Les bonnes affaires du blogueur Grillo en Italie.

Lundi 15 avril 2013 // L’Europe

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Les militants du Mouvement 5 étoiles commencent à s’apercevoir de l’avis de confidentialité publié au moment de l’inscription sur le blog de la folie de « GRILLO ». En communiquant ses données personnelles, chaque nouveau membre autorise en effet implicitement l’envoi de communications d"`initiatives commerciales et publicitaires".

Une telle liste de personnes et d’adresses triées par intérêts communs (la politique en l’occurrence) est une véritable manne pour une agence de marketing comme Casaleggio et associés [entreprise d’informatique spécialisée dans le conseil en stratégie de réseau, qui gère entre autres le site de Beppe Grillo]. Par ailleurs, il est clair que l’adresse Internet du blog de Grillo a été relancée par les urnes. [Pendant les% élections générales de fin février]", la mention Beppegrillo.it figurait d’ailleurs sur les bulletins de vote juste au-dessous du symbole du M5S.

Vu le rôle fondamental qui lui est assigné, le blog croule sous les visites, depuis sa mise en service [au début des années 2000]. Grillo lui-même s’est chargé de préciser le nombre de visiteurs dans un rectificatif envoyé le 15 avril 2011 au journaliste Enzo Di Frenna du Fatto Quotidiano, coupable d’avoir confondu dans un article les visites quotidiennes avec les visites mensuelles.

"Le blog est lu en moyenne par 5,2 millions d’utilisateurs par mois", écrit le comique, vexé d’avoir été sous-estimé. Un chiffre astronomique confirmé par Google Ad Planner, qui estime à plus de 173 000 le nombre de visiteurs uniques par jour du 4 février au 5 mars 2013, pour une moyenne quotidienne de pages vues comprise entre 2 et 5 millions. Ces données peuvent également être confrontées avec celles de certains quotidiens en ligne dont le nombre de pages vues est légèrement supérieur - selon les statistiques d’Alexa, une société d’analyse, filiale d’Amazon. A titre d’exemple, le site du Fatto Quotidiano se place deux rangs au-dessus de Beppegrillo.it dans le classement des portails les plus visités d’Italie (à la date du 11 mars). Il a totalisé en février à peine moins de 76 millions de pages vues, certifiées par les mesures d’audience de la société d’études marketing Nielsen.

On peut donc légitimement penser que le site du comique a dépassé les 56 millions de pages vues au cours de ce même mois. Un chiffre calculé en multipliant simplement l’estimation quotidienne la plus basse de Google AdPlanner par le nombre de jours. Pendant la campagne électorale, le site a atteint des records absolus. Au cours des trois derniers mois, le pourcentage d’internautes ayant visité le portail de Grillo a progressé de 82 %. Les pages vues, quant à elles, ont augmenté de 96 % (données Alexa).

Connaître le nombre de pages vues est extrêmement important pour comprendre le volume d’affaires généré par la publicité. Le blog utilise deux types d’annonces. La première source de revenus est Google AdSense, la plus grande régie publicitaire du web, propriété du moteur dé recherche. AdSense verse une commission pour chaque clic effectué sur ses annonces, indépendamment de la conclusion de transactions successives (comme l’achat des produits). La seconde source est le partenariat avec le site d’e-commerce Amazon, qui octroie un pourcentage sur les produits vendus aux clients provenant du blog.

Pour savoir à combien s’élèvent les commissions d’AdSense, je me suis fait passer pour le patron de la société Solaris, un fabricant de panneaux solaires. [...] J’ai pu rapidement m’apercevoir que le coût par clic se révèle très élevé : 2,43 euros. Restait à comprendre quelle part de ces 2,43 euros arrive finalement dans les poches du blogueur. Neal Mohan, vice-président de Google AdSense, vient à la rescousse. En 2010, il a révélé, "dans le souci d’une plus grande transparence", le pourcentage octroyé par Google aux webmasters : "Nous vous reversons 6.8 % du montant acquitté par nos clients sur les annonces publiées sur vos sites." Une quote-part qui n’a pas subi de variation ces dernières années. Un rapide calcul nous permet de déduire que l’administrateur du blog encaisse 1,65 euro par clic sur la publicité Solaris.

Selon le dernier rapport de la régié publicitaire Doubleclick pour la zone Emea (Europe, Moyen-Orient, Afrique), il faut compter en moyenne un clic pour 1 000 pages visualisées. A en croire les mesures du trafic de AdPlanner, sans limite de budget, le blog aurait donc pu encaisser 92400 euros grâce à l’annonce Solaris pour le seul mois de février 2013. Si le lien était resté actif tout au long de 2013, ce chiffre aurait pu dépasser 1,2 million d’euros. Il s’agit bien évidemment d’une estimation. Reste que le public du blog de Grillo fait confiance au comique, est sensible aux thématiques environnementales, et donc plus enclin à cliquer sur les liens.

Produits dérivés

Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio tirent également profit de la vente de livres, d’e-books et de liseuses électroniques. Amazon leur reverse jusqu’à 10 % du prix du catalogue sur chaque exemplaire vendu de l’e-book, coécrit avec Dario Fo, Il Grillo canta sempre al tramonto [Le Grillo chante toujours au coucher du soleil, éd. Chiaralettere, 2013]. Il s’agit d’une commission octroyée par Amazon pour chaque acquéreur redirigé sur son site, à ne pas confondre avec le droit d’auteur. L’e-book en question, toujours selon la description du site d’e-commerce, est édité par Casaleggio et associés. "Les droits d’auteur, écrit Grillo sur son blog, seront affectes à des oeuvres de bienfaisance." Pas un mot, en revanche, sur le sort des commissions versées par Amazon.

Sur le site du MES, la collecte de fonds se poursuit avec un objectif affiché : le million d’euros qui permettrait de rembourser les frais de campagne. Il faut savoir que le portail du mouvement est englobé dans l’adresse Internet Beppegrillo.it. Toutes les pages visualisées de la plateforme du Mouvement 5 Etoiles sont donc comptabilisées comme des pages visualisées sur le blog de Grillo. Un mélimélo utile pour faire grimper le site du comique dans les classements nationaux et le rendre plus appétissant aux yeux des annonceurs.

Soupçons

Difficile d’évaluer avec précision le chiffre d’affaires du site de Beppe
Grillo. Si le blog vendait des bannières publicitaires à travers une régie traditionnelle, on pourrait l’estimer sûrement autour de 1,46 million d’euros par an. Les liens coûteraient probablement aux annoceurs autour de 1,46 million d’euros pour chaque millier de visites, un tarif qui correspond à la moyenne italienne des portails d’information en ligne calculée par un rapport du Reuters Institute for the Study of Journalism. Pas franchement des broutilles, il suffirait que Grillo applique la transparence qu’il veut imposer aux partis et divulgue les profits qu’il tire de son site Internet pour écarter tout soupçon. Il serait intéressant, par exemple, de savoir combien lui rapporte la publicité pour l’agence immobilière Mirica Flor de Pacifico qui se propage sur son blog ces derniers jours.

"Construisons ensemble ton nouveau mode de vie." Où donc ? Les villas se situent à Guanacaste, au Costa Rica, précisément là où le chauffeur de Grillo, Walter Vezzoli, voulait réaliser son rêve : construire un village d’habitations autosuffisantes.

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