Les boufons de la gauche.

Lundi 20 octobre 2014 // La France


Voiçi deux crétins et une enflure. Quand les « comiques prennent le pouvoir »

Ils manipulent le pouvoir, ils imposent leur « morale », MAIS, où s’arrêteront-ils ?

Humoristes : On les entend partout et tout le temps. Ils commentent l’actualité, livrent leurs analyses. Ce sont les servants de la morale « bobo ». Enquête sur des comiques pas drôles. Ils n’apparaissaient naguère que dans les émissions de variétés ; entre Tatayet, le ventriloque, et Rémy Bricka, l’homme-orchestre. Les plus talentueux (Pierre Desproges, Thierry Le Luron) avaient droit à leur minute, celle de Monsieur Cyclopède, ou remplissaient les salles de spectacle. On les aimait ou pas mais enfin, on les choisissait, ils ne s’imposaient pas et n’avaient pas d’autre ambition que de nous amuser. Cette époque-là, celle du rire sans emphase ni prétention, mais aussi
celle des mots d’esprit, cette époque est révolue. La grosse machine du rire s’est mise en marche et l’on ne peut en réchapper à moins de vivre en ermite.

Sophia Aram, deux fois par semaine sur la radio d’Etat « France Inter. Sophia, c’est la foldingue du politiquement vulgaire et outrancier.

Ce ne sont pas des chansonniers, dont les traits, nous ont toujours enchantés, ils sont partout, et surtout là où ils n’étaient pas : matin, midi et soir, comme une drogue qu’il nous faudrait ingurgiter, ils s’emploient à commenter l’information. A la radio dont ils ont envahi les matinales dans les journaux qui nous proposent leurs chroniques, à la télévision dont ils occupent les plateaux et des spectacles avant 20 heures et bien après.

Non sans talent pour certains : Nicolas Canteloup et Laurent Gerra, servis par une équipe de collaborateurs astucieux n’en manquent pas, même s’ils tapent souvent sous la ceinture. Mais d’autres, qui se piquent d’esprit, sont plus laborieux et beaucoup moins drôles : Sophia Aram, par exemple-,ou Nicolas Bedos - le fils de Guy. Encore échappe-t-on désormais à Stéphane Guillon et Didier Porte, qui officiaient sur France Inter avant d’être remerciés en juin 2010.

« Les humoristes aujourd’hui foisonnent leurs saillies font florès, et sont légion ceux qu’elles cueillent de bon matin, les quelques millions de Français réveillés par l’inévitable "gondolade" radiophonique », résume le philosophe François L’Yvonnet, qui leur consacre un pamphlet, Homo comicus.De cette république du rire, nos comiques ne sont plus les bouffons mais les princes, ou les petits marquis, c’est selon. Car ce sont devenus gens sérieux que ces humoristes « parlant gravement d’eux-mêmes et de la corporation. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer, sauf à vouloir précipiter la disparition de la sacro-sainte liberté d’expression dont ils seraient l’actuelle incarnation »,poursuit L’Yvonnet. « je ne suis pas un comique, disait Guy Bedos, je suis un satiriste. » L’esprit de sérieux s’est emparé de nos amuseurs.

Comment expliquer cette invasion, et de quand date cette prétention ? Sans doute faut-il remonter à Coluche pour s’en faire une idée. La figure du comique se confond désormais avec celle du saint laïc, et l’on célèbre chaque année son œuvre philanthropique, les Restos du cœur. C’est à peine si l’on se rappelle qu’il faillit se présenter à l’élection présidentielle en 1981.

Le candidat "Bleu, blanc, merde" (c’était son slogan) brigue alors le suffrage des minorités (« les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés... », précise-t-il sur une affiche) car « les minorités ajoutées les unes aux autres, ça fait quoi ?Je vous le donne en mille, Émile : ça fait la majorité ! ». Les rieurs sont de son côté, certains philosophes aussi : Gilles Deleuze et Pierre Bourdieule soutiennent. « Avant moi, la France était coupée en deux, maintenant elle sera pliée en quatre ! », claironne-t-il avant de retirer sa candidature, quelques semaines seulement avant le premier tour. Mais Coluche n’était encore qu’un franc-tireur. Il ne prétendait pas faire école. Il fallait un média puissant pour diffuser dans la société l’esprit libertaire imbibant le microcosme culturel.

