Le recul de la France en matière de résultats scolaires.

Par Tony Anatrella, psychanalyste, spécialiste en psychiatrie sociale.

Vendredi 17 janvier 2014 // La France

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Le recul de la France en matière de résultats scolaires trouve son origine dans les réformes mises en œuvres depuis 1975.

Le rapport Pisa de l’OCDE sur le recul de la France à la 25e place en matière de résultats scolaires confirme ce que nous savions déjà. D’ailleurs, la dernière étude de l’inspection générale de l’Éducation nationale sur l’école primaire montre qu’à peine 80 % des enfants parviennent à lire et à compter à la fin de ce cycle. Les origines de cette dégradation sont profondes et ne résultent pas d’un manque de moyens financiers ou d’enseignants.

1. Quels en sont les symptômes ? Ils concernent d’abord les plus faibles. Le système scolaire fabrique des handicapés de l’intelligence par défaut d’éveil et de formation structurante. Les indices sont nombreux : manque de concentration, de curiosité, de réflexion, d’effort et une fatigue mentale liée aux rythmes scolaires et à un sentiment d’insécurité. Autant de phénomènes qui accentuent l’impulsivité, l’agitation et les échecs répétés chez certains. Paradoxalement, l’école secrète ses propres pathologies de l’intelligence en voulant lutter contre l’échec.

2. Quelles en sont les origines ? La création du collège unique, en 1975, fut une erreur et la multiplication des bacs en tous genres en fut une autre. Les deux laissaient entendre que tous pouvaient accéder à l’université, alors que l’on a brisé des filières qui, aujourd’hui, manquent pour accéder à divers métiers. Les sciences de l’éducation, drapées dans des démarches en contradiction avec la psychologie des enfants et des adolescents, ont fait le reste. L’enseignant a été transformé en animateur afin de permettre aux enfants d’apprendre par eux-mêmes : situés en "chercheurs" comme dans les séminaires de doctorants, l’élève du primaire devait découvrir tout seul principes mathématiques et règles de la grammaire.

Le pire arriva avec les réformes de 1998 et 2005, qui voulurent placer l’enfant au centre du "système éducatif". S’il ne comprenait pas, c’était nécessairement la faute de l’enseignant, qui se devait être "au service" des enfants. Or, n’est-ce pas plutôt le savoir qui doit être au centre de l’école ? L’enfant et l’enseignant étant, l’un comme l’autre, situés face aux connaissances qui appellent le respect, l’estime et leur assimilation.

3. Quelles en sont les conséquences ? Au fur et à mesure qu’étaient mises en place des méthodes structurales en français et en mathématiques, l’on abandonnait l’étude chronologique de l’histoire pour une vision sélective et parcellaire, les élèves se sont appauvris, ayant du mal à accéder aux fonctions symboliques de l’intelligence et ne parvenant pas toujours à maîtriser ce savoir.

L’apprentissage du français à partir de la grammaire et de la littérature a été remplacé par 1"observation réfléchie de la langue", puisque les linguistes ont succédé aux grammairiens dans la fabrication des programmes. Le résultat est là, carence du vocabulaire, de la logique, de la compréhension, de la réflexion et méconnaissance du mouvement des idées. Or, la loi de la société s’apprend d’abord à partir des règles de la grammaire, lors de la socialisation scolaire, et non pas à cet âge dans le décodage "contextuel" des mots.

Enfin, depuis 1975, l’idéologie est entrée à l’école, faussant le rapport aux savoirs. La dernière en date, le genre, massacre les codes du masculin et du féminin dès l’école maternelle. Elle va développer des problèmes d’identité et du rapport au corps sexué, ce qui ne facilitera pas le fonctionnement de l’intelligence. Elle affirme une chose et son contraire et favorise de nombreuses confusions. Le changement des rythmes scolaires va dans le même sens idéologique : les activités ludiques, qui d’ailleurs ont été abandonnées en Finlande, comme la propagande du genre, font perdre du temps et ne débouchent sur rien.

En conclusion, ce système rend malade l’intelligence et n’aide ni les plus fragiles ni les plus démunis à apprendre et à développer les ambitions du savoir. Comment l’école peut-elle jouer son rôle d’ascenseur social ? L’échec scolaire doit se traiter dans une révision complète des structures et du contenu des programmes, libérés de l’idéologie et du pédagogisme, en tenant compte de la psychologie de l’enfant.

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