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Législatives : le PS vise la majorité absolue sans le Front de gauche.

Mercredi 13 juin 2012, par Lenaïg BREDOUX // La France

Législatives : le PS laisse le Front de gauche de côté

Les socialistes préparent les législatives dans l’incertitude

« On n’est pas en 1981. » Jean Mallot, député sortant de l’Allier, a changé de costume avec l’élection de François Hollande. Après les législatives, il va officiellement devenir directeur de cabinet du ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, Alain Vidalies. Un poste qu’il a déjà occupé entre 1988 et 1993 quand le PS n’avait pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée. En 2012, le climat n’est pas non plus à l’euphorie. « On n’est pas dans le jour et la nuit, explique Jean Mallot, en référence à la célèbre phrase de Jack Lang sur 1981. La situation de crise calme les esprits. »

Sur le terrain, les candidats de gauche voient des électeurs peu passionnés par la bataille législative, parfois lassés d’une campagne qui dure depuis des mois. « Les gens savent qu’il y a des législatives, c’est déjà ça. Mais ça ne les intéresse pas », abonde le député socialiste du Finistère, Jean-Jacques Urvoas. « On n’est pas dans une période de forte envie de politique, confirme Pascal Durand, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts. C’est un fait que l’arrivée de la gauche et des écologistes ne déclenche pas la même espérance qu’en 1981. Les gens sont vannés, un peu cassés, un peu dépités. »

L'Assemblée nationale.
L’Assemblée nationale.© Reuters

À Paris, dans la Sarthe, à Lyon ou en Haute-Garonne, les candidats socialistes interrogés craignent la démobilisation de leur électorat. « Il y a un immense soupir de soulagement depuis le 6 mai. Les gens sont très satisfaits depuis mais c’est comme s’ils ne faisaient pas le lien avec les législatives », explique la députée PS de Paris, Sandrine Mazetier. « Il faut qu’on fasse un effort d’explication dans les derniers jours. Beaucoup pensent que c’est déjà joué », dit aussi Marietta Karamanli, sa camarade de la Sarthe. À Lyon, le sortant Pierre-Alain Muet résume : « Pour nous, l’enjeu c’est de mobiliser. »

La gauche, pourtant, ne doute guère de sa victoire. En témoignent les sondages, qui lui sont plutôt favorables, et les cotes de popularité élevées du premier ministre et du président de la République. Mais la victoire pourrait être étriquée. D’autant, rappelle Jean Mallot, au ministère des relations avec le parlement, que le redécoupage des circonscriptions, dit « redécoupage Marleix », favorise plutôt l’UMP. « On sait depuis 2009 qu’il nous faut bien plus que 50 % des voix pour avoir 50 % des députés », dit l’élu de l’Allier.

Au total, Christophe Borgel, un des spécialistes socialistes de la carte électorale, lui-même candidat en Haute-Garonne, vise la majorité absolue le 17 juin, fixée à 289 sièges sur un total de 577. Mais une majorité absolue de la gauche, et pas nécessairement du seul PS. À Solférino, on jure que les sièges obtenus par les socialistes et les partis alliés – Europe Ecologie-Les Verts, les Radicaux de gauche et le MRC de Jean-Pierre Chevènement – devraient suffire. « Je crois à une majorité avec, au minimum, les partis engagés par des accords électoraux », dit pudiquement Christophe Borgel. En clair : sans le Front de gauche. « Si c’est une majorité relative, on sait faire. On l’a prouvé entre 1988 et 1993. Mais ce n’est pas l’hypothèse qu’on privilégie », dit Jean Mallot.

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