Valeurs Actuelles

Le président catastrophe.

Par Frédéric Paya

Jeudi 4 avril 2013 // La France

Les coulisses d’une débandade, une économie où tous les clignotants sont au rouge, Hollande plus médiocre que normal (François Fillon)

Le président catastrophe : Dégringolade, à peine plus de trois cents jours après son élection, Hollande est le chef de l’État le plus impopulaire de la Ve République. Méthode, bilan : même ses amis n’y croient plus. Et pendant ce temps, la France coule.

« Dissolution ». Dix mois seulement après l’arrivée de François Hollande à l’Élysée, de plus en plus nombreux sont ceux qui estiment que le chef de l’État n’aura bientôt plus d’autre choix pour tenter de reprendre la main. « Il lui reste la carte du changement de gouvernement après les municipales, dit un grand patron récemment reçu à l’Élysée. Mais après ? S’il ne s’agit que d’un nouveau casting, cela ne changera rien. Dissoudre n’est pour l’heure pas dans ses intentions. Mais aura-t-il le choix ? » Il y a encore deux mois, les visiteurs du président ressortaient de son bureau avec l’image d’un homme sinon indifférent, du moins insensible à son décrochage dans l’opinion. Convaincu, mordicus, que la politique est d’abord affaire de temps. Et que celui-ci jouait en sa faveur. « C’est un éternel optimiste, il est persuadé qu’il a une bonne étoile au-dessus de la tête, que la croissance va revenir », confie un député PS. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

« Pour la première fois, il m’est apparu un peu perdu », témoigne un interlocuteur régulier, le comparant à « un pilote qui se rend compte que ses manettes ne fonctionnent plus ». Les sondages, seuls, n’expliquent pas tout. Certes, il est, après dix mois de mandat, le président le plus impopulaire de la Ve République : 30 % d’opinions favorables en moyenne. Mais le mal est plus profond. « Ce que les Français reprochent à François Hollande, ce sont moins ses mauvais résultats que son incapacité à fixer un cap, un scénario de sortie de crise, décrypte jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Ils ont le sentiment que le chef de l’État ne sait pas vraiment où il va. »

Cette image ravageuse d’un président sans prise sur les événements est partagée jusque dans son propre camp. « Sa photo officielle résume bien le problème : il est dans le jardin, comme s’il refusait d’entrer dans les lieux », affirme l’un de ses proches. Et ce ne sont pas les lecteurs du Monde, de Marianne ou du Nouvel Observateur, qui avaient tous trois appelé à voter en sa faveur, qui diront le contraire. Le premier, qui pariait encore sur un « tournant du quinquennat » après le déclenchement de la guerre au Mali, n’a plus de mots assez durs pour dénoncer, à la une, une « présidence Hollande à l’heure du doute » : « L’excuse du noviciat ne peut plus être invoquée, l’argument de l’héritage laissé par Nicolas Sarkozy n’opère plus, écrit le quotidien (8 mars). Plus le pays s’enfonce dans la crise, plus l’attitude présidentielle paraît déconnectée de l’état moral du pays [...].Au début de son quinquennat, le chef de l’État avait promis aux Français deux ans d’effort suivis de trois années de redistribution de l’effort [...], aujourd’hui, plus personne ne croit à ce joli scénario. »

Tout aussi cinglant, Marianne, daté du même jour, s’interroge en première page : « Hollande a-t-il déjà échoué ? » La réponse est au vitriol : « Dix mois après la présidentielle, le foutoir socialiste est déboussolé, perclus de doutes [...]. Ce grondement que l’on entend partout, c’est le bourdon, le bruit sourd que fait le cafard carnivore (sic) dans les têtes des dirigeants [...]. Les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête ; les Français peuvent en outre craindre chaque jour qu’un impôt supplémentaire leur dégringole sur la binette. »

À peine moins sévère, le Nouvel Obs (7 mars), dans un article intitulé « Hollande parler, mais pourquoi dire ? », évoque entre autres les « doutes » du président : « Tous les arguments qu’on répète à l’envi se fracassent sur le mur des réalités », écrit-il. Le chef de l’État peut bien se dire « consterné » parla presse de gauche selon le Canard enchaîné qui vient lui-même de révéler son surnom de "Pépère" à l’Élysée , il est, en plus de la crise, une autre réalité à laquelle il ne peut plus échapper : une suspicion générale à son encontre. Quand on ne le moque pas, derrière son dos, sur l’air du Pingouin, la nouvelle chanson de Carla Bruni-Sarkozy...

