Chine

Le moteur a des ratés.

Mercredi 23 septembre 2015 // Le Monde

Cet été a été chaud pour les places boursières mondiales. Le minikrach qu’a connu la Chine au mois de juillet pèse depuis deux mois sur les bourses de la planète. Les financiers adorent se faire peur, c’est bien connu, mais cette fois auraient-ils enfin de bonne raison pour le faire ?

Cela fait dix bonnes années que l’on nous vante le décollage économique de la Chine devenue l’usine du monde et un marché attractif tant au plan des investissements que des débouchés commerciaux pour des produits haut de gamme. Las, il semble que la croissance chinoise qui tirait depuis des années la croissance mondiale et faisait grossir, années après années, le volume des échanges mondiaux connaisse des difficultés.

À dire vrai, la croissance réelle de l’économie chinoise a durant des années été minimisée par les autorités chinoises qui ne tenaient pas à affoler la planète entière. Les chiffres donnés par Pékin ont toujours été largement sujets à caution. On estimait jusque voilà peu qu’une croissance du PIB annoncée à 7 % l’an se situait plus vraisemblablement au-delà de 10 % en réalité. Cette année, les choses changent et l’on se demande si les 7 % prévus ne devraient pas plutôt se situer en réalité vers les 5 %, voire moins.

Le secteur industriel, celui de l’industrie lourde et de la production de machines étaient florissants jusqu’à la fin de l’année 2014. Depuis, l’activité industrielle est en constante baisse et l’activité des services n’est pas non plus en croissance pour pouvoir pallier les manques du premier. Il semble fort que les capacités industrielles du pays soient devenues trop importantes ce qui laisse planer un risque sérieux de surchauffe, voire d’effondrement de certains secteurs.

On ajoute à cela la bulle financière et immobilière dont l’éclatement pourrait encore ajouter à la morosité ambiante. Le nombre des constructions s’est envolé depuis des années sans que jamais on ne se demande en Chine si tous ces bâtiments serviraient un jour à quelque chose. Au-delà de l’impact sur les marchés financiers, ce dont on se moque bien, cette situation est porteuse de risque pour l’économie mondiale. La Chine ne peut à elle seule en être le moteur. Les ravis de la crèche de la « mondialisation heureuse s » en sont pour leurs frais. Leur optimisme béat trouve ici ses limites. D’autant que les Chinois ne jouent guère le jeu en matière de monnaie. La dévaluation du yuan est un problème pour tout le monde, notamment au moment où les États-uniens ont décidé de laisser se déprécier le dollar. Leurs manoeuvres se trouvent donc annihilées par une politique chinoise qui n’a jamais joué le jeu en matière d’équilibre monétaire international.

Pourtant, cette baisse du yuan risque de manquer son but quand les Chinois ont décidé d’une montée en gamme de leurs productions, ce qui les rend beaucoup plus tributaires d’une demande mondiale qui ne croît plus depuis quelques années. Le gouvernement chinois, au-delà de ses habituels tripatouillages de la valeur de la monnaie, est interventionniste et joue à la fois sur la baisse des taux d’intérêts et sur les aides accordées à des PME en très sérieuses difficultés.

En outre, la baisse de la demande de matières premières par l’industrie chinoise risque fort de faire baisser leurs coûts et d’entraîner des difficultés chez bon nombre de pays producteurs et émergents qui verront leurs comptes mis à mal. Les monnaies de certains d’entre eux, comme le Brésil et la Russie, s’en sont d’ailleurs d’autant plus mal portées. A terme, les effets pourraient se révéler dévastateurs et plonger l’économie de la planète dans un long cycle de récession, voire de déflation.

La situation de la Chine nous a toujours semblé ne pas révéler autant de potentialités que nombre d’experts attendaient. Pékin ne peut s’en tirer que par un développement de son marché intérieur, ce qui a été généralement le cas de la plupart des pays émergents et la condition sine qua non de la durabilité de leur séjour parmi ales pays développés. Or, on est encore loin du compte sur ce plan dans l’empire du Milieu. Le développement, même s’il a mécaniquement entraîné une hausse du niveau de vie moyen, n’a pas touché tout le monde de la même façon. Dans ce pays communiste dur, on a vu exploser les écarts sociaux. La croissance n’a pas profité à tous, il s’en faut de loin. Là, l’équation politique est potentiellement dangereuse pour un Parti communiste attaché à ses vieilles lunes et désireux de maintenir son emprise. Le « marché » était simple : prospérité contre non-liberté. Cet objectif contradictoire pourra t-il tenir ? Et si oui, dans quelles conditions et avec quels ajustements ?

Et la mondialisation dans tout cela ? Ceux qui en voyaient la fin pourraient bien avoir raison, ce qui amènerait les autres à un très douloureux retour sur eux-mêmes. Le casino international est ce que sont tous les casinos : un très vaste attrape-nigaud dans lequel le banquier gagne toujours.

Les boursiers de la planète sont en train de l’apprendre à leurs dépens même si ce sont les financiers chinois eux-mêmes qui en pâtissent au premier chef. On ne va pas les plaindre. Pas plus qu’on ne versera une larme sur ceux qui sont atteints, ailleurs, par ce séisme. Les politiques d’« assouplissement quantitatif » ont depuis des années masquées la réalité d’une économie mondiale en pleine crise durable.

Des solutions ? D’abord cesser de croire au Père Noël de la croissance et se poser la question de la fin de la mondialisation et du nécessaire recentrage de l’économie sur des grandes zones qui sont la bonne dimension d’échanges fructueux pour tous. En outre, la relocalisation, tant des échanges que de la production, pourrait revenir au centre du jeu. Là, cette crise devient une chance : celle d’ouvrir les yeux et de repenser les modèles et les pratiques.

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