Mediapart

Les Européens passent Chypre par-dessus bord.

Par Martine Orange

Vendredi 5 avril 2013 // L’Europe

C’était à nouveau un sommet de la dernière chance, négocié sous la menace d’un ultimatum de la Banque centrale européenne, ponctué d’apartés, de moments de tension. Comme à l’habitude, il finit par un accord à l’arraché au milieu de la nuit. Cette fois pourtant, le plan de sauvetage imposé à Chypre donne l’impression qu’en dépit de toutes les assurances données par les Européens, la situation pourrait vite échapper à tout contrôle. Il y a un jour après.

L’explosion désordonnée à la fois du système bancaire et de l’économie chypriote, programmée par l’Europe et le FMI, contient des conséquences incalculables. Car, même s’ils s’en défendent, c’est bien à cela que va conduire le plan de sauvetage adopté dans la nuit de dimanche à lundi par les 17 pays membres de la zone euro.

Irrités par la résistance et les atermoiements du nouveau gouvernement chypriote, qui pendant toute une semaine a cherché en vain à trouver des alternatives, les Européens ont d’autant plus augmenté leurs exigences qu’ils sont persuadés que Chypre ne présente « aucun risque systémique », comme l’a assuré Jorg Asmussen, membre allemand du directoire de la BCE. Que pèse en fait une île qui fait moins de 0,2 % du PIB européen et qui demande 10 milliards d’euros d’aide ? Les réactions des marchés financiers la semaine dernière les ont confortés dans cette opinion. À aucun moment, ils n’ont semblé s’inquiéter de la situation à Chypre, déplorant juste que l’Europe fasse une entorse à ses principes sur la garantie des dépôts bancaires.

Les manifestations se succèdent dans l’île. Les uns dénoncent le hold-up, les autres parlent d’une troisième guerre mondiale financière. « Nous sommes les cobayes de la zone euro. Le FMI est en train de faire sur nous un test grandeur nature », déplorait un Chypriote. De fait, fatigués des énièmes plans de sauvetage qui ne fonctionnent pas, l’Allemagne et le FMI, qui désormais ont clairement pris la direction des opérations dans la zone euro, ont imposé un cadre nouveau. Il y aura certes 10 milliards d’euros de crédits, accompagnés, comme il se doit dans tout plan de la Troïka, de mesures d’austérité, de consolidation budgétaire et de privatisations. Mais celui-ci sera doublé par un apport d’au moins 7 milliards par le gouvernement chypriote.


© Reuters

Aucune des propositions avancées par le président Nicos Anastasiades, que ce soit la nationalisation des fonds de pension, l’apport en garantie des biens de l’église orthodoxe chypriote, la plus grande fortune de l’île, ou autre, n’a trouvé grâce aux yeux des Européens. Pour eux, tout devait passer par la restructuration à chaud du système bancaire chypriote.

C’est le plan que l’Allemagne et le FMI préconisaient d’adopter la semaine dernière qui, finalement, a été arrêté. À deux nuances près, comme l’avaient exigé les milieux financiers : les dépôts bancaires inférieurs à 100 000 euros seront exonérés de tout prélèvement, afin de respecter la garantie donnée par l’Europe ; les banques étrangères installées à Chypre seront tenues à l’écart de tout prélèvement, pour la grande satisfaction de BNP Paribas, de la Société générale, de la Deutsche Bank ou de la Commerzbank, qui, elles aussi, avaient su trouver quelques avantages à venir s’installer dans le paradis fiscal chypriote.

Répondre à cet article