Les Français au pied du mur.

Dimanche 14 octobre 2012 // La France


Pendant que le peuple est écrasé de taxes et d’impôts, nos ministres font la fête.
Ils sont dès notre, ils ont bu du champagne comme les riches….

Un peu partout en Europe, des économies drastiques sont en cours pour résorber des dettes publiques intenables. La France n’est pas le pays le moins touché par la crise. Alors qu’il devient urgent que l’État réduise de façon drastique son train de vie, et, donc les dépenses publiques, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, récuse toute forme d’austérité.

Ruse ou ironie de l’histoire ? Plutôt faraude mais vaguement inquiète du pouvoir qui vient de lui échoir grâce aux caprices du suffrage, la gauche dispose, pour la première fois depuis la guerre, de tous les rouages. Et, le comique, si nous n’étions pas dans la tragédie, c’est qu’il lui revient - nolens, volens - si elle veut éviter la faillite du pays, de porter le fer dans le fruit de ces chimères qui lui sont congénitales. A savoir, un Etat providence surchargé, omnipotent et impotent, une fiscalité proprement confiscatoire, le mépris des réalités entrepreneuriales, un assistanat social généralisé et corrupteur.

Tout ce qui constitue, en fait, cette fameuse « exception française », modèle socialisant archaïque, stérilisateur des énergies novatrices dont le logiciel jacobin et étatiste est directement issu des « Lumières » et de la Révolution. « Exception française » dont les dogmes surannés sont hélas partagés à « droite » par les Chirac, Juppé, Fillon et Raffarin.

Alors que le déroulé de la crise économique et financière qui secoue la planète n’est pas sans rappeler les années 1930, l’observateur impartial ne peut manquer d’être frappé par l’insouciance de l’immense majorité des Français. Il est vrai que nos compatriotes se bercent du mutisme et des illusions distillées par la quasi-totalité des responsables politiques qui savent que le malade n’est pas disposé à entendre son mal.

LE ROI EST NU

D’autant que la génération d’après-guerre, élevée pendant les Trente Glorieuses, a bénéficié d’un niveau de vie et d’avantages sociaux croissants, avant de financer, une fois les « baby-boomers » arrivés aux affaires, dans les années 1970, la poursuite de leur enrichissement par le crédit, l’endettement, l’inflation et le gonflement jusqu’à l’apoplexie de l’État-providence.

Mais, aujourd’hui, le roi est nu. Le pays ploie sous le fardeau d’une dette écrasante et de déficits publics abyssaux, avec un chômage massif, des plans sociaux de plus en plus nombreux, une compétitivité en berne et un commerce extérieur terriblement dégradé. La vérité : c’est que l’État est plus endetté que la production nationale (1 800 milliards d’euros plus 800 milliards de pensions), alors même que s’ajoute à cela une dette privée de 120 % du PIB, compensée, il est vrai, par une épargne de 1400 milliards d’euros, et autant d’avoirs à l’étranger.

La vérité : c’est que le taux de chômage atteint 10 %. La vérité : c’est que la France cumule un déficit budgétaire et un déficit commercial tous deux élevés (5,2 % du PIB pour le premier en 2011 et 3,5 % pour le second). La vérité : c’est que la dette publique frôle les 90 % et que les entreprises sont handicapées par la faiblesse de leur taux de marge, un symptôme parmi d’autres de leur -perte de compétitivité. La vérité : c’est que l’industrie est en recul et ne compte plus que pour 13 % de la valeur ajoutée brute totale.

La vérité : c’est que la croissance française est molle avec un rythme annuel moyen d’à peine plus de 1 % au cours des dix dernières années (2001 - 2011), soit un point de moins par rapport à la décennie précédente, un niveau à mettre en regard d’une moyenne historique de 3,3 % entre 1950 et 2001.

