Le nouvel essor du mouvement coopératif aux USA.

Dimanche 18 mars 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceDe plus en plus de villes américaines misent sur la création d’entreprises participatives pour revivifier l’économie locale.

Longtemps les travailleurs de Richmond (Californie), ville sinistrée de la baie de San Francisco, n’ont guère eu d’autre choix, à l’heure du déjeuner, que de s’adresser aux vendeurs de hotdogs. Or, depuis le début de l’année, ils peuvent aussi commander du gruau d’avoine, des empanadas ou du ragoût de haricots et de chou au Liberty Ship Cafe. Les [quatre] propriétaires de ce café ambulant se sont rencontrés lors d’un atelier consacré à la création d’entreprises coopératives. Ils prennent les décisions ensemble, et se partagent les bénéfices éventuels.

Après avoir appris à des habitants démunis à installer des panneaux solaires, l’organisation [à but non-lucratif] Solar Richmond propose maintenant à certains d’entre eux de devenir entrepreneurs, via la création d’une société coopérative. Par ailleurs, le premier atelier de réparation de vélos de la ville vient d’ouvrir ses portes, porteur du même rêve coopératif.

Richmond doit cette explosion d’entreprises démocratiques à Gayle McLaughlin, maire de la ville depuis 2006 et membre du Green Party [les Verts]. C’est au cours d’une visite à Mondragon, dans le pays basque espagnol, qu’elle a découvert une possibilité de remédier au chômage qui sévissait dans sa localité. Corporaciôn Mondragon est le poumon de cette petite ville de la province de Guipûzcoa. C e groupe de coopératives, qui emploie 83 000 personnes, est devenu le septième groupe industriel en Espagne [et le plus grand groupe coopératif au monde].

Contre-culture utopique

Tout a commencé grâce au prêtre José Maria Arizmendiarrieta, qui, en 1943, a ouvert une école professionnelle réservée aux garçons issus des classes populaires. En 1956, d’anciens élèves ont créé la première coopérative, une fabrique de réchauds à pétrole. Une banque coopérative a suivi en 1959. Corporaciôn Mondragôn, qui a affiché 178 millions d’euros de bénéfices en 2010, regroupe actuellement z55 entreprises et entités structurées en quatre secteurs : la finance, l’industrie, la distribution et la connaissance (enseignement et recherche). Environ 85 % des travailleurs sont coopérateurs. La plus haute rémunération est plafonnée à sept fois le montant du salaire le plus bas.

Les Etats-Unis ont, eux aussi, une tradition coopérative qui, née à fin du xix’ siècle, a donné naissance dans les années 1960 aux coopératives alimentaires. Actuellement, elle trouve un nouveau souffle. "Aujourd’hui, ce mouvement relève moins d’une contre-culture utopique que de la volonté des travailleurs de s’engager dans l’économie", constate Melissa Hoover, directrice de la US Federation of Worker Owned Cooperatives, la fédération américaine des coopératives.

Savoir travailler ensemble

Cleveland (Ohio) est à la pointe de ce renouveau. Avec le soutien d’universités de centre médicaux établis près des quartiers déshérités du centre-ville, la Cleveland Foundation, financée par des dons, a apporté plusieurs millions de dollars aux Evergreen Cooperatives, calquées sur le modèle Mondragon. Une entreprise d’installation et d’entretien de panneaux solaires et une blanchisserie écologique comptent déjà 50 employés sociétaires. Une coopérative agricole urbaine devrait démarrer au printemps.

Selon Ted Howard, l’un des artisans de ce projet [il dirige le programme Evergreen Cooperative Initiative], le système coopératif est le meilleur outil pour revivifier l’économie des centres-villes. "Ces entreprises sont ancrées dans une communauté, elles ne sont pas près déplier bagage pour aller s’installer ailleurs." Les autorités municipales de Washington, d’Amarillo (Texas) et d’Atlanta (Géorgie) s’intéressent elles aussi de très près à ce modèle. Mais seule Richmond a embauché un coordinateur.

En août dernier, la ville a fait appel à Terry Baird, fondateur en 1997 de la boulangerie coopérative Arizmendi à Oakland [également dans la baie de San Francisco]. Sa mission : faciliter la création de coopératives dans les quartiers en difficulté. Cependant, prévient M. Baird, ce modèle ne pourra marcher que s’il s’appuie sur des produits ou des services que le consommateur est disposé à payer, sur un bon emplacement et sur un groupe de personnes capables de travailler ensemble.

Le défi à relever est de taille. Outre les difficultés auxquelles sont confrontées toutes les entreprises, les coopératives doivent former leurs membres à la gestion, mais aussi à la participation : il faut s’assurer que chacun pourra réellement faire entendre sa voix.

 "Si le groupe n’est pas suffisamment préparé à prendre les décisions collectivement, prévient Melissa Hoover, l’affaire peut vite péricliter."

Répondre à cet article