Le pire président de la V° République.

Hollande dominé par de Gaulle, Mitterrand, Sarkozy, Chirac…

Mercredi 11 décembre 2013 // La France


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Disgrâce

Il y a plus inquiétant, pour le président, que ces sondages qui mesurent chaque semaine son impopularité : les Français commencent à se poser la question de sa légitimité. Enquête sur le plus cinglant discrédit de la Ve République.

Tous devant et lui derrière... Entretien avec Jean-Louis Borloo.

Dossier coordonné par Arnaud Folch et Geoffroy Lejeune.

Elle s’interrompt pour jeter un regard interrogateur. À cet instant, Najat Vallaud-Belkacem cherche à convaincre son auditoire. Nous sommes au mois de mars 2013, dans les locaux de Valeurs actuelles, et la porte-parole du gouvernement est invitée pour l’un de nos déjeuners de rédaction, où nous recevons des responsables politiques de gauche comme de droite. Ce jour-là, la ministre des Droits des femmes se lance dans une explication de l’impopularité du président. « Le plus dur, explique-t-elle, c’est que, contrairement aux idées reçues, le peuple de droite n’est pas légitimiste. » Regards interloqués. « Je vous assure, poursuit-elle, une partie non négligeable des électeurs de droite n a pas accepté la victoire de François Hollande, en mai 2012, et ne la digère toujours pas. » Un temps, puis : « Il est très difficile de gouverner dans ces conditions. »

À cet instant, rien, pourtant, ne laisse présager à ce point l’échec du président de la République. Rien, à l’exception de son mutisme face à la "manif pour tous", n’annonce son divorce d’avec l’opinion — il est aujourd’hui considéré par 53 % des Français comme le pire président de la Ve République. Rien ne laisse imaginer non plus que, moins d’un an plus tard, il aura, sur fond de déclin de l’économie française, divisé et affaibli le pays, voire contribué à le ridiculiser avec l’affaire Leonarda ou ses reculades à répétition — taxation de l’épargne, écotaxe, réforme fiscale... En mars 2013, pourtant, l’une de ses ministres, et non des moindres," redoute déjà le procès en légitimité instruit contre François Hollande.

On pourra certes rétorquer que ces doutes sur la légitimité de la gauche au pouvoir furent invoqués à chaque fois qu’elle a gouverné. Chirac lui-même n’exprimait-il pas, dès 1981, ses doutes quant à la capacité de Mitterrand d’aller au bout de son mandat ? N’a-t-on jamais parlé de « parenthèse socialiste » pour mieux minimiser l’impact des années de pouvoir de la gauche ? Alors ministre de l’Économie, l’UMP François Baroin ne s’est-il pas laissé aller, en pleine séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, provoquant une bronca sur les travées socialistes, à reprocher à la gauche d’être arrivée au pouvoir « par effraction », en 1997 ?

Comme s’il fallait illustrer cette fébrilité de la gauche, le premier ministre s’embarque lui aussi, et de son propre chef, sur ce terrain de la "légitimité". Nous sommes le 12 novembre dernier. À l’Assemblée nationale, l’UMP Christian Jacob se lance dans une diatribe contre le gouvernement. Exercice classique, pour le chef de file du principal groupe parlementaire de l’opposition : « Dix-huit mois après avoir pris le pouvoir, vous êtes impuissants et, osons le dire, vous êtes usés », attaque-t-il. Regards de défi dans les rangs de la droite, sourires crispés dans les travées socialistes. Silence gêné du gouvernement. Et Jacob de reprendre : « François Hollande a instauré une présidence molle, sans autorité, sans relief, une présidence qui bat tous les records d’impopularité. Vous-même [Jean-Marc Ayrault], vous êtes à la tête d’un gouvernement fantôme, rejeté par 91 % des Français. » Puis de conclure, définitif : « Monsieur le premier Ministre, la grave situation à laquelle nous sommes confrontés impose un sursaut. L’horizon de la France ne peut se limiter au nombre de jours où vous resterez à Matignon ! » L’habituel murmure qui marque la fin de la question parcourt l’Hémicycle. Ayrault va répondre. Fait inhabituel, il perd ses nerfs devant cet exercice anodin pour tout chef de la majorité accusé par l’opposition. « Quand vous vous obstinez à vouloir faire croire qu’il y aurait une crise institutionnelle, de quoi parlez-vous, monsieur Jacob ? s’emporte le premier ministre. Remettez-vous en cause la légitimité du suffrage universel ?Je vous pose la question ! » Najat Vallaud-Belkacem baisse les yeux. Ayrault tempête à nouveau : « Je ne pense pas que vous mesuriez la portée de votre discours [...] quand vous remettez en cause l’élection du président de la République au suffrage universel ! » Jacob s’agite pour balayer d’un revers de main le procès d’intention. Comme pour conjurer le sort, Ayrault crie l’évidence : « François Hollande a été élu président de la République pour cinq ans ! ».