Des performances médiocres qui ne doivent pas faire oublier toutefois nos points forts. Désormais « grande puissance moyenne », selon l’expression de Valéry Giscard d’Estaing, la France peut néanmoins se prévaloir de sources de richesses diversifiées, d’une démographie plutôt dynamique avec des ménages disposant d’une épargne conséquente. Avec un endettement privé raisonnable, il apparaît que la dette française, bien que sous la surveillance des agences de notation, n’en demeure pas moins une valeur refuge, une sûreté qui se paie d’un rendement historiquement bas de 3 % sur l’OAT 10 ans.

Enfin, la France compte encore de nombreuses multinationales de renom, parmi les premières de la classe, et dispose d’un savoir-faire incontesté dans de nombreux secteurs d’activité qu’il s’agisse de l’aéronautique, du luxe, du nucléaire de l’agroalimentaire, du BTP, du pétrole, des services aux collectivités ou de la santé.

UNE ATTRACTIVITÉ MOINDRE

Des atouts qu’il conviendrait de ne pas gâcher. À l’heure où l’attractivité stagne dangereusement. C’est ainsi que notre pays a de plus en plus de mal à attirer les investissements étrangers, comme le révèle le baromètre d’Ernst and Young. Si, pour la première fois, en 2011, les étrangers ont investi davantage outre-Rhin (597 projets) que dans l’Hexagone (540), il apparaît que le vrai signal d’alarme est à rechercher dans la tendance notée depuis plusieurs années, à savoir que, lorsque nos voisins allemands attirent 2,3 fois plus d’implantations qu’en 2005, la France reste immobile. Et le cabinet d’audit et de conseil de noter : jadis, l’Allemagne était chère, fermée et coupée en deux, aujourd’hui, l’écart du coût de la main-d’oeuvre s’est estompée.

L’Allemagne s’est tournée vers l’extérieur. Elle investit, par exemple, cinq fois plus que la France en Europe de l’Est. De surcroît, l’Allemagne a gagné la bataille des réformes de compétitivité. Elle est portée à l’export par ses PME et ses entreprises familiales, sans oublier le concours d’une cohorte de sous-traitants qui rendent son territoire attractif. En comparaison, la France recule car elle perd notamment de son crédit auprès des investisseurs des pays à forte croissance comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine.

Fondamentalement, pour les investisseurs étrangers, la France manque de culture entrepreneuriale et tarde à s’inscrire dans la mondialisation ; elle s’accroche à son modèle social obsolète et campe sur une position défensive en se contentant d’atouts hypothétiques ou fragiles comme sa position géographique.

Enfin, avec cette hérésie pernicieuse des 35 heures et l’opposition à toute réforme en matière de flexibilité du marché du travail, les Français apparaissent totalement irréalistes comme l’a montré récemment le retour en arrière partiel sur la retraite à 6o ans. D’autant que les classements internationaux, pour contestables qu’ils puissent être, font apparaître un décrochage dans le domaine de l’enseignement (classement de Shangaï sur les universités) ou dans l’innovation (Global Innovation Index).

Dans ces conditions, rendre responsables de la situation de l’économie française la mondialisation, la politique de Nicolas Sarkozy ou la crise de l’euro, est non seulement stupide mais puéril.

Certes, l’émergence de nouvelles puissances, aux potentiels démographiques supérieurs à la France, a pu laisser croire à certains esprits peu avertis que l’économie française avait atteint son apogée et ne pouvait dès lors que décroître. D’où ce sentiment diffus que mondialisation allait de pair avec délocalisation et chômage, et cette crainte, exprimée par deux tiers des Français, d’un déclassement du pays. De même qu’il est Plus commode de voir la paille dans l’oeil du prochain que la poutre dans le sien, il est plus facile de recourir à la sinistrose et d’incriminer les autres plutôt que de se remettre en question.

