Le piège de Hollande.

Samedi 3 mai 2014 // La France


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Réveillé par la claque des municipales, François Hollande s’est donc décidé à tout changer... en apparence. Le choix de Manuel Valls pour remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon a d’abord été interprété comme une cohabitation d’un nouveau genre, interne à la gauche, avec un président totalement discrédité contraint de s’en remettre à un Premier ministre plus populaire que lui et violemment ambitieux. On attendait donc, de la formation du gouvernement Valls, une rupture radicale avec la calamiteuse expérience de son prédécesseur. Un dispositif gouvernemental resserré et. des ministres soumis à son autorité devaient faire oublier les cacophonies de l’équipe précédente. Et qui mieux que Manuel Valls, l’homme de la gauche « décomplexée » qui s’est construit une image de Tony Blair à la française, pouvait incarner la ligne sociale-démocrate définie par le président de la République lors de sa conférence de presse de janvier ?

Sauf que... Le nouveau gouvernement ressemble furieusement au précédent et le choix de ses membres a été de toute évidence imposé par l’Élysée. Manuel Valls n’a pu placer aucun de ses hommes. Il a même subi l’affront de devoir conserver Christiane Taubira à la Justice malgré la polémique qui les a opposés sur la réforme pénale. Comment ne pas s’interroger sur le mobile qui l’a incité à accepter cette mission périlleuse ? Une ambition démesurée ? « Peu importe les moyens pour y parvenir. Pour Manuel Vous seul compte l’objectif : l’Élysée », écrivent Laurent Revault d’Allonnes et Laurent Borredon, journalistes au Monde, dans le livre qu’ils ont consacré à l’ancien ministre de l’Intérieur ( Valls à l’intérieur, Robert Laffont).

L’homme, qui s’est notamment distingué par ses mensonges au moment de la Manif pour tous, se paie de mots et a érigé le volontarisme du verbe d’où la comparaison avec Nicolas Sarkozy en méthode de gouvernement. Mais, une fois dissipés les mirages de la communication, il restera que les « poids lourds » du gouvernement Michel Sapin, Ségolène Royal, Laurent Fabius - passeront au dessus de sa tête et iront contester directement à l’Élysée les arbitrages rendus à Matignon.

« Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », dit Tancrède Falconeri au prince Salina, son oncle, dans Le Guépard, le célèbre roman de Lampedusa, magistralement mis en scène par Visconti. Ou comment une société où les acteurs sont impuissants - car tout se décide ailleurs - se contente morbide- ment de jeux de rôle. Tel est le cas dans notre République épuisée et finissante.

En l’occurrence, comme jeu de rôles, c’est plutôt de François Mitterrand, son modèle avoué en machiavélisme politique, que François Hollande s’est inspiré. Pareille situation a déjà été vécue, en 1988, avec le gouvernement Rocard. Appelé Matignon par François Mitterrand qui voulait se débarrasser d’un concurrent, Michel Rocard, n’ayant aucune marge de manœuvre vis-à-vis de l’Élysée, vécut un enfer. Mitterrand- Hollande, même combat, il s’agit pour le président en exercice de nommer le plus populaire de ses rivaux pour qu’il se brise les ailes à Matignon. En 2002, en refusant de faire de même avec Sarkozy, Chirac avait permis à son jeune concurrent de conserver intacte sa popularité jusqu’à la présidentielle de 2007.

Valls n’aura pas cette chance. Pris en tenaille entre une majorité qui panique de plus en plus et des autorités européennes toujours plus sévères pour une France qui n’arrive pas à rééquilibrer ses comptes publics, le nouveau Premier ministre joue son avenir politique à court terme. Il y a longtemps que Matignon n’est plus une rampe de lancement vers un avenir radieux c’est une planche pourrie pour les ambitions politiques.

Et quoi après Valls ? Une dissolution ? Le bruit court que ce serait le plan secret de Hollande. S’ensuivrait une cohabitation qui le remettrait en selle pour 2017. L’UMP, de nouveau aux affaires mais affaiblie par l’exercice usant du pouvoir à Matignon, lui laisserait le champ libre pour affronter Marine Le Pen au second tour de la présidentielle... Le schéma dont ils rêvent tous ! Le piège tendu par Hollande à son propre camp serait alors parfait. Quant aux institutions de la Ve République, déjà mal en point, il n’en resterait plus rien.

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