Quand on se souvient de la sinistre rencontre Hollande-Sarkozy, des interminables émissions sur mesure qui l’avaient précédée, on se prend à espérer que les chaînes de télévision publiques ou privées, peu importe, envoient balader la tutelle où elles croupissent et proposent enfin, pour la prochaine fois, des débats présidentiels à l’américaine new-look.

J’écris des débats parce qu’il faudrait bien sûr qu’il y en ait plusieurs entre les candidats arrivés en tête. Deux au moins. Nicolas Sarkozy l’avait voulu mais François Hollande l’a refusé, pas courageux mais pas bête. Les chaînes auraient dû l’imposer. Elles auraient dû s’imposer. Qui aurait refusé un défi public ? Mais elles n’ont pas osé.

On a continué de leur dicter leur conduite et leurs dirigeants qui songeaient à leur reconduction ou aux intérêts de leurs propriétaires ont étouffé toute suggestion de leurs rédactions. Qu’elles profitent donc de la période actuelle pour arracher leur liberté des mains molles de l’État. Admirable voeu, pieux comme un tronc d’église.

Je n’ai aucune chance d’être entendu

Quant à leur indépendance, elle est garantie, quand elles sont publiques, parla pérennité de leur financement et la stabilité de leurs dirigeants. Enfin, elle devrait l’être et Aurélie Filippetti, qui est romancière et ministre de la Culture et de la Communication, pourrait demander à la romancière de pousser la ministre dans cette voie de la liberté. Il n’y a pas trente-six solutions. La plus simple consisté à revenir sur l’absurde décision de Nicolas Sarkozy et de rétablir la publicité que l’on a supprimée. La seconde, de maintenir la nomination des présidents de l’audiovisuel public en Conseil des ministres, après proposition d’un nom par le conseil d’administration des chaînes. Personne ne serait autorisé à remettre en question le financement ni la gestion pendant la durée d’un mandat suffisamment long pour qu’il échappe aux échéances politiques. Publicité à part, c’est en gros le système de la BBC qui produit des émissions ambitieuses, populaires, et dont l’indépendance est à peu près complète, y compris quand il s’agit d’argent dans un pays où, comme le disait Tony Blair, le pouvoir est dans la main des médias.

En France, les médias restent dans la main du pouvoir pour toutes les raisons que l’on sait. Et je n’ai pas entendu d’aveu plus ingénu que celui d’un membre de l’UMP dont le nom m’échappe mais qui réclame que l’on nomme des journalistes de droite dans les médias audiovisuels comme François Mitterrand avait fait nommer des journalistes de gauche en 1981. Cher monsieur de 1’UMP, le bon journaliste est celui qui est mal vu par la gauche quand la gauche est au pouvoir, et mal vu par la droite quand la droite est au pouvoir. Cela n’empêche pas les opinions ; cela empêche qu’elles soient toujours prévisibles. Et nous ne manquons pas de bons journalistes qui ont des opinions, comme nous en avons beaucoup de mauvais qui passent pour des prodiges d’impartialité.

Reste cette question de la différence qui devrait exister, selon Aurélie Filippetti, entre l’audiovisuel public et l’audiovisuel privé. La qualité d’un côté, la quantité de l’autre. Elle me semble artificielle. Le problème est de savoir quel résultat on veut obtenir, et il est le même pour toutes les chaînes de télévision : de l’audience. Sans audience, pourquoi faire de la télévision ?

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