Le racisme anti-blanc : un tabou Français.

Mercredi 22 janvier 2014 // La France

Antoine de Saint-Nicolas était un garçon comme les autres. Originaire de Massy, dans l’Essonne, il avait fait ses études au lycée professionnel Jean-Perrin à Longjumeau et poursuivait son apprentissage dans une boucherie. Il ne demandait rien à personne, sinon le droit de fêter comme tout le monde la Saint-Sylvestre. Dans la nuit du 31 décembre, Antoine était à Paris avec des amis. Dans les jardins du Trocadéro, vers 3 heures du matin, son groupe a été pris à partie par six agresseurs qui en voulaient au sac d’une de ses amies. Antoine s’interpose, « des coups sont alors échangés », note une source policière, qui euphémise sur « une bagarre qui aurait dégénéré ». Antoine est mortellement poignardé au thorax. Il avait 20 ans.

La même nuit, un jeune homme de 31 ans est sauvagement assassiné à Saint-Martin-d’Hères, dans la banlieue de Grenoble.

Cette fois, la presse évoque une « rixe » à l’origine peu claire, « une dispute qui tourne mal, avec cinq individus ». Le parquet, lui, se fait plus précis : « Quatre d’entre eux tenaient le jeune homme pendant que le cinquième le frappait à coups de couteau. » Touchée un nombre de fois « relativement important à la tête et au thorax », la victime, inconnue des services de police, expire à minuit quarante-cinq. La même nuit, encore, un homme de 45 ans est tué d’un coup de couteau à Dannemarie, en Alsace, lors d’une « altercation entre jeunes », vers 1 heure du matin. L’agresseur "présumé" est âgé de 21 ans. La victime était mariée et père d’une petite fille.

Rien, en apparence, ne rapproche ces trois meurtres. Rien, sinon le peu d’attention qui leur a été accordé, la faiblesse des réactions des politiques et l’absence de cette émotion qui, habituellement, saisit l’opinion dans ce genre de cas. Les trois hommes n’étaient pas issus de l’immigration. Ils n’étaient pas des militants politiques. Ils n’appartenaient pas au cortège des associations bien-pensantes. Ils n’ont pas été assassinés par des skinheads néonazis. Les marches blanches pour leur rendre hommage furent discrètes. Ils n’ont pas eu droit à la traditionnelle grand-messe médiatique qui entoure les drames touchant les minorités.

Ces agressions, pourtant, sont monnaie courante. Pour près d’un Français sur deux, le racisme anti-Blanc est une réalité "assez répandue". Parce qu’elles disent à elles seules l’échec de la politique d’intégration et qu’elles renvoient comme un boomerang ses lubies victimaires à la gauche, il faut taire ces violences. Ainsi, on n’entendra pas parler de ce surveillant scolaire qui, sur Twitter, se vante de martyriser ces « petits blanc s » qu’il appelle « Babtous » : « J’men régale de les punir ahaha. Et je favorise les Noirs et les Tissmey [métisses, NDLRI Siy’a un Babtou, il se tape avec un Noir, j’puni pas les deux. Le Babtou il doit dire pardon et il va au coin. Le noir il peut aller jouer J’vais punir tous les petits Babtou qui font les malins dans la cour de Récrée . Occulter cette réalité relève au mieux de la malhonnêteté, au pire de l’entreprise de dissimulation. À Reims, un homme de 23 ans a été agressé dans un tramway, en juin 2013, par deux inconnus. Motif : il était en train de manger... un sandwich au jambon. Les deux agresseurs lui ont reproché sa consommaion ostentatoire de porc sous leurs yeux.

En 2005, les émeutes à Paris, qui voient déferler sur la capitale des bandes ultra-violentes, sont surtout le théâtre d’agressions anti-Blanc. À l’époque, diverses personnalités de droite comme de gauche Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Pierre-André Taguieff, Bernard Kouchner... signent une pétition pour s’insurger contre les « ratonnades anti-Blanc ». Quelques années plus tard, Manuel Valls, qui n’est pas encore ministre de l’Intérieur, regrette l’absence de « quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos... » sur les marchés de sa ville d’Évry. Avant qu’Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, n’assume publiquement, en marge du Women’s Forum, préférer embaucher une femme « plutôt qu’un mâle blanc »...

Après le tournant "sociétal" du Parti socialiste, quand la gauche française se mit à délaisser la question sociale pour se consacrer aux minorités, trente ans de propagande antiraciste, de la "marche des beurs" à la création de SOS Racisme, pour finir aujourd’hui avec les complaintes de Christiane Taubira, qui voit dans quelques offenses contre sa personne une « attaque au cœur de la République », ou de Manuel Valls, pour qui rien n’est plus urgent que de déclarer la guerre à l’humoriste Dieudonné, auront achevé de "racialiser" le débat.

Logiquement et de manière tonitruante, la question du racisme anti-Blanc a fait irruption dans le débat public. À l’automne 2012, Jean-François Copé, en campagne pour la présidence de l’UMP, évoque, dans son Manifeste pour une droite décomplexée, puis dans une réunion publique, ce tabou en racontant l’anecdote du garçon qui se fait arracher un pain au chocolat à la sortie de l’école, durant la période du ramadan...

