Les Français : Malheureux comme un « Froggy ».

S’ils adoptaient le mode de vie et la langue des Britanniques, les Français se sentiraient bien mieux dans leur peau.

Mardi 16 avril 2013 // La France

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Chère Grande-Bretagne, j’ai deux bonnes nouvelles pour toi. Pour commencer, les Français sont malheureux. D’après un sondage réalisé [en 2011] par BVA-Gallup, ils seraient le peuple le plus pessimiste du monde. Et pan dans les gencives de cette alliance contre nature entre la gauche britannique et l’Office du tourisme français qui n’a cessé de nous asséner que la France avait fait de son quotidien un authentique art de vivre. Pendant des années, on nous a vendu l’image d’un pays de philosophes où refusaient l’économie de marché tout en engloutissant des litres de vin, en bénéficiant de semaines de travail de 35 heures, de syndicats militants et de vacances d’été qui paraissaient plus longues que l’été lui-même. Au contraire, apparemment, les Rosbifs, ces puritains frustrés et thatchériens, auraient beaucoup plus confiance dans leur avenir.

Mieux encore, il semble que le seul moyen pour les Français de sortir de la morosité serait de s’inspirer un peu plus des Britanniques. Claudia Senik, professeure à l’Ecole d’économie de Paris, a publié dans le magazine The Local un article qui a fait l’effet d’une bombe [l’étude de Claudia Senik sera présentée courant avril à la Royal Economic Society]. Les Français, écrit-elle, se sentiraient moins déprimés s’ils parlaient l’anglais. Oh ! comme j’aimerais rapporter ces propos au président François Hollande, le grand critique du mode de vie anglo-saxon ! Et comme j’aimerais surtout le dire à haute et intelligible voix mais dans un anglais approximatif, comme pour demander le chemin de la gare !

Isolés. Pour Claudia Senik, trois facteurs sont à l’origine du pessimisme des Français. D’abord, leurs écoles sont trop bonnes. "En France, [...] la majorité des élèves ont l’habitude d’avoir de mauvaises notes, explique-t-elle. Quand ils pensent à leur mérite ou à leur valeur, ils pensent à ces notes, qui sont généralement basses ou moyennes." A l’évidence, c’est un compliment à double sens, mais les élèves britanniques sont plus heureux car notre système d’enseignement est considérablement plus souple. Plusieurs décennies d’enseignement libéral centré sur les élèves (où les enfants sont récompensés pour leur simple présence) ont créé une génération de Britanniques qui ont l’habitude d’être félicités pour leur intelligence supérieure même s’ils n’ont rien dans la tête. Ensuite, les Français n’ont pas accepté de perdre leur empire. ii fut un temps où la France contrôlait une grande partie du monde et où Paris attirait les plus grands peintres et musiciens. Certes, nous avons tous dû nous habituer à devenir le caniche des Etats-Unis ou le marché des articles chinois à bas prix. Mais la France a eu plus de mal à s’adapter au changement car son orgueil l’empêche de suivre le programme du XXIe siècle. "Il y a quelque chose, au plus profond de l’idéologie des Français, qui leur inspire de l’aversion pour la mondialisation des marchés", précise Claudia Senik. En revanche, la passion pour la finance, les longues heures de travail et les licenciements faciles, que les Françaig associent dédaigneusement aux Britanniques, nous permettent de mieux exploiter la nature impitoyable de l’économie mondialisée. Dire non au fondamentalisme du marché libre n’a pas rendu les Français plus heureux mais simplement plus pauvres et plus isolés.

S’adapter ou mourir. Enfin et surtout, Claudia Senik considère que le plus gros problème des Français est qu’ils ne parlent pas l’anglais. Elle écrit : Pour être plus heureux, les Français devraient étudier davantage les langues étrangères. Être heureux ne se réduit pas à parler une langue étrangère, c’est être capable de s’intégrer plus facilement dans notre univers mondialisé, ce qui est possible quand on parle l’anglais. Pour tous les élèves contraints de se coltiner de fastidieux manuels de français pour apprendre à dire "table" et "crayon", ces mots doivent être agréables à lire. Il en ressort que c’est moins aux Britanniques d’apprendre le français qu’aux Français d’apprendre l’anglais et de venir passer leurs vacances chez nous pour le pratiquer. Bref, c’est la montagne qui doit aller à Mahomet. Difficile en découvrant tout cela de ne pas se sentir incroyablement suffisant.

L’orgueil français qui se manifeste dans la distance du pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis n’a pas aidé la France à conserver une identité riche et puissante mais a contribué à la couper du reste du monde. Quant aux autres mesures du projet de l’Union européenne - les efforts pour protéger des industries vieillissantes ou préserver un État providence ridiculement généreux, elles ont pour effet non pas d’accroître le bonheur, mais de rendre encore moins apte à s’adapter aux vents du changement. Il faut s’adapter ou mourir, sous peine de finir ses jours prisonnier de lugubres palabres sur Sartre dans un café miteux des Champs-Elysées.

 

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