Le scorpion et la tarentule.

Mercredi 26 décembre 2012 // La France

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On ne voit pas très bien ce qu’on peut reprocher à Copé et Fillon. Ils ne font jamais qu’appliquer à l’UMP les règles qui s’appliquent à la France. Cris et déchirements, une main sur le coeur, l’autre crispée sur la dague assassine ou la fiole de vitriol, appels à l’unité et mortelles invectives, protestations de dévouement au pays et froide avidité du pouvoir. Au moment où tombent les masques vertueux du sang-froid et de la compétence, surprise : nous est révélé ce que nous n’étions pas censés voir, le combat à mort du scorpion et de la tarentule. Le spectacle eût passionné La Fontaine, mais l’ambiance est plutôt shakespearienne. Comme le dit le Lacenaire des Enfants du Paradis, ce n’est pas un vaudeville, et il va y avoir du sang. La principale victime étant la pauvre UMP elle-même, qu’on aurait pu croire mithridatisée, mais qui n’en succombera pas moins à la double dose de venin que lui ont inoculé les deux terribles insectes qui cherchaient à la posséder.

Mais nous voilà pris entre deux sentiments : satisfaction de voir la vérité nue des mécanismes du pouvoir aussi abruptement démasquée, et inquiétude profonde devant l’avenir proche qui nous est réservé. Au moment même où nos deux nuisibles se battaient à mort, on apprenait qu’à Bruxelles, la Commission européenne décidait de renoncer à défendre, par des mesures protectionnistes appropriées, l’entreprise Bic contre la concurrence sauvage des produits chinois. Décision pratiquement sans appel possible. Voilà au moins un point sur lequel Fillon, Copé, Hollande et Montebourg seront d’accord, un point de consensus national : on ne fera rien pour protéger Bic. Tandis que s’entr’égorgent les insectes venimeux, la longue agonie de l’industrie française continue.

Copé est fini politiquement : son ambition a vouloir devenir le patron de l’UMP, l’a définitivement discrédité.

Puisque nous avons évoqué La Fontaine, on peut tout de même se demander si, de cette étonnante fable, peut se tirer une morale, pour autant que le mot morale ait encore ici un sens. Notre réponse sera celle-ci : saisissons le moment où l’arène (politique) est nue pour montrer aux Français tout ce que la politique perd à se laisser gagner par les jeux du cirque.

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