UN CHOC DE COMPÉTITIVITÉ

C’est pourtant, au regard de la gravité de la situation, ce que la Cour des comptes demande au pouvoir et à nos compatriotes. Pour cet organisme, totalement indépendant des autorités politiques, il apparaît que le redressement de l’économie française ne sera possible que si les dépenses publiques (État, sécurité sociale, collectivités locales) ne progressent pas plus vite que l’inflation. À condition également de faire porter l’inéluctable effort fiscal non pas sur les impôts qui affectent la production et donc la compétitivité, mais sur la consommation (TVA ou CSG). Et la Cour d’appeler l’État à faire des économies drastiques et de noter, au passage, que seule une réduction globale du nombre de fonctionnaires donnerait des marges de manoeuvre en matière salariale.

Il y a urgence et on ne voit pas par quel miracle les Français pourraient passer entre les gouttes de la crise. Or, qu’a proposé jusqu’ici le gouvernement Ayrault, à part charger la barque d’impôts, taxes et charges en tout genre : une « grande conférence sociale »... Ils adorent ça, la palabre, les socialistes !

Certes, la « Conférence sociale » est chaque année un moment incontournable depuis la loi Larcher en 2007, qui en a prévu le principe. Depuis cette date, chaque année a été marqué, en moyenne par quelque 30 000 accords d’entreprise, i 000 accords de branche et 40 accords interprofessionnels.

Aujourd’hui, toutefois, cette « grande messe sociale » rituelle intervient dans un contexte périlleux qui commande d’avoir l’obsession de la compétitivité de nos entreprises. Le stade des thérapies douces et de la calinothérapie est dépassée. Et la tentative de François Hollande, qui a démontré son talent à la tête du PS pour « synthétiser » les différents courants, d’appliquer derechef ce mode de fonctionnement à la France, ne peut mener qu’à l’impasse et aux illusions. C’est un homme de gauche, particulièrement honorable celui-là, qui rappelle le socialisme triomphant à la réalité. Louis Gallois, ancien patron d’EADS, a ainsi plaidé, lors des iae Rencontres économiques du Cercle des économistes, début juillet à Aix, pour un « choc de compétitivité ».

Et de noter que les chefs d’entreprise français perdent confiance dans des proportions « massives ». D’où la ’nécessité d’une baisse radicale des charges qui pèsent sur les entreprises. D’où l’impératif d’un transfert gouvernemental de « 30 milliards d’euros de fiscalité pour faire baisser les charges sociales des entreprises ».

D’horizons politiques différents, tous les intervenants à ces assises ont par ailleurs dénoncé « la faible profitabilité des entreprises, ce qui entrave leur capacité à innover, à exporter, à investir et à créer des emplois ». Et, pour faire bonne mesure, de préconiser une « meilleure efficacité des marchés du travail, une montée en gamme de production et un financement adapté de l’économie française par l’encouragement de l’épargne à long terme ».

LES BOUCS ÉMISSAIRES

Ce n’est pas, à l’évidence, la voie choisie par le nouveau pouvoir socialiste plus prompt à manier la matraque fiscale, à blâmer, stigmatiser, mais surtout surtaxer et surimposer tous ceux qui dans ce pays mettent encore de l’énergie au service de la croissance, de l’emploi ou de la conquête de nouveaux marchés. Alors que 56 % de la richesse nationale passe déjà dans les mains de la puissance publique, il ne faudrait pas oublier les leçons de l’histoire qui montrent qu’au-delà d’un certain seuil le relèvement des taux d’impôts est contre-productif pour l’État lui-même et les classes moyennes. Ne serait-il pas plus sage et efficace de réduire les taux d’impôt en élargissant la base imposable tout en essayant, avec pragmatisme, de favoriser le retour des capitaux expatriés ?

Croit-on que c’est en infligeant une taxe de 20 % sur l’intéressement et la participation que l’on va motiver les plus actifs qui oeuvrent pour que leur entreprise soit rentable ?

