Politique Magazine

Le mur ! Et après ?

Par Hilaire de Crémiers

Mardi 26 mars 2013 // La France


Les pieds nickelés

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La France, l’Europe vont dans le mur. Voilà quatre ans que Politique magazine l’annonce et explique pourquoi. Après la crise économique, la crise sociale et voici que se profile la crise politique.

Plus de 3 200 000 chômeurs ; en fait plus de 5 millions, si étaient enregistrés ceux qui, par des artifices de classification, ne sont pas comptabilisés. Des destructions massives d’emplois dans tous les domaines, sauf les quelques rares secteurs à haute valeur ajoutée où les lourdeurs de l’État n’ont pas réussi à étouffer l’initiative et l’inventivité. Une croissance atone évaluée par Bruxelles et l’OCDE à 0,1 % au mieux, alors que le gouvernement misait - c’est le mot juste, tant ses calculs ressemblaient à des coups de poker menteur - sur 1%, puis sur 0,8 % : le voilà obligé, et le Président en tête, d’en rabattre, contraint, forcé. ’La nouvelle estimation officielle date de quelques jours ; jusque-là il fallait croire les projections optimistes qui étaient censées rassurer les populations et justifier les prévisions gouvernementales.

UNE MPOSSIBLE ÉQUATION

Des recettes fiscales amoindries, en dépit d’une pression effroyablement aggravée, déséquilibreront les comptes de la nation encore plus : il faudra en conséquence emprunter plus que prévu, alors que la dette de l’État dépasse déjà, dès maintenant, les 90 % du P.I.B. soit 1 900 milliards. L’objectif de ramener le déficit à 3 % - les fameux 3 % de Maastricht ! - ne sera donc pas tenu fin 2013. À l’heure d’aujourd’hui, il est dit que ce sera 3,9 %, mais ce n’est qu’une estimation et plutôt favorable, négociée par Moscovici auprès de la Commission de Bruxelles qui n’a pas intérêt - mais pas du tout - à ce` que la deuxième économie d’Europe se voie soumise à un chantage spéculatif. Elle offre donc une sorte de réassurance morale, purement morale, en essayant d’obliger en contre-partie le partenaire français à plus de rigueur. Mais comment faire quand les promesses électorales engagent au-delà des possibilités ? Rien n’est encore financé des emplois aidés dits d’avenir - par antiphrase sans doute -, des contrats de générations, des 60 000 postes nouveaux qui doivent être créés dans l’Éducation nationale et dont on se demande comment les établir et avec qui. Il n’est pas jusqu’au « crédit d’impôt-compétitivité » qui, reporté sur 2oi4, ne grève d’avance les comptes de l’État et suppose évidemment une compensation fiscale. Il était facile, dans les anticipations de 2012, de la fonder sur une augmentation des taux des prélèvements effectués, puisque l’opération devait, dans l’esprit des technocrates, se ramener à une sorte de restitution de ce qu’il fallait bien appeler un « trop-perçu ». Mais évidemment aux conditions fixées par l’État inspecteur, contrôleur et répartiteur... Cette construction ne tenait que « toutes choses égales par ailleurs », pour reprendre l’expression consacrée. Or cette condition ne sera pas remplie pour la simple raison de la dégradation prévisible de la situation économique.

DES ESPOIRS QUI N’EN SONT PAS

Depuis son accession au pouvoir, François Hollande parie, sur l’instigation de ses brillants (!) conseillers économiques, sur le retour d’une croissance qui viendrait principalement des États-Unis et des pays dits émergents ; il suffisait d’attendre et de tenir en naviguant à vue. Le problème, c’est que les vents ne viennent pas ! Les voiles du bateau France pendouillent lamentablement et il apparaît que les reprises possibles de brises prometteuses dans le monde peuvent passer à côté du triste navire encalminé. Du coup, ceux qui le dirigent s’effarent et commencent à s’engueuler. Ce genre de situations catastrophiques provoque des réactions d’humeur qui sont, vu la gravité de l’heure, des enfantillages, des bravades, des attitudes ridicules : l’Arnaud Montebourg en est le spécialiste.

Mais ni les coups de menton ni les appels à la sérénité ne changeront quoi que soit à l’état de la question. Le pire est de s’imaginer que l’État français a, en lui-même, une capacité à faire redémarrer la machine. Vieille illusion socialiste ! Ne confondons pas socialisme et colbertisme, comme le veulent des théories économiques qui ne sont que des scolastiques de professeurs. L’État colbertien est d’abord et fondamentalement un État royal, monarchique, arbitral et décideur et quand il ne l’est pas ès- qualités, il l’est par substitution, en se calquant sur le meilleur de l’institution régalienne ; et, dans pareil cas, cet État trouve toujours des serviteurs de qualité.

C’est ainsi qu’a fonctionné la République quand, dans ce domaine, elle ne cédait pas à ses démons et se donnait les moyens, d’abord institutionnels, de faire marcher le pays. Un Mitterrand qui avait été formé à bonne école et qui faisait semblant d’être socialiste, le savait bien. Mais Hollande..., mais Ayrault..., mais toute cette bande qui gesticule, qui piaille, qui fait semblant d’exister !

Leurs prétendues initiatives feront chou blanc, comme il n’est que trop certain. Même leur fameuse « Banque publique d’investissement » qui regroupe des organismes qui fonctionnaient déjà plutôt bien, risque de détourner les efforts financiers de leur rôle véritable d’excitateurs de croissance. N’est pas Colbert qui veut, ni Louis XIV non plus !

Le gouvernement se heurte désormais à des impossibilités pratiques. Il ne peut plus que parer au plus pressé, en faisant croire qu’il tient la situation en main. Ce n’est pas seulement l’État qui n’a plus de marge de manoeuvre, ce sont toutes les institutions politiques et sociales. Les comptes sociaux sont tous calamiteux et les dernières décisions politiciennes d’Hollande ne font que les empirer : santé, retraite,allocations et aides diverses. Dans les années qui viennent, les faillites sont programmées : les gens avertis signalent que le défaut de paiement est déjà là.

Alors, Cahuzac cherche de l’argent désespérément 6 milliards de plus, a-t-il signifié, pour 2014. Le député Mariton - l’un des rares à s’être bien battu contre l’ignominie du prétendu mariage pour tous - a chiffré, avec quelques-uns de ses collègues, le montant des besoins et des futures factures de l’État PS à 40 milliards et il a raison. Pour le moment, il n’y a rien en caisse et voilà que Moscovici et Hollande commencent à parler de prélèvements supplémentaies : les familles, les retraités, l’épargne seront encore taxées et surtaxées... Rien ne résistera.

Avant 2017, la France se trouvera dans une situation tragique, avec une industrie et une agriculture en lambeaux. La Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, Chypre... la liste s’allonge. La France ?

La France ruinée dans une Europe explosée, voilà ce qui se prépare sous les yeux incrédules des dirigeants dont les schémas de compréhension ne sont plus du tout en phase avec la situation. C’est donc la direction qu’il faut changer. Et le mode même de fonctionnement.

Les politiciens de tous les partis ne songent qu’aux élections. La catastrophe même leur sert de tremplin, avec de beaux discours sur l’état de la France ! Comme en Italie, où c’est un désastre ! Alors qu’il faudrait parler de la réforme de l’État, de celle des institutions, des territoires, de la représentation - eh, oui ! -, et, bien sûr, des finances, et de la relance économique. Rétablir l’autorité pour sauver et redynamiser les libertés, ce serait le vrai programme national de salut public. Il faudrait des hommes pour le porter. Le système des partis politiques n’est plus à la hauteur des enjeux.

Voilà la vérité !

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