Le terme "petits Blancs", traduction édulcorée de l’anglo-saxon "white trash", recouvre une réalité bien précise : littéralement "déchet blanc" ou "raclure blanche", il résume le mépris des élites dirigeantes contre ces Blancs dégénérés, haïs à la fois par les minorités, qui les voient comme leurs anciens colonisateurs, et par l’establishment, qui les tient pour des idiots racistes, consanguins et bornés et préfère leur administrer à distance ses leçons de morale antiraciste via Canal Plus. Si l’on devait tirer le portrait-robot de ce « beauf franchouillard et hétérosexuel » défendu par notre collaborateur Gilles-William Goldnadel dans son livre Réflexions sur la question blanche (éditions Jean-Claude Gawsevitch), on dirait qu’il paye ses impôts, ne manifeste pas, ne cherche pas à consommer bio à tout prix, ne croit guère en Dieu mais ne se sent pas agressé par la présence de calvaires sur les routes, ne comprend rien aux délires de l’art contemporain, aime son pays sans céder à la xénophobie, mais qu’il vit mal cette « idéologie victimaire visant à culpabiliser l’homme blanc occidental » dénoncée par Goldnadel.

Après le géographe Christophe Guilluy, dont l’essai Fractures françaises (François Bourin éditeur) dessinait une nouvelle sociologie des Français divisés entre est et ouest, et plus particulièrement entre habitants des centres-villes ou des banlieues aisés, bénéficiaires des retombées de la Politique mondialisation, et ceux de la « France périphérique » reléguée dans le « périurbain », assommés par la concurrence déloyale de mains-d’oeuvre étrangères et angoissés par la destruction des valeurs traditionnelles, trois livres viennent éclairer d’un jour nouveau la question raciale en France. Sous la direction de Sylvie Laurent et Thierry Leclère, un cortège de journalistes, de sociologues et d’historiens s’intéresse, dans de quelle couleur sont les Blancs ? (éditions La Découverte), à la « brutale » irruption dans le débat de termes "Blancs", "petits Blancs", "racisme anti-Blanc" « empruntés au lexique historique de l’extrême droite ». S’étonnant qu’à l’heure où François Hollande bannit le mot "race" de la Constitution, la question ethnique s’invite, comme une résurgence du réel dans leur imaginaire, dans leurs salons, les auteurs analysent le déplacement du débat des « minorités visibles » vers la « majorité invisible ».

« Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose, de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre », raconte de façon plus directe Guillaume, un collégien interrogé par le sociologue Tarik Yildiz pour son essai le Racisme anti-blanc, Ne pas en parler : un déni de réalité (Les Éditions du Puits de Roulle). Le parti pris est, cette fois, franchement assumé : s’emparer du thème pour mieux en désamorcer la charge explosive. L’auteur, qui a enquêté auprès de neuf témoins dans les banlieues sensibles d’Île-de-F rance, décrit une autre réalité pour ces "petits Blancs" : la cohabitation forcée avec des populations d’origine étrangère de moins en moins minoritaires, les lazzis, insultes et quolibets qui frappent cette jeunesse au gré des « Sale Français(e) de "merde ! ». Céline confie ainsi qu’a il [lui] est arrivé de mentir plusieurs fois en [s’] inventant des origines [qu’elle] n’avai[t] pas » : « Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100 %français. » Peu suspect de connivences avec l’extrême droite, l’auteur décrit même « une intolérance qui touche les Blancs parce qu’ils sont ou sont considérés comme des `Français de souche", en opposition aux Français issus de l’immigration ».

De sa plume léchée d’agrégé de lettres, enfin, le sociologue Aymeric Patricot décrit, dans les Petits Blancs, son « voyage dans la France d’en bas » (éditions Plein Jour) : abandonnant le manichéisme des médias, pour lesquels seuls les Français issus de l’immigration subissent le déclassement, Patricot est allé à la rencontre de ces chômeurs, précaires, femmes seules avec enfants, tous sujets à la misère, qu’elle soit sociale, familiale, sexuelle ou identitaire. On retrouve, dans l’enfer des "petits Blancs" décrit par Patricot, la même angoisse culturelle que dans l’Identité malheureuse (éditions Stock) d’Alain Finkielkraut.

Cette irruption de la question raciale dans le débat public, pourtant, révèle davantage l’essoufflement de l’idéal républicain, décrit par la démographe Michèle Tribalat dans son dernier livre, Assimilation, la fin du modèle français (Éditions du Toucan), qu’un regain de racisme au sein de la population. Aux apprentis sorciers de la gauche antiraciste qui, à force de racialiser le débat, ont contribué à bâtir une société balkanisée, communautarisée et pleurent aujourd’hui sur le délitement des valeurs républicaines, on n’opposera que le célèbre mot de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui maudissent les conséquences dont ils chérissent les causes. »

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