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Le progrès face aux idéologies du déclin.

Dimanche 8 décembre 2013 // La France

Ce samedi, le PS a tenu forum, voulant prouver que le PS continue à réfléchir et à s’inscrire dans l’histoire de la gauche. Mais son intitulé, « Le progrès face aux idéologies du déclin », résonne comme un vœu adressé à lui-même, façon méthode Coué. Appliquée à l’actualité interne du parti, cette sentence semble ainsi moins évidente, tant les ressentiments militants continuent de s’exprimer parmi ceux qui restent encore actifs.

En juin dernier, la convention sur l’Europe avait connu une première fronde militante, virant au fiasco et affaiblissant le premier secrétaire Harlem Désir (lire ici). Depuis, bon an mal an, le parti s’essaye sans grand résultat à « défendre la République contre les extrémismes », un autre de ses forums se tenant ce mercredi, avant de se concentrer peu à peu sur son agenda électoral, municipal et européen.

En vue des européennes de mai 2014, l’appareil a d’ailleurs préféré se replier sur lui-même. Comme redouté, la négociation nocturne entre sous-chefs à plumes, vendredi 15 novembre dernier, a débouché sur une composition de listes complètement baroque. Quelques fédérations se sont même permis de voter contre des listes ainsi imposées depuis le sommet, tandis que tous désespèrent d’un casting sans atout.

Sans direction forte, engoncé dans sa culture de courants, persistante malgré l’absence de débats idéologiques internes, le PS navigue à vue, au gré de la houle gouvernementale et des jours qui passent. Après une toute petite expérimentation locale des primaires (lire ici et ici), le PS n’en a pas retiré grand élan, faute d’engouement et de mise en scène sur tout le territoire. Précurseur en France d’un dispositif innovant et permettant d’ouvrir la sélection de ses candidats aux citoyens de toute la gauche, le PS a renoncé à toute dynamique similaire localement à celle de la présidentielle. Au point qu’à Marseille et au Havre (deux des six malheureuses villes retenues par Solférino pour organiser des primaires ouvertes), rien ne dit que les problèmes du PS ne sont pas localement encore plus aigus qu’auparavant.

Tour d’horizon de mécontentements militants.

À Marseille, les primaires ont-elles vraiment tourné la page Guérini ?

Un mois après sa victoire, Patrick Mennucci a-t-il vraiment les mains libres pour rompre avec le « système Guérini », ainsi qu’il le proclame à longueur d’interviews. Le ticket qu’il forme avec sa rivale battue Samia Ghali, interroge. D’autant que l’étoile montante du PS marseillais (lire notre portrait) continue à critiquer vivement le gouvernement et à étaler son amertume, mettant le compte de sa défaite sur ses origines arabes, qui auraient « dérangé ». Ayant toujours refusé de critiquer le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, mis en examen pour corruption en bande organisée, Ghali s’est même affichée avec lui dans « ses » quartiers nord, afin de mettre en scène l’octroi d’une subvention pour rénover une piscine : la piscine de son enfance, sauvée grâce à l’argent d’un Guérini prouvant là son influence encore intacte (lire le reportage de LibéMarseille).

Samia Ghali, le 30 août 2013, dans le XVIe arrondissement à Marseille
Samia Ghali, le 30 août 2013, dans le XVIe arrondissement à Marseille © LF

Patrick Mennucci s’est fait stoïque, explique LibéMarseille, au moment de commenter cette visite : « Je suis prêt à supporter beaucoup de choses pour que cette ville change de destin. On ne règle pas en quelques mois quarante ans de mauvaises habitudes. » Mais il assure que « la fin de cette histoire est programmée », et qu’une fois maire, il influerait sur « les investitures aux cantonales pour que les gens qui seront élus aident toute la ville sans marchander leur soutien ».