Comment, pourtant, oser encore invoquer cette "légitimité" populaire comme socle de toute action, alors même que François Hollande n’est plus soutenu que par deux Français sur dix ? « Le plus dur pour lui, commentait devant nous son ami le ministre du Travail, Michel Sapin, à l’hiver 2012, c’est qu’il se retrouve confronté à une impopularité de droite et à une impopularité de gauche. » Les chiffres sont, en effet, éloquents : la dernière livraison du baromètre Ifop révèle l’incroyable fossé creusé entre les électeurs de droite et le président de la République : 94 % des sympathisants de l’UDI, 97 % de ceux de l’UMP et 94 % des sympathisants du FN sont "mécontents" de François Hollande. Un divorce d’avec l’opinion, qui contraste à peine avec sa cote d’impopularité à gauche : 73 % des sympathisants écologistes, comme 73 % de ceux du Front de gauche, affirment également être "mécontents" du chef de l’État. Comble de l’ironie, les sympathisants socialistes ne sont qu’une faible majorité (54 %) à le soutenir encore !

Dès lors, comment gouverner ? Avant tous les autres commentateurs, le politologue Patrick Buisson, inspirateur des campagnes présidentielles de Nicolas Sarkozy, avait prédit cette déroute : « On a la conjonction d’une impopularité chronique et d’un vote-sanction à l’égard du Parti socialiste, expliquait-il dès décembre 2012. Cette conjonction renvoie à une faiblesse structurelle : la base électorale de François Hollande est très étroite. » De fait, comment oublier que, le 6 mai 2012, plus de 2 millions de personnes glissaient un bulletin blanc ou nul dans l’urne, offrant à François Hollande l’onction la plus faible de l’histoire de la Ve République ? Porté à la fonction suprême par les arrangements partisans de la primaire socialiste, puis par la vague antisarkozyste, François Hollande pouvait-il, en recueillant moins de 50 % des votes, imposer au pays sa politique en toute quiétude ? « Hollande bénéficie de la légalité de l’élection, c’est incontestable, commente un ex-ministre. Mais sa légitimité, c’est un fait, pose problème. » On ne peut pas gouverner durablement dans ces conditions, conclut Buisson.

C’est une expérience riche d’enseignements : lorsqu’on tape "Hollande" sur Google, premier moteur de recherche Internet au monde, le premier terme associé, par un système d’algorithme basé sur les investigations les plus souvent effectuées, est... "démission" ! Peu nombreux sont pourtant les responsables politiques à demander la démission du président de la République. L’ancien ministre de la Défense Hervé Morin a tiré le premier (« La vraie question, s’il voulait rendre service à son pays, c’est qu’il parte »).

Ne reste au président que l’écran de fumée sur la question du racisme, avec l’instrumentalisation des attaques subies par Christiane Taubira et l’organisation par le PS, le 27 novembre, d’un grand meeting « contre les extrémismes », ainsi que la qualification miraculeuse de l’équipe de France de football pour la Coupe du monde au Brésil pour tenter de redorer son blason. L’espoir est mince.

« Dans la Ve République, aucun président n’a été réélu avec sa majorité », relève Jérôme Chartier, député UMP et proche de François Fillon. À l’exception de De Gaulle, élu pour la première fois au suffrage universel direct, en 1965, alors qu’il gouvernait avec sa majorité, aucun président de la République n’a, en effet, été confirmé par les Français dans son mandat hors période de cohabitation. Le chef de l’État le sait. Se résoudra-t-il à dissoudre l’Assemblée nationale pour conserver une chance de réélection ? Au rythme où sa présidence s’enlise, Hollande se retrouve dans l’impasse. « J’ai toujours su que François serait élu président de la République, nous confiait, en juin 2012, son ami Bruno Le Roux, actuel président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Pour la simple et bonne raison que je n’ai jamais cru que plus de 5O % des Français pourraient mettre un bulletin Sarkozy dans l’urne. » Dix-huit mois plus tard, la même formule s’applique à Hollande.

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