Les Tombes de Tombouctou.

Chrétiens unissez-vous face à « l’islam noir »

Mercredi 1er août 2012 // Le Monde

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Drapeau de FranceLes fanatiques qui occupent aujourd’hui Tombouctou veulent un Maghreb islamique, au sens wahhabite du terme.

Le lieu est hautement symbolique : Tombouctou est un endroit mythique depuis le premier récit de Léon l’Africain (1525). Aujourd’hui bourgade famélique à moitié absorbée par le désert (la vraie capitale de la région est Gao), elle survit dans l’imaginaire collectif mondial (l’Unesco l’a inscrit au patrimoine de l’humanité) grâce à quelque chose de rare en Afrique saharienne, l’existence de sources écrites, les Tarikhs AI-Fattah et as-Sudan, qui au XVIe et —au XVIIe siècles, alors que la ville était sous domination marocaine, ont exalté l’empire songhai (Gao) que l’occupation marocaine (depuis 1591) avait détruit.

Ensuite, la ville sera prise et reprise plusieurs fois entre Touaregs et Peuls avant de tomber devant les troupes coloniales françaises en 1894.

La manière n’a rien d’extraordinaire : depuis le XVIIl° siècle, la réaction wahhabite en Arabie s’en est prise à tous les tombeaux, à commencer par celui du prophète Mohamed lui-même. Pour les « puritains » de l’islam, au nom de « l’Unicité », il ne saurait y avoir aucun culte particulier, un intermédiaire, aucun intercesseur entre le Tout-Puissant et le fidèle. Notamment, aucun culte des morts. Quelques cailloux, parfois une pierre plantée droite, c’est tout ce qu’on connaît souvent d’un cimetière. Cet ascétisme a souvent été cité comme un trait de la grandeur de l’islam au désert (Psichari !). Cela ne fait pas de difficulté à « l’islam noir » proprement dit (Vincent Monteil) ; les Noirs, y compris non musulmans, avaient toujours procédé de même avant les missionnaires.

 Le geste des occupants de Tombouctou contre huit mausolées de « saints » ou de « marabouts » n’est donc pas dirigé contre les Touaregs ni contre d’autres groupes maliens, mais contre les origines de cet islam populaire de cultes « annexes » aujourd’hui jugés hérétiques (« hypocrites » dans la langue coranique), à savoir le Maroc et l’Algérie.

Historiquement, ce sont les Marocains qui ont exporté leur type d’islam, dit de droit malékite, jusqu’à ce bout du monde qu’était Tombouctou, débouché de la « route du sel » sur la boucle du fleuve Niger.

Aux premiers temps du GIA, dans les années quatre-vingt-dix, les islamistes algériens avaient déjà commencé leur campagne d’épuration » du culte musulman en commençant par les cimetières. La généalogie est claire jusqu’à l’AQMI (Al Qaeda pour un Maghreb islamique), progressivement chassé du Nord algérien vers le Sud puis repoussé hors des frontières algériennes, au Nord-Mali. Les militants qui sévissent actuellement à Tombouctou se réclament d’une dissidence de l’AQMI, le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest) qui s’est illustré par l’enlèvement le 5 avril à Gao du consul d’Algérie et de six collaborateurs, puis par des attentats en territoire algérien, à Tamanrasset et Ouargla. Ils sont « Algériens » ou « Arabes » plus qu’Africains (au sens de l’Afrique subsaharienne).

La rébellion touareg s’est perdue dans les sables, sans doute en cours de récupération partielle par Alger, en prévision d’une offensive contre ces militants qui ont retrouvé une base arrière, contournant le désert, pour reprendre leur guérilla contre le régime algérien. Ce sera une guerre algérienne et pas une guerre ouest-africaine.

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