Lui qui n’avait prévu d’intervenir à la télévision qu’au mois de mai prendra donc la parole sur France 2 dans les prochains jours. Une accélération de calendrier qui témoigne, là encore, de sa nouvelle fébrilité. C’est en toute hâte, fin février, qu’il a chargé ses communicants de lui préparer une « séquence » susceptible d’enrayer sa dégringolade dans les sondages. Mais lui-même n’y croit guère. « Il est plus résigné que réellement convaincu par l’exercice », confie-t-on dans son entourage. Où certains ne font pas mystère, eux non plus, de leur peu d’enthousiasme : « S’il faut aller à la télé pour répéter que la ligne est la bonne, que les réformes sont en cours, que la rigueur n’est pas l’austérité et que le bilan de la droite devrait l’inciter à plus de discrétion, autant envoyer Ayrault au charbon », affirme un proche. Mais là encore, pour quoi faire ? Lui aussi totalement carbonisé, le premier ministre n’est même plus en mesure de jouer les fusibles...

À peine plus de trois cents jours après l’entrée en fonction de Hollande, tous les clignotants sont au rouge. En économie, d’abord, où le nombre de chômeurs qui augmente de plus de 1000 par jour en moyenne ! n’a jamais été aussi élevé depuis 1997. Mais aussi sur la scène internationale et notamment européenne où, hormis au Mali, il a multiplié les échecs et affaibli l’image de la France. Aucune branche à laquelle se raccrocher ! « La diplomatie de Hollande est à l’image de sa politique, constate Laurent Wauquiez : molle, touffue et un Politique peu besogneuse. » « Hollande est plus médiocre que normal », résume François Fillon. L’absence d’autorité du président, dans tous les domaines, est directement responsable d’un climat d’angoisse comme la France n’en avait jamais connu depuis la guerre : selon une étude du CSA pour la Macif, 75 % des Français pensent qu’eux-mêmes ou un de leurs proches pourraient se retrouver en situation de précarité ! Un chiffre qui recoupe presque trait pour trait les deux tiers de Français qui se disent déçus par l’action de Hollande. Et qui fait qu’aujourd’hui, dans un sondage Ifop pour Paris Match, celui-ci est devancé par Sarkozy (53 % contre 44 %). Et que plus d’un Français sur deux prédit la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 (lire Valeurs actuelles du 27février). Signaux qui ne trompent pas : après avoir déjà perdu les trois législatives partielles de décembre, le PS a été éliminé dès le premier tour dans l’Oise, dimanche dernier, au profit des candidats UMP et FN.

D’où ce vent de panique qui secoue l’Élysée, encore fragilisé par la multiplication des "couacs" au sein du gouvernement. Là encore, c’est Hollande qui en est à l’origine : « Au début, c’était simple, tout le monde tapait sur Matignon en disant que c’était avant tout un problème de coordination. Mais on s’aperçoit sur certains sujets que les choses ne sont même pas tranchées à l’Élysée ; « l’histoire du diesel, c’est ça », confie un directeur de cabinet. Les Français l’ont compris et ne sont pas dupes. Les deux jours de Hollande à Dijon, censés « renouer le contact avec le terrain », auront été un fiasco : selon un sondage CSA-la Lettre de l’opinion, 65 % des Français considèrent ce déplacement comme de la simple communication - qui ne marche pas. Idem pour les ordonnances, supposées accélérer le calendrier, et rejetées dans les mêmes proportions...

