Le palais de Casanova.

Enquête sur l’État PS : La Mafia rose.

Samedi 22 mars 2014 // La France

Élysée, Matignon, Assemblée, Sénat, secteurs culturel, associatif, artistique... rien n’échappe, dans la France de 2014, au pouvoir socialiste. Retour sur le "casse du siècle".

Heureux comme un socialiste en France : c’est le titre qu’ont choisi Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit pour leur enquête publiée aux éditions Pion au sujet de la mainmise historique de la gauche sur les institutions françaises. Élysée, Matignon, Assemblée, Sénat, régions, départements, villes : rien n’échappe, dans la France de 2014, au pouvoir socialiste. Et ce malgré le fait que, dans cet Hexagone repeint en rose, le peuple ne cesse de se "droitiser" à mesure qu’il subit les échecs de la politique de François Hollande. En racontant comment la gauche s’est imposée aux commandes du pays et comment elle s’y maintient contre la défiance croissante des citoyens et au prix d’un clientélisme décomplexé, les auteurs mettent le doigt sur le paradoxe politique le plus saisissant de ce début de siècle.

La même réflexion pourrait s’appliquer aux domaines de la culture, de l’éducation, des arts, etc. Mais surtout, elle se vérifie dans les domaines de la police, de la justice, de l’économie, de la diplomatie. Pour éclairer cette emprise de la gauche sur tous les domaines de l’État, au prix d’une des plus vastes purges de l’histoire des administrations, Valeurs actuelles a mené l’enquête.

S’il fallait résumer en une anecdote le sentiment d’impunité habitant les hommes au pouvoir, leur zèle farouche à combattre tout ce qui, idéologiquement, contrecarre leur projet de société, il suffirait de se pencher sur les récents rebondissements de 1’affaire Guéant. « Il y a visiblement des gens qui sont à l’oeuvre pour me détruire. » Ce sentiment, qui habite l’ancien ministre de l’Intérieur depuis que la machine judiciaire et médiatique s’est mise en branle contre lui, est loin de n’être ressenti que par lui. Force est de le constater : depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, nombre des proches de l’ancien président, ainsi que lui-même, sont inquiétés dans des procédures où, comme ce fut le cas dans les affaires Bettencourt et Karachi, même un non-lieu ne suffit pas à effacer toute trace de suspicion. Diffamez, diffamez, il en restera toujours quelque chose...

Régulièrement attaqué, Claude Guéant en est ainsi persuadé : « Tout ça est habilement fait pour insinuer, suggérer. » Cette fois, l’attaque est venue d’en haut. Dans un article titré « Les archives papier de l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, ont avec la complicité des médias, le secrétaire général de l’Élysée orchestre en toute impunité la rumeur contre Guéant ont disparu », le quotidien le Monde affirmait ainsi, dans son édition du 16-17 février, que l’actuel secrétaire général de l’Élysée, Pierre-René Lemas, a envoyé le 22 mai 2013 une lettre de trois pages au juge Roger Le Loire chargé d’enquêter sur les conditions de la fusion entre les Banques populaires et les Caisses d’épargne, 1’affaire BPCE pour préciser que
« le fonds d’archives papier de M. Claude Guéant n’a pas été reversé aux Archives nationales, et il n’en a pas été trouvé trace dans les locaux de la présidence de la République ». Le message est clair : l’ancien ministre de l’Intérieur aurait détruit ses archives compromettantes de l’époque de son passage à l’Élysée pour dissimuler les preuves des turpitudes de la Sarkozie. Suffisant pour que le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé évoque un « scandale d’État » et demande une commission d’enquête parlementaire. A qui profite le crime ? Selon le Monde, la disparition des archives de Guéant est « pour le moins fâcheuse », la perte de cette « mine d’information » empêchant de « relire les épisodes de la Ve République sous M. Sarkozy ». Fermez le ban.