L’étape est franchie quand est créée la première chaîne de télévision privée, Canal Plus, dont bien des animateurs vont ensuite s’inspirer. Diffusées chaque soir vers 20 heures, les saynètes des Guignols de l’info tournent vite au jeu de massacre politique. Ils sont la matrice d’un rire que nos nouveaux humoristes et leurs nombreux disciples pratiquent aujourd’hui par conformisme. « La dérision contemporaine campe dans l’insolence, mais la posture est sans conséquence, souligne Jean-Claude Guillebaud dans une autre vie est possible (L’iconoclaste). Il est commode de rire du curé du pape ou du rabbin, du politique ou du juge, du policier, du préfet ou-du prof Ce sont des cibles fragiles sur lesquelles chacun peut tirer sans péril. » Il y a quelque chose de nihiliste dans cet humour tous azimuts.

Fille d’une ex-adjointe au maire de Trappes, Sophia Aram, 39 ans, a commencé sa carrière sur les planches. Son premier spectacle, Du plomb dans la tête, mettait en scène une cellule de soutien psychologique après le suicide d’une institutrice de maternelle. Le second, Crise de foi, nous promue « dans le monde détirant » des trois religions monothéistes : « Ce n’est plus un thème, c’est une kermesse, il suffit de se pencher pour trouver de quoi rire », dit-elle. Sur France Inter, Sophia Aram semble avoir mis tout son talent non dans les mots qu’elle prononce mais dans sa diction sucrée, plutôt agréable à écouter. Mais suffit-il de traiter les électeurs du Front national de "gros cons", même d’une voix acidulée, pour faire preuve d’impertinence ? Ou de défendre le mariage homosexuel en suggérant que ses adversaires sont homophobes pour être spirituel ?

Quand Nicolas Bedos, que les téléspectateurs ont découvert sur France 2, compare la France à « une bourgade moyenâgeuse qu’un VRP cocaïné [Nicolas Sarkozy] s’est payée à coup de pub pour en foutre plein la vue à une chanteuse de variétés », s’agit-il vraiment d’humour ? Est-ce drôle aussi de traiter les policiers de « racailles tombées du bon côté » ? Nicolas Sarkozy (encore lui) de « gnome réactionnaire » ? Et Jean-François Copé de « voyou », de « sous-raciste » et de « chasseur de têtes frontistes », comme il l’a fait dans-Marianne ? La satire se résume souvent à quelques sarcasmes...

Il est vrai que Nicolas Bedos, dont chaque intervention ferait rougir un charretier mal embouché, ne se veut pas humoriste mais "auteur" mais il ne se veut pas non plus de gauche ! Il est vrai, aussi, que Sophia Aram se défend d’avoir insulté les électeurs du Front national le CSA a pourtant envoyé un rappel à l’ordre à France Inter après la diffusion de son billet d’humeur : Il est vrai, enfin, que Didier Porte (ex-chroniqueur sur France Inter) ne se dit pas seulement humoriste mais « journaliste de complément » : « On va plus loin, on ne dépend pas d’une rédaction. On est là pour mesurer les limites de la corporation des journalistes, pour voir jusqu’où on peut aller et dire des choses », expliquait-il en 2009 à Daniel Schneidermann (Arrêt sur images).

C’est ce que fit Stéphane Guillon, en février de la même année, quand il tourna Dominique Strauss-Kahn en dérision après l’affaire Piroska Nagy. Comme Didier Porte, cet humoriste réputé corrosif a d’abord travaillé dans l’équipe du Fou du roi avant de rejoindre la matinale de France Inter pour brosser le portrait de l’invité de la rédaction. Critiqué par le directeur du FMI, Guillon préféra plaider après coup la « plaisanterie de potache ». On ne saurait pratiquer l’art de l’esquive avec plus de souplesse.

