Le piège de l’union nationale.

Samedi 28 décembre 2013 // La France


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Ce n’est pas parce qu’Angela Merkel forme une grande coalition que la DROITE devrait en offrir une à François Hollande…

On a compris le message : le grand-père Hollande avec le bébé dans les bras, cela signifie que tout va bien. Qu’il avait raison de ne rien changer et qu’il n’a nulle l’intention de bouger. Son discrédit, la révolte fiscale et les coups de tabac dans la rue, les instants de panique de ses élus, la perspective d’une défaite aux municipales et aux européennes, la France qui décroche dans les palmarès mondiaux, les 12 milliards qui lui manquent pour boucler un budget déjà déficitaire, rien ne l’atteint, ou tout du moins, c’est l’impression qu’il veut donner.

Autant dire qu’il ne fera rien. Il ne dissoudra pas ; il ne changera pas le mode de scrutin des élections législatives ; il n’ouvrira pas la boîte du référendum d’initiative populaire, même s’il l’avait annoncé, parce qu’il en a peur ; et il ne changera pas de premier ministre, lui laissant le soin de s’enferrer dans une "remise à plat" de la fiscalité faite pour amuser la galerie. C’est alors que revient dans l’opinion de droite l’idée de promouvoir un "gouvernement d’union nationale", à l’exemple de Mme Merkel, pour engager une " véritable politique de redressement national ".

Triomphalement réélue le 22 septembre dernier, la chancelière allemande aura tout de même mis plus de deux mois à former une grande coalition, entre sa droite chrétienne-démocrate et la gauche sociale-démocrate. Formation précédée par la rédaction -d’une charte définissant, en détail, tous les chantiers de la législature. Angela Merkel a dû faire des concessions à ses alliés du SPD qui étaient hier ses adversaires (dont la création d’un salaire minimum). Mais elle avait déjà travaillé avec eux durant son premier mandat (de 2005 à 2009) et elle sera l’unique patronne du nouveau gouvernement.

Qui serait le patron d’une équipe d’ union nationale en France ? François Hollande. Protégé par les institutions, il préserverait ainsi toutes les chances de sa réélection. Passons sur ce détail. Quel programme de travail commun les partis susceptibles de former une telle coalition, socialistes, centristes et UMP, pourraient-ils rédiger ensemble ? Excepté le respect de leurs obligations européennes, le maintien dans l’euro et la politique de défense, ils ne sont heureusement d’accord sur rien : ni sur la fiscalité, ni sur la gestion budgétaire, ni sur le temps de travail, la politique familiale, les retraites, l’école, la lutte contre la délinquance et l’immigration. On peut même ajouter que si, depuis trente ans, la France s’est tant déclassée, c’est précisément parce que la droite a cru bon de pratiquer trop souvent une politique de gauche. Serait-ce le moment de recommencer ? Socialistes, centristes et UMP ne feraient que sceller ce pacte "UMPS" que dénonce à plaisir le Front national.

Cette "union nationale", ce désir du "ni droite ni gauche" ne sont que des pièges. Et pourtant, quand Jean-Pierre Chevènement se lance à l’automne 2001 dans sa candidature présidentielle, c’est bien à cela qu’il pense. Des personnalités de droite se poignent à d’autres de gauche dans son comité de soutien. Eh bien, même là, quand il s’agit seulement de prêter son concours à une personnalité, les cultures des uns et des autres sont si opposées que le comité se fracture ; après avoir touché les 14 % dans les intentions de vote, Chevènement finit à 5 % au premier tour.

Jacques Chirac, lui, est réélu avec 82 % des voix au second tour de cette même présidentielle (contre Jean-Marie Le Pen) : belle occasion pour lui de former un gouvernement d’union avec tous ceux qui l’ont soutenu. Pourquoi ne le fait-il pas ? Mais parce qu’il y a des législatives qui suivent et que le président ne peut pas soutenir à la fois le PS et l’UMP... Il estime en outre assez malsain de laisser l’opposition’ au seul Front national.

En 2007, Nicolas Sarkozy pratique ce qu’il appelle "l’ouverture", laquelle revient à la même idée, qui consiste à dépasser les frontières de sa majorité. Il fait quelques belles prises de guerre à gauche. À quoi cela lui servira-t-il ? À se créer des soucis parmi les siens sans rien gagner en face : les "traîtres" devront abjurer leur ralliement en annonçant qu’à la présidentielle suivante, ils voteront pour le candidat de gauche.

Fort d’une élection largement acquise, Sarkozy n’avait nul besoin d’un tel essai qui s’est retourné contre lui.

C’est en général quand l’opinion de droite est inquiète et incertaine d’elle-même, parce qu’il lui manque un leader naturel, qu’elle se met à penser "union nationale" comme substitut à ses faiblesses. Elle devrait prendre exemple sur la gauche : même au fond du trou, celle-ci n’en parle jamais. C’est sa manière à elle de ne pas céder.

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