Plusieurs de ses proches réclament aujourd’hui qu’il tape du poing sur la table, quitte à se séparer de plusieurs ministres. Mais de quel poids cela pèsera-t-il dans l’opinion au regard de la hausse continue du chômage et de l’affolant agenda d’impopularité qui l’attend : chantier des allocations familiales (fin mars-début avril), baisse des aides aux entreprises (mai), lancement de la réforme des retraites (juin) ? Hollande, surtout, est plombé par son "péché originel" : la négation de la crise durant sa campagne. Élu sur ce mensonge, il ne dispose plus de la moindre crédibilité : pas de bon médecin sans bon diagnostic ! Son grand oral télévisé n’y changera rien : « Il fallait qu’il prononce dès son élection un discours churchillien, estime un sénateur PS. Peut-il encore le faire aujourd’hui ?Je crains qu’il ne soit trop tard... » « N’inquiétez pas les Français », a lancé Hollande à son gouvernement, le 6 mars en Conseil des ministres. Là encore, c’est trop tard.

Les Français sont déjà plus qu’inquiets. Du président et de sa faiblesse. Et ils ont raison de l’être.

Economie : attention danger !
Faillite.
Chômage, récession, dérapages budgétaires... Confronté à la réalité économique, Hollande la traite à coups d’impôts.

« Celui qui devait "réenchanter le rêve français" est en train d’entrer dans l’Histoire comme le président des impôts et du chômage », explique l’UMP dans sa motion de censure déposée le 15 mars. Elle porte sur les engagements pris par Hollande pour 2019 : inversion de la courbe du chômage, déficit public à 3 %, arrêt de la hausse d’impôts... Le 20 mars, Jean-François Copé devait défendre la motion de censure qui, compte tenu de la composition de l’Assemblée nationale, n’avait aucune chance d’être adoptée. Elle souligne pourtant le manque de résultat de la politique économique du chef de l’État.

Chômage Tours de passe-passe, mensonges et arrangements, c’est ce à quoi se livre Hollande depuis six mois. Le 9 septembre 2012, invité sur TF1, il annonçait son intention « d’inverser la courbe du chômage d’ici un an ». Objectif louable : les sondages montrent que le chômage est la première angoisse des Français. Tous craignent de se retrouver privés d’emploi, et les derniers chiffres 10,2 % de chômeurs et 3,2 millions de demandeurs d’emploi - ne sont guère rassurants. Lors de la présentation de ses voeux du 31 décembre, l’objectif devient d’« inverser la courbe du chômage d’ici un an ». Petit tour de magie : le président a repoussé de trois mois son objectif !

Il sera inatteignable : sans croissance solide, il ne peut y avoir de création d’emplois et donc de baisse du chômage. Ancien élève d’HEC et énarque, Hollande ne peut l’ignorer. Les hypothèses du gouvernement se basaient sur une croissance de 0,8 en 2013. Il a fallu que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, évoque un chiffre plus proche de 0,2 à 0,3 %, guère éloigné des prévisions du FMI, tandis que la Coface prévoyait une récession de 0,2 % en 2013, pour que le chef de l’État l’admette le 19 février : « chacun sait que nous n’atteindrons pas les 0,8% ». Or pour stabiliser l’emploi, il faut une croissance de 1,7 % ! Un taux de croissance de 0,8 % se traduit par une destruction d’emplois marchands de 50 000 postes. Par ailleurs, entre 100 000 et 150 000 jeunes arrivent sur le marché du travail or un quart d’entre eux se retrouvent sans emploi.

Pour inverser la courbe du chômage, le gouvernement compte sur les contrats de génération et les emplois d’avenir. Il espère la création de 100 000 emplois d’avenir en 2013. En trois mois, seuls 10 000 contrats ont été signés. À ce rythme, ce ne sont pas 100 000 contrats d’avenir qui seront signés en 2013, mais la moitié !
Reste, pour réduire la hausse du chômage, à "jouer" avec les statistiques qui ont fait apparaître en décembre une progression de 6 900 chômeurs. Cela s’est fait au prix d’une hausse de 24,5 % des radiations administratives et surtout de l’explosion des radiations pour défaut d’actualisation.