La confusion des genres est telle que la question se pose : faudrait-il reconnaître aux humoristes la qualité d’éditorialistes que certains revendiquent symboliquement ? Libérés des règles y compris déontologiques qui s’imposent aux journalistes, les voilà qui se donnent pour mission de décrypter l’information pour en dévoiler la "face cachée" et, le plus souvent, en critiquer les acteurs. « Guy Carlier nous définit comme des vengeurs masqués : Je pense que c’est une belle définition, résumait Stéphane Guillon dans l’émission Mots croisés (France2) en 2009. On dit tout haut ce que des milliers de gens voudraient pouvoir dire à l’antenne. Autant en profiter ! » Et ils en profitent !

Beaucoup exploitent leur notoriété pour asséner leur vérité comme Jamel Debbouze, qui jugea « xénophobe » d’évoquer le port de la burqa lors du débat sur l’identité nationale lancé parla droite : « Les gens qui vont dans ce sens-là sont des racistes. Voilà ce que je pense ! »

Debbouse tu pus la BOUZE de vaches. Molière, Louis XIV la France aurait bien besoin de vous ; Les Debbouses et consorts sont devenus fous.

Les humoristes occupent tant de place qu’on serait tenté de compléter la typologie des intellectuels dressée par Régis Debray... Le philosophe distingue trois époques dans l’histoire des intellectuels français : le cycle universitaire, marqué parle magistère républicain des professeurs à la fin du XIXe siècle ; le cycle éditorial, qui débute après la Première Guerre mondiale, l’influence des écrivains ; enfin le cycle médiatique, dont les journalistes seraient les principaux acteurs depuis la fin des années 1960, l’information se substituant à la connaissance. On pourrait presque y ajouter un "cycle comique" ouvert par nos humoristes, personnages principaux de la société du spectacle.

Car l’ambition intellectuelle de ces enfants de la télé n’est pas mince : la plupart se réclament de Voltaire et de Beaumarchais dans le but de justifier leurs insolences. Pourquoi pas ? À condition de rappeler que l’on risquait à l’époque la Bastille, alors que nos dirigeants politiques affectent de rire à leurs saillies, quand ils ne rêvent pas d’avoir leur marionnette aux Guignols ! Réservant leurs flèches à des cibles qu’ils peuvent ajuster sans risques (surtout l’Église, dont la puissance occulte semble les fasciner), nos humoristes sont habiles à se préserver. On ne sait, à vrai dire, s’ils fixent le la du prêt-à-penser médiatique ou s’ils en sont les produits les plus aboutis. « Les épisodes comiques que les télévisions et les radios distillent à longueur de journée ne sont pour l’essentiel qu’acquiescements à dis stéréotypes, à un système qui frappe tout d’indistinction. Le néohumorisme est un phénomène de masse », relève François L’Yvonnet. Nul n’oserait aujourd’hui refaire certains sketches des Inconnus...

L’idéologie libertaire du "rebelle à roulettes"

L’insolence politiquement correcte de ces nouveaux humoristes les apparente au personnage du rebelle décrit dès 1998 par l’essayiste Philippe Muray dans ses Exorcismes spirituels et dont il distingue deux variétés : le "rebelle-de Mai" (ou rebellâtre), « ce spécialiste libertaire des expéditions pumitives sans risques », et le "rebelle à roulettes , qui « ale vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse [...1. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance [... ]. À Paris, il a voté Delanoël ». ( pédale douce)

Muray, dont la virtuosité verbale était sans limites, usait d’un autre surnom pour désigner ces fous du roi si bien en cour : les "mutins de Panurge"... ou les matons. « Il n’y a plus qu’un désordre : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes », ajoutait-il avec une ironie glaciale. C’est en cela, aussi, que nos comiques se distinguent des philosophes dont ils revendiquent pourtant l’héritage. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire », disait Voltaire. Ce n’est pas l’impression que laissent leurs chroniques, à la différence, aussi, de celles des chansonniers. « Nous pratiquons la satire à fleuret moucheté. Le sang perle un peu, mais pas plus », disait Jean Amadou. « Toujours le mot, la pointe ! » lance à Cyrano l’un des cadets de Gascogne chers à Edmond Rostand. Un art subtil que ne maîtrisent pas tous les humoristes. 

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