ÉLECTIONS ZIMBABWÉENNES

Le rebond de « Camarade Bob ».

Dimanche 22 septembre 2013 // L’Afrique

A 89 ans dont 33 au pouvoir, « Big Brother » Robert Mugabe a obtenu un septième mandat à l’issue d’une victoire écrasante sur son ancien premier ministre, Morgan Tsvangirai. Avec 61% des voix lors de la présidentielle du 31 juillet 2013, et 150 circonscriptions gagnées sur 210 aux législatives et municipales, on peut parler d’un match à sens unique. Morgan Tsvangirai, qui vient de montrer une énième fois qu’il est un homme politique pas encore capable de rivaliser avec le président zimbabwéen, n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Après avoir été le premier ministre de « Camarade Bob » pendant 5 ans, à qui la faute s’il a accepté d’aller aux élections pour dénoncer la fraude après ? C’est en toute conscience qu’il est volontairement allé à l’abattoir. Il ne doit s’en prendre qu’à lui-même, à supposer qu’il y ait eu, réellement, fraude, ce qu’il a eu du mal à démontrer aux observateurs venus de l’Afrique australe, de l’Union africaine et à la Cour Constitutionnelle.

En réalité, Morgan Tsvangirai ne pouvait pas gagner ces élections. Comme, hier, l’ancien premier ministre du Kenya, Raila Odinga, lui aussi fortement soutenu par Londres et Washington mais platement battu, en mars 2013, par Uhuru Kenyatta que la CPI (Cour pénale internationale) va convoquer, pour une audience publique, avant la fin de cette année, Morgan Tsvangira ne tire pas, suffisamment, sa légitimité dans le peuple zimbabwéen. Dans les fermes de Mashonaland, de Manicaland et d’ailleurs, on sait qu’il est l’homme de l’Occident. Avec une telle étiquette sur le dos, et le combattant suprême Robert Mugabe en face, il pourra difficilement gagner une élection contre lui. Le fait que Londres et Washington vocifèrent après coup, n’y change strictement rien à la situation. Le chien aboie la caravane passe. Leurs dénonciations ne sont que des sujets de causerie entre Zimbabwéens autour d’une bière bien fraîche.

Connaissant parfaitement le système politique du Zimbabwe, pays qu’il a servi pendant 5 ans comme premier ministre, Morgan Tsvangirai a eu suprêmement tort de croire qu’il pouvait durablement asseoir sa popularité sur le soutien. dont il bénéficiait de Tony Blair et George W. Bush, à l’époque où ils étaient, respectivement, premier ministre britannique et chef de la Maison Blanche. Rien que cette posture un peu mal venue est de nature à rendre « Big Brother » plutôt sympathique alors qu’il accumule lui aussi des défauts. Pendant les élections couplées (présidentielle et législâtives) de 2008 qui furent véritablement à problèmes, et où Morgan avait le vent en poupe, l’argent coulait à flots dans son camp.

 Un chef d’Etat dont je tais le nom, et encore en fonction, à qui j’avais posé la question sur les raisons du soutien des chefs d’Etat africains à Mugabe, m’avait répondu que les Occidentaux avaient faussé les élections au Zimbabwe, en finançant massivement le candidat Morgan Tsvangirai. Résultat, ce dernier, fort de ses dollars et livres sterling, n’avait aucun mal à débaucher les soutiens traditionnels de « Camarade Bob », jusque dans les fins fonds des campagnes et des fermes. Une telle ingérence ne pouvait être tolérée aux yeux du président sud-africain de l’époque, Thabo Mbeki, qui était chargé de défendre le dossier « Zimbabwe » lors du 2e Sommet Europe-Afrique de 2007, à Lisbonne, où il remit à sa place, la chancelière Angela Merkel qui parlait au nom de ses pairs de l’Union européenne.

Depuis son arrivée au pouvoir le 9 mai 2009, Jacob Zuma, n’a pas varié de la ligne de son prédécesseur et de la SADC (Organisation des pays de l’Afrique australe), qui apporte soutien politique et diplomatique à Robert Mugabe.

Personne, en Namibie, et, notamment, en Afrique du Sud, n’a oublié le rôle joué par « Big Brother » dans la lutte que menaient ces pays pour obtenir leur indépendance. Les escarmouches entre Robert Mugabe, à l’époque premier ministre du Zimbabwe, et le premier ministre britannique, Margareth Thatcher, étaient tellement épiques qu’elles sont devenues mémorables. Robert Mugabe est l’un des derniers chefs d’Etat encore en activité dont la longévité politique s’explique (et peut être acceptée) par la persécution dont il fait l’objet par ses anciens colons : ces derniers veulent le chasser du pouvoir parce qu’il s’est rebellé contre eux.

Mais avant de lui faire la leçon, il faut tourner au moins sept fois sa langue dans la bouche. Il a montré au duo Blair et Bush qu’il avait du ressort et qu’il n’était pas aisé de le terrasser (lui le vieux maquisard qui vainquit le raciste rhodésien lan Smith fortement soutenu par la dame de fer pour imposer l’indépendance) même en détruisant l’économie du pays comme ils l’ont fait. La preuve, cinq ans après, c’est leur poulain, Tsvangirai, qui s’est littéralement écroulé, l’opinion publique zimbabwéenne ayant compris que les enjeux étaient plus importants que le simple fait de mettre le bulletin de vote dans l’urne.

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