Déficit « Je veux redresser nos finances publiques, le déficit public sera réduit à 3 % du produit intérieur brut en 2013. » C’était l’engagement n° 9 du programme de François Hollande. À l’époque, les socialistes ignoraient le mot crise, bâtissant leur programme sur des hypothèses de croissance farfelues : 0,5 % en 2012,1,7 % en 2013, puis de 2 à 2,5 % par an au-delà quand le FMI et la Commission européenne prévoyaient moins. En septembre, François Hollande admettait devant la Cour des comptes que l’objectif de 3% représenterait un coût de 30 milliards d’euros dont 10 milliards de réduction des dépenses. À la fin septembre, le gouvernement a présenté un projet de loi de finances prévoyant un choc fiscal. Mais confronté à une croissance atone incapable de compenser les effets des maux propres à la France comme son manque de compétitivité et le poids de sa dette, François Hollande a été contraint d’admettre - neuf mois après son élection que les promesses ne seraient pas tenues. « Ce qui compte, c’est la trajectoire. Nous allons dans la bonne direction », ajoutait Jean-Marc Ayrault. Lors de son récent déplacement à Dijon, François Hollande a admis que le déficit représenterait 3,7 % de la richesse nationale. Peut-on encore croire Jean-Marc Ayraut lorsqu’il promet que « l’objectif et il sera atteint c’est le déficit zéro à la fin du quinquennat » ?

Impôts Croissance en berne, augmentation du chômage et creusement des déficits. Pour redresser la barre, les socialistes n’ont qu’une seule et même solution : augmenter l’impôt. François Hollande a promis une stabilité des prélèvements obligatoires en 2014, histoire de marquer une pause après le record atteint en 2013 : les prélèvements représenteront 46,3 % de la richesse nationale, contre 44,9 % en 2012 ! Pour maintenir le niveau actuel des recettes fiscales (et donc des prélèvements), Jérôme Cahuzac, ancien ministre délégué chargé du Budget, a annoncé fin février qu’il faudrait trouver 6 milliards d’euros de recettes... Il lui faut compenser les moindres rentrées fiscales liées à la faible croissance, la fin de certaines hausses d’impôts, le rendement inférieur de la taxe sur les transactions financières et la censure, par le Conseil constitutionnel, de la taxation à 75 des revenus au-delà de un million d’euros par an.

Le problème, c’est que ce probable durcissement de la fiscalité interviendra quelques mois après la hausse faite cette année et qui ne devait, aux dires de Jean-Marc Ayrault, toucher que peu de foyers : « À revenu constant, neuf Français sur dix, neuf contribuables sur dix ne seront pas concernés par les augmentations defiscalité », promettait-il le 27 septembre 2012.

En 2013, outre une augmentation des droits sur la bière et le tabac prévue dans la loi de financement de la Sécurité sociale, de nombreux foyers français verront leurs impôts sur le revenu augmenter. Déjà avec la baisse à 2 000 euros contre 2 336 euros du plafonnement du quotient familial (+450 millions d’euros), puis avec la création d’une tranche supplémentaire à 45 % (+ 700 millions d’euros), avec le maintien du gel du barème qui n’est plus soumis à l’inflation (+ 1 milliard d’euros), François Hollande avait pourtant fait la promesse de revenir sur cette mesure du gouvernement Fillon : « C’est cequ’ilyadeplusinjuste », trouvait-il en avril 2012. Autre trouvaille socialiste, l’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail, qui devrait rapporter 4 milliards d’euros : le prélèvement forfaitaire libératoire est supprimé, les dividendes et intérêts seront soumis au barème de l’impôt sur le revenu, tout comme les plus-values immobilières. Les niches fiscales, limitées jusqu’en 2012 à 18 000 euros, ont été revues à la baisse à 10 000 euros.

Ce n’est pas terminé, puisque à compter du 1er janvier 2014 1e taux intermédiaire de TVA augmentera de 7 à 10 % et le taux normal de 19,6 à 20 %. Cette hausse est destinée à financer une partie du dispositif du crédit d’impôt pour la croissance et l’emploi.

Répondre à cet article