Le réchauffement n’explique pas tout.

Lundi 16 décembre 2013 // Divers


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Les événements météorologiques extrêmes ne sont pas nécessairement liés au changement climatique de la planète, mais ils servent parfois de prétexte pour accélérer la prise de conscience de l’opinion publique.

De nombreux climatologues ont sourcillé il y a quelques mois en entendant un profane bien intentionné invoquer des phénomènes météorologiques extrêmes dur démontrer que le réchauffement mondial était bien réel. "Nous pouvons choisir de croire que la super-tempête Sandy, la plus sévère sécheresse depuis des décennies et les pires incendies que certains Etats aient jamais connus ne sont que d’extraordinaires coïncidences. Ou nous pouvons choisir de nous rendre au jugement accablant de la science et agir avant qu’il ne soit trop tard."

Ces paroles sont extraites du discours sur l’Etat de l’Union prononcé par le président obama. Or rien ou presque ne permet de penser que le réchauffement climatique soit à l’origine de la tempête Sandy qui a dévasté le New Jersey, et à ce jour les scientifiques n’ont même pas essayé d’établir un lien entre le changement climatique et les feux de forêt.

Cela dit, le représentant conservateur du Texas, Lamar Smith, l’un des opposants du président, s’est lui aussi fourvoyé en écrivant un éditorial intitulé "Les phénomènes météorologiques extrêmes ne sont pas liés au changement climatique". De fait, ils le sont parfois. Des modèles climatiques ont incontestablement établi un lien entre plusieurs vagues de chaleur et le réchauffement climatique, qui peut accroître substantiellement les risques de chaleur extrême. Pour les climatologues, les phénomènes météorologiques extrêmes sont un terrain mouvant. Il ne fait aucun doute qu’il y a un réchauffement planétaire, mais il est au mieux hasardeux de vouloir le relier à des phénomènes particuliers comme un cyclone, une sécheresse ou une inondation. Pourtant, les politiciens, l’opinion publique et quelques rares scientifiques s’emparent immanquablement de phénomènes météorologiques frappants et faciles à comprendre pour défendre leurs idées sur une évolution à long terme. Et avec les voix d’activistes comme Al Gore et Bill McKibben, fondateur de 350.org [une organisation internationale environnementale], le discours sur le changement climatique est "aussi politique que scientifique", ainsi que le fait observer le climatologue Martin Hoerling, de l’agence américaine National Oceanic and Atmospheric Administration (Noaa).

Les climatologues ne renoncent pas pour autant à utiliser les phénomènes météorologiques extrêmes comme des exemples pour expliquer la science qui les sous-tend. L’énorme rapport international publié en septembre par le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) expose la perception actuelle des liens entre les phénomènes extrêmes et le changement climatique et présente de nouvelles méthodes pour évaluer ces liens.

Que ce soit ou non une bonne chose, les phénomènes météorologiques extrêmes sont en train de convaincre les Américains que le réchauffement mondial est à prendre au sérieux. Certains souhaiteraient mettre en place une sorte de programme d’assurance. Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis et d’autres pays riches refusent le principe d’un dédommagement à grande échelle. Le mois dernier, Todd D. Stern, envoyé du département d’Etat sur les questions climatiques, a déclaré sans détours lors d’une réunion à Chatham House [siège du Royal Institute of International Affairs], à Londres, qu’il ne fallait pas s’attendre à des financements à grande échelle de la part des pays les plus riches du monde.

Indemnisations

La réalité budgétaire des Etats-Unis et d’autres pays développés ne le permettra pas, a-t-il affirmé. Cela ne résulte pas seulement de la crise financière récente, c’est un problème structurel, lié au vieillissement de nos populations et à des besoins pressants en matière d’infrastructures, d’éducation, de santé, etc. Nous allons tout mettre en oeuvre pour accroître les finances destinées au climat, mais nous devons aussi tous regarder le monde tel qu’il est.

Les appels à réparer les injustices du changement climatique, a-t-il ajouté, vont se retourner contre leurs auteurs. "Les sermons sur les dédommagements et autres indemnisations ne feront que susciter l’antipathie parmi les décideurs politiques des pays développés et leurs opinions publiques", a-t-il souligné. Tenter d’établir les responsabilités, même scientifiquement, pourrait nous prendre beaucoup de temps, a rappelé Juan Pablo Hoffmaister Patifio, un Bolivien qui représente le Groupe des 77, alliance de pays en développement (qui comprend la Chine). Or les problèmes se posent dès maintenant.

Comme les centaines de diplomates et de militants réunis à Varsovie pour négocier, Justu Lavi attendait la pluie au Kenya. Le blé, les haricots et les pommes de terre qu’il a plantés dans son exploitation du comté de Makueni ont germé, mais la saison des pluies n’a produit que deux jours d’averses, si bien que sa récolte est menacée de sécher sur pied.

Au nord de la Somalie, les 4 hectares de maïs, de tomates et de légumes de Nimcaan Farah Abdi ont été détruits par les violents orages qui se sont abattus sur la Corne de l’Afrique. Le week-end du 10 novembre, au Puntland, région voisine, un typhon a fait plus de 100 morts, une catastrophe éclipsée par celle bien plus grave survenue aux Philippines.

"Ma ferme a été emportée par les eaux", raconte Abdi. C’est la deuxième année de suite que des orages exceptionnellement violents détruisent son outil de travail, le laissant dans l’incertitude quant à l’avenir de ses six enfants.

"Dieu nous préserve, ajoute-t-il, mais pour l’instant je n’ai rien à leur donner."

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