Faire payer les riches ! Au-delà du slogan démagogique, a-t-on bien réfléchi que cette catégorie de Français constitue les premiers contributeurs au budget de l’État, que ce sont eux - grandes entreprises ou particuliers - qui créent de l’emploi en France et participent au premier chef au financement de la protection sociale. Or, si à la tranche des 75 % vous ajoutez la CSG sur les salaires ou sur les plus-values, la CRDS et l’ISF, vous aboutissez à une ponction de près de 90 %. A l’évidence, un taux confiscatoire. Faut-il alors s’étonner si nombreux sont ceux qui pendent à quitter un pays aussi inhospitalier ? Les patrons de PME qui le peuvent sont déjà partis et toutes les grandes entreprises se demandent où situer leur nouveau siège social et expédier leurs cadres supérieurs.

D’autant que les attaques du gouvernement contre les entreprises surviennent dans un contexte particulièrement délicat où le taux de marge de celles-ci, c’est-à-dire leur possibilité d’investir une fois réalisés leurs bénéfices, na jamais été aussi bas depuis 1985, à 28.6 %. En outre, avec des lois qui changent au gré des lubies des uns et des autres, ce pays crève d’insécurité fiscale. Alors que les politiques ont été incapables depuis trente ans, hors les efforts louables du quinquennat Sarkozy, de gérer convenablement la sphère publique, nos socialistes, peu désireux de mettre un frein à la dépense publique, pratiquent la politique du bouc-émissaire. Haro sur tous ceux qui réussissent : les « riches », les entreprises et, très vite bien sûr, les classes moyennes, éternelles vaches à lait d’un État irresponsable et impécunieux, pourtant peu qualifié pour donner des leçons de vertu car il ne suffira pas à l’évidence de « faire payer les riches ».

MORALE SOCIALISTE ?

La « justice fiscale », formule magique et ritournelle du nouveau pouvoir, aspiration certes enracinée dans la mémoire collective française, peut-elle être totalement assimilée à la « justice sociale » ? La question mérite d’être posée. S’il est naturel que deux personnes ayant le même revenu soient imposées de la même façon, ne faut-il pas se demander si, pour être viable, une société peut privilégier à tout prix un objectif d’égalité, voire d’égalitarisme, quitte à sacrifier l’efficacité économique ?

En outre, ne faut-il pas casser le mythe socialiste bien vivace mais faux de l’investissement public qui crée automatiquement de l’emploi aujourd’hui et de la croissance demain ? Par ailleurs, alors que les politiciens ou fonctionnaires qui décident de mauvais investissements, n’encourent aucune sanction alors qu’ils jouent avec l’argent du citoyen contribuable, les entreprises du secteur privé qui se trompent, le payent, assez rapidement et au prix fort car la richesse de l’entrepreneur est à risque. Voilà bien une énorme différence.

Si bien que, face aux utopies socialisantes, fourrier de ce puissant sentiment atavique d’envie si français, on peut dire que l’impôt est un vol dès qu’il outrepasse ses fonctions légitimes ; à savoir, dans toute société libre respectueuse de l’État de droit : assurer l’ordre public, fournir des biens et des services publics à bon prix. Il conviendrait une bonne fois pour toutes d’arrêter de traiter la fiscalité sous le prisme de l’idéologie et de confondre morale et socialisme. La seule morale, c’est la morale naturelle.

Un peu partout en Europe des économies drastique sont en cours pour résorber des dettes publiques intenables. En France, le plus ahurissant, c’est de voir un Premier ministre récuser toute forme d’austérité dans un pays où les dépenses publiques représentent 56,7 % du PIB contre 4’7 % en moyenne en Europe.

Or, alors que le pays entre en récession, le seul chemin qui demeure pour éviter la faillite, ce serait l’engagement collectif et vertueux du pays que l’État réduise de façon drastique son train de vie, et donc les dépenses publiques, comme le lui demandent la Commission de Bruxelles, la Cour des comptes et l’Inspection des finances.

Comme il ne saurait être question raisonnablement de diminuer les ressources des grandes fonctions régaliennes (armée, police, justice), ce sont l’administration et l’État-providence dont les voilures doivent être sérieusement réduites. Tout le reste n’est que vains bavardages et perte de temps, alors qu’il y a le feu dans la Maison France.

Répondre à cet article