Ces archives, pourtant, Valeurs actuelles a été le premier à les évoquer en octobre dernier, lorsque nous révélions comment une cellule informelle œuvrait depuis l’Élysée pour mettre hors circuit l’ancien président dans la course vers 2017, tout en discréditant son entourage (VA n°4014). L’un de nos témoins, l’ancien chef du service des télécommunications et de l’informatique de l’Élysée, Bernard Muenkel, aujourd’hui "remercié", nous racontait ainsi comment ces six cartons d’archives avaient été convoités par les équipes élyséennes de François Hollande. « Le 8 avril 2013, écrivions-nous, [...] six cartons d’archives de Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée entre 2007 et 2011, doivent être remis aux Archives nationales. Durant leur transfert entre le "stock tampon", à l’Élysée, et les Archives, le colonel Bio-Farina [commandant militaire de l’Élysée, NDLRI s’interpose : "Sur instructions de Lemas, merci de bloquer les six cartons de Guéant."L’archiviste remet ces six cartons au coffre : le cabinet ne peut y accéder. Quand il réalise qu’il ne pourra obtenir cette information, Bio-Farina ordonne à l’archiviste, Évelyne Van Den Neste, de relancer la procédure. Ce sera chose faite dans les semaines à venir. »

Parce qu’il se sait compromis par ce récit, le secrétaire général de l’Élysée a ainsi pris soin, dans sa lettre au juge Le Loire, de ciseler ses propos de manière à n’être pas pris en flagrant délit de mensonge. Comme le confirment nos informations, les archives de Guéant n’ont en effet pas été versées aux Archives nationales, par la faute du colonel Bio-Farina. Elles ne sont pas non plus dans les locaux de la présidence, le service des archives de l’Élysée, pourtant situé géographiquement dans l’enceinte du Palais, dépendant du ministère de la Culture. Mensonge par omission...

Pourtant, et Valeurs actuelles est en mesure de le révéler, les équipes élyséennes savent pertinemment où se trouvent les fameuses archives de Claude Guéant. La semaine suivant le transfert avorté des cartons, le commandant militaire de l’Élysée demande à l’archiviste du Palais de « refaire partir ces cartons discrètement ». De son côté, le chef du service des télécommunications et de l’informatique adresse des courriers pour en informer les différents membres du cabinet de Hollande Pierre-René Lemas, Sylvie Hubac, Alain Zabulon, alors directeur adjoint de cabinet de Hollande avant de devenir.., coordonnateur national du renseignement ! Sans jamais obtenir de réponse.

Joint par Valeurs actuelles, Claude Guéant est formel : « J’ai quitté l’Élysée en 2011 et ne me suis donc pas personnellement préoccupé de ces archives. »

Tout juste précise-t-il avoir quitté la présidence de la République pour le ministère de l’Intérieur avec son agenda et son carnet. « Je suis plutôt un homme de l’écrit que de l’écran », ajoute l’ancien ministre, qui précise avoir découvert en lisant Valeurs actuelles que les six cartons de ses archives ont été bloqués au moment de leur transfert. « Quand ils veulent retrouver des éléments pour me nuire, ils savent où trouver mes archives », argumente encore Guéant, en référence à la publication dans la presse d’éléments de sa correspondance privée. Sous le titre « Cet e-mail qui compromet Claude Guéant », le fac-similé d’un message adressé par ce dernier, en 2009, à l’époque où il était à l’Élysée, à l’un de ses amis, l’oligarque russe Oleg Deripaska ; est en effet publié dans le Point quand Christiane Taubira ne daigne pas répondre au député qui l’interroge.

En juin 2013. E-mail ne pouvant provenir que des archives de Claude Guéant à l’Élysée. Celui-ci aimerait-il que les services de l’Élysée "retrouvent" ses archives ? « Évidemment ! Mais je ne suis pas sûr qu’ils y trouvent ce qu’ils cherchent... »

Peu importent les faits, la gauche au pouvoir ne souffre pas de rendre des comptes. Même pris la main dans le sac, ses représentants peuvent invoquer des « rumeurs » et autres « fantasmes » pour discréditer leurs opposants. Ainsi de Christiane Taubira : le 29 janvier dernier, le député UMP de Vendée Yannick Moreau interpelle la garde des Sceaux à l’Assemblée nationale au sujet d’une affaire concernant l’impartialité de la Justice. « Vous avez nommé un conseiller spécial au sein de votre cabinet ministériel. Or, tout en œuvrant au sein de votre cabinet, votre conseiller "très spécial" continue de plaider comme avocat auprès du Conseil d’État ou de la Cour de cassation, y compris contre l’État », accuse-t-il, plaidant la « confusion des genres ».

Impassible, Taubira délivre un chapelet de lieux communs, évitant de répondre à la question du conflit d’intérêts. Quelques semaines plus tard, le député adresse la même question, écrite cette fois, à la ministre. Toujours sans réponse à ce jour.

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