Politique Magazine

Les chrétiens du Liban assiégés.

Vendredi 28 juin 2013 // La Religion

Paradoxe : les chrétiens du Liban ont largement contribué à construire le pays mais ils ne sont plus démographiquement majoritaires. S’ils conservent malgré tout une certaine influence, grâce aux institutions, leur avenir reste cependant en suspend.

DE NOTRE CORRESPONDANT ANTOINE DENIZOT

De l’avis de tous, c’est une communauté assiégée, surtout au Sud Liban. Si, au centre du pays, notamment dans le Chouf et autour de Beyrouth, les chrétiens d’Orient restent un groupe prépondérant, au sud, ils sont noyés dans un environnement très majoritairement chiite dominé par la propagande guerrière du Hezbollah.

Ce sentiment d’encerclement et d’isolement s’est traduit au fil des années par un effacement de l’empreinte chrétienne dans tout le Moyen-Orient où elle existait (Turquie, Liban, Syrie, Irak, Iran, Jordanie, Palestine et Égypte). Au Liban, ces communautés sont passées de 60 % à près de 30 % de la population, soit près de 1,5 million de personnes pour une population globale du pays estimée à 4 millions de personnes. Le phénomène est encore plus prégnant dans le sud où les chrétiens (maronites, romains, orthodoxes...) ne représentent plus que 15 % de la population. Toutefois, les chrétiens du Liban représentent encore la plus forte proportion chrétienne des pays arabes - les Coptes qui se dénombrent environ 7,5 millions ne représentent que 10 % de la population égyptienne. Cette particularité née de son histoire et de sa géographie, faisant du Liban, un « pont » entre deux mondes, lui a permis très tôt de devenir un État « moderne ».

Deux facteurs expliquent que cette communauté ne trouve plus sa place au sein du Liban moderne. Premièrement, la faible natalité au sein des communautés chrétiennes accélère leur déclin démographique. La hausse du niveau de vie, l’éducation des femmes, l’évolution des moyens de contraception ou l’influence des moeurs occidentales, expliquent en grande partie cette évolution. Aujourd’hui, malgré un net fléchissement, la natalité chez les femmes musulmanes est deux fois plus importante que celle qui est devenue la norme chez les chrétiennes.

SE CONSTRUIRE UN AVENIR

Secondement, l’émigration affecte la jeunesse chrétienne libanaise depuis le milieu des années 70 et le déclenchement de la guerre civile. Cette jeunesse bien formée par les écoles chrétiennes, adaptable, parlant le français et l’anglais, est désireuse de se construire un avenir dans des pays sans conflits. Ainsi la diaspora chrétienne libanaise est l’une des plus importantes au monde. Particulièrement présente en Europe et aux États-Unis, elle laisse entrevoir aux chrétiens restés au pays, le reflet d’une vie plus facile et plus respectueuse de leur identité religieuse. Cette émigration résulte aussi de la lassitude devant l’échec du processus d’intégration des différentes communautés, générant conflits sur conflits et des haines larvées.

La fuite des cerveaux est la conséquence de l’impossibilité où sont les chrétiens, de peser et d’agir dans des sociétés arabes de plus en plus islamisées. Ce monde musulman exacerbe ses ressentiments en assimilant à tort les chrétiens d’Orient à un Occident jugé brutal et dominateur : il y a au fond une jalousie de l’ancien statut d’élite des chrétiens. Cette discrimination, à laquelle s’ajoutent les incertitudes géopolitiques de la région, alimente un réel sentiment de peur qui ravive le traumatisme des persécutions et des massacres perpétrés dans les années 1840 et 1860.

Malgré ces difficultés, malgré cette menace de dhimmitude, les chrétiens du Liban savent qu’ils ont encore un rôle important à jouer comme l’a rappelé Jean-Paul II en 1997 à Beyrouth : « Les souffrances des années passées ne seront pas vaines. Elles fortifieront votre liberté et votre unité. »

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