Le piège de la peur.

Jeudi 7 mai 2015 // La France

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La campagne permanente d’un islam conquérant n’est pas sans effets sur l’opinion des élites comme du grand public. Le pape appelle le monde à ne pas rester inerte.

Dans quel autre pays que la France le recteur d’une mosquée, fût-elle grande, et président d’une institution représentative du culte musulman réclamerait-il le doublement du nombre des mosquées - et qui plus est en deux ans ? Cela a été dit le samedi 4 avril par Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, réputé pour sa modération, lors du rassemblement annuel des musulmans de France. Provocation ? Pour le pays sans doute, mais pas pour le recteur : sa revendication s’inscrit dans le droit fil d’une compétition, non pas que le nombre des musulmans ait doublé, mais parce que son islam est en train de perdre du terrain auprès des fidèles, et notamment des jeunes (les plus fragiles), au profit d’un salafisme radical en expansion rapide. Or cet islam de conquête, et de domination à travers ses imams autoproclamés et ses associations, s’est fixé un but : se placer sur le même plan que  les autres religions  : ce que vous faites, vous, État français, pour les chrétiens et les juifs, vous devez le faire pour nous, musulmans. Logique apparente à laquelle une partie des Français est d’autant plus sensible que le pays s’est soumis à une laïcisation et une déchristianisation accélérées.

Voyez le sondage Ifop réalisé pour Valeurs actuelles dont nous avons publié les résultats la semaine dernière, à la veille des déclarations de M. Boubakeur.

La question était : « Êtes-vous favorable ou opposé à la construction de mosquées en France lorsque les musulmans le demandent ? » Opposés : 72 % à droite, et 76% au Front national. Favorables : 21% à gauche.

Autrement dit, même si une majorité relative de l’opinion y est opposée, les Français sont divisés sur le sujet - et ils le sont selon un axe droite-gauche. C’est sur cette faiblesse que joue l’islam conquérant et dominateur.

C’est aussi pourquoi ses revendications insistantes se répètent semaine après semaine dans des domaines très variés, mais dont le point commun revient à l’affirmation d’une identité communautaire face à une identité française qui tremble sur ses repères : affichage de plus en plus fréquent du voile dans l’espace public, à la sortie des écoles, à l’université ; aménagement de lieux de culte clandestins dans les campus ; réclamation de "repas de substitution" dans les cantines scolaires et de règles distinctes dans les hôpitaux - et maintenant, les mosquées...

On aurait tort de croire que cette campagne permanente, parfois obsédante (surtout lorsque l’actualité vient la charger avec les images atroces du djihadisme), soit sans effets sur l’opinion des élites dirigeantes comme du grand public. L’affaire de la RATP en est un exemple. On sait que celle-ci a voulu interdire une campagne d’affichage dans le métro de Paris pour un concert des Prêtres "au profit des chrétiens d’Orient". Sous la pression générale de la droite et de la gauche (et même de Placé chez les Verts), la RATP a renoncé à sa décision.

Mais ses arguments méritent d’être examinés sous l’angle de la campagne islamique. Quels étaient- ils ? La « neutralité du service public », dans « le contexte d’un conflit armé à l’étranger ». Ce qui peut se résumer par un mot : la peur. Peur, s’ils acceptaient d’afficher la campagne de publicité au profit des chrétiens d’Orient, d’avoir, un jour ou l’autre, à répondre à des revendications semblables d’associations musulmanes ; peur d’avoir à se soumettre à leur demande, ou bien de la refuser, et de prendre alors le risque de voir leur matériel saccagé par des bandes d’islamistes enragés. La notion de "contexte" -celui des conflits armés en Orient - confirme bien le chantage exercé par la menace terroriste.

À la fin de la célébration du chemin de croix, le vendredi saint, le pape interpellait le monde entier : « Nous voyons nos frères persécutés, décapités, crucifiés, pour leur foi, sous nos yeux, et souvent avec notre silence complice. » La veille, 2 avril, à l’université de Garissa, au Kenya, des milices fondamentalistes avaient perpétré un épouvantable massacre au cours duquel étaient tués 142 étudiants chrétiens, en épargnant les musulmans. Cité par le Monde (7 avril), le père Raniero Cantalamessa, prédicateur italien de la Maison pontificale depuis 1980, dénonçait à son tour « la furie djihadiste des extrémistes somaliens », mettant en garde les Occidentaux contre le fait de passer pour des « Ponce Pilate qui se lavent les mains » du sort des chrétiens.

« On ne peut ignorer, ajoutait-il, que les chrétiens sont les victimes désignées et les plus fréquentes dans de nombreux pays. » Et le dimanche de Pâques, le pape insistait une fois de plus sur la responsabilité qu’a chacun de ne pas « rester inerte » devant la tragédie. La peur rend inerte. La France ne l’est pas ; elle s’est engagée sur le front extérieur, en Afrique comme en Orient.

Mais c’est une raison de plus pour ne pas desserrer sa vigilance sur le front intérieur.

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