Soucieuse de garder la main sur le dossier, après de longues années de tergiversations puis de semi-tutelle sur le PS 13, la direction nationale du PS encourage à la réconciliation. Dans une étude de la Fondation Jean-Jaurès (lire ici), le sondeur Jérôme Fourquet (qui avait déjà validé, avec Christophe Borgel, les thèses solfériniennes lors de la partielle perdue par le PS dans l’Oise – lire ici) vient à point pour insister sur l’absolue nécessité de l’alliance Mennucci-Ghali, au vu des résultats de la primaire. « Patrick Mennucci devra donc pouvoir compter sur Samia Ghali dans son dispositif de campagne s’il veut pouvoir mobiliser l’électorat de gauche, et notamment sa composante populaire, clé d’une éventuelle victoire en mars prochain », conclut-il ainsi son analyse électorale, validant l’interventionnisme de Solférino dans la gestion de cette primaire.

Cette note a franchement agacé les rénovateurs marseillais, comme Pierre Orsatelli, qui a décidé de rédiger une contre-analyse du scrutin interne ouvert. Selon le porte-parole de l’association « Renouveau PS 13 », la dynamique de Samia Ghali reposerait sur « d’autres facteurs » que la seule dynamique populaire, « précisément ceux auxquels il convient de savoir mettre fin pour remporter l’élection municipale ».

Orsatelli compare les taux de participation entre premiers tours de la primaire présidentielle et de la primaire municipale, qu’il croise avec le taux de foyers imposables dans chaque arrondissement. Et, selon lui, « plus faible est la proportion des foyers fiscaux imposables d’un arrondissement, plus les électeurs de cet arrondissement se seront déplacés pour le premier tour de la primaire municipale », au contraire de la primaire puis de l’élection présidentielle, où les quartiers nord s’étaient peu mobilisés. Il en conclut alors que « la permanence d’un système clientéliste est plus vivace que jamais ». Et ironise sur la rénovation toute relative de l’exercice primaire à Marseille : « Avant il fallait a minima vingt euros pour aller voter. Maintenant ce n’est plus qu’un, et on vous donne même un reçu pour vous faire rembourser. »

Interrogé par Mediapart, il explique toutefois que « la primaire a sans doute permis d’inverser le résultat, le vote ne pouvant plus être autant contrôlé », interprétant ainsi le surcroît de mobilisation au second tour (près de 4 000 votants de plus) comme « une volonté des sympathisants socialistes de tourner la page ». Mais il espère que « Mennucci est dans un moment décisif, où il faut passer des paroles aux actes ».

À Solférino, on réfute toute volonté de perpétuer le système. Et on répète que mettre en doute la continuité du système Guérini, c’est faire « une très mauvais analyse » et ne pas voir la nécessité du « rassemblement de tous les socialistes ». « Guérini n’a plus l’influence d’avant, explique un dirigeant du PS. Mennucci est habile, il est clair dans ses paroles, mais ne fait pas de la rupture avec le système l’alpha et l’oméga de sa campagne ».

Harlem Désir le 22 septembre à Marseille, entouré de 5 des 6 candidats à la primaire.
Harlem Désir le 22 septembre à Marseille, entouré de 5 des 6 candidats à la primaire.

Selon le secrétaire national aux élections, Christophe Borgel, « Samia Ghali est bien autre chose qu’une créature de Guérini, elle est jeune et sait qu’elle a l’avenir pour elle à Marseille. Donc je suis convaincu qu’elle va jouer la gagne à fond, derrière Patrick ». Même son de cloche chez Alain Fontanel, conseiller de Harlem Désir et responsable des fédérations, pour qui « tout le monde a pris acte que la page Guérini serait tournée en 2016 ; ça n’empêche pas de bénéficier de l’argent du conseil général d’ici là ».

Un autre responsable socialiste national admet que « le risque de voir le clientélisme continuer existe », mais souligne que le problème serait presque secondaire : « Localement, le PS est en position de gagner, mais pas de gérer. Les candidats défaits, comme Marie-Arlette Carlotti, continuent à voir Guérini partout et alimentent la parano générale, et l’équipe de campagne de Mennucci a du mal à se former. Dans ce contexte, Ghali n’est pas le plus gros problème… »

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