Le monde vu de Boca Raton.

Lundi 10 décembre 2012 // Le Monde

www.innovation-democratique.org

Une Amérique (USA) sans boussole repliée sur quelques cantons de Floride et de l’Ohio, n’a pas brillé durant la campagne en vue des élections du 6 novembre.

Quel contraste entre les deux campagnes de 2008 et de 2012, folle vaque d’espoir, vote historique, d’un côté, réveil brutal aux réalités, échanges triviaux, de l’autre ! Quel contraste aussi entre les deux premières années de la présidence Obama qui lui valurent un prix Nobel de la paix controversé en 2009 et les deux dernières, de la main tendue des débuts, en vue d’un nouveau multilatéralisme au repli sécuritaire quasi- isolationniste de la fin !

Quel contraste encore entre le reste du monde qui continue de plébisciter Obama tandis qu’un électeur américain sur deux le rejette !

Tout ceci ne saurait s’expliquer si l’on ne savait pas, par les trois débats contradictoires que ce qui rapproche les deux candidats est bien plus important que ce qui les sépare. Les joutes oratoires ne doivent pas faire illusion. La politique extérieure ne joue aucun rôle dans les choix des électeurs indifférents à ce qui se passe hors de chez eux. Les deux principales régions d’origine du peuplement américain sont absentes du débat : l’Amérique latine pour ne pas compromettre l’électorat latino : quant à l’Europe dont on pensait qu’elle aurait un rôle de repoussoir, elle ne pèse plus rien outre-Atlantique. Les projets industriels en commun qui ont échoué, comme dans l’industrie automobile, l’absence de rivalité monétaire, ont disqualifié l’Europe comme facteur intérieur. La guerre froide est finie depuis vingt ans a rappelé Obama à Romney qui a trop tendance à vivre sur un passé révolu. Une autre façon de minimiser aussi la carte russe et la querelle stratégique.

Obama a encore réussi. lors du dernier débat du 24 octobre. à donner le change. Dans son esprit, mais c’est une conviction qu’il a du mal à faire partager, les retraits successifs d’Irak puis d’Afghanistan, la liquidation de Ben Laden, étaient un préalable, une manière de tourner une page, afin d’en ouvrir une autre une belle page blanche où les Etats-Unis, au lieu de se laisser dicter leur conduite par l’actualité, pourront enfin poursuivre leur destin exceptionnel... dans le Pacifique, ive d’Obama.

Ni celui-ci ni Romney n’engageront jamais l’armée américaine en Syrie. contrairement à l’activisme du précédent candidat républicain, McCain. Ils ne feront plus de « construction nationale » ailleurs qu’aux Etats-Unis. Finies les grandes visions néo-conservatrices de démocratie exportée à travers le monde, de grand Moyen- Orient. Israël restera la seule et unique exception qui confirme la règle. Il était symptomatique que la seule discussion un peu originale l’autre lundi en Floride (l’université Lynn de Boca Raton !) ait porté sur le point de savoir s’il fallait « couper les ponts » avec le Pakistan. C’est dire le niveau de confiance que l’ensemble des pays du monde peut aujourd’hui mettre dans l’alliance américaine.

Finies aussi les grandes envolées lyriques sur la liberté. De la liberté religieuse, il ne fut question qu’au détour d’une phrase, par Obama qui a rappelé l’attention portée aux minorités religieuses et aux femmes dans les pays musulmans. Pas un mot bizarrement de la part de Romney, pourtant mormon champion de la liberté religieuse à travers le monde et alors que le débat avait conquis une certaine Amérique à propos des obligations faites aux établissements confessionnels en matière de santé et d’éducation. Le sujet a disparu des écrans. Les critiques adressées à la Chine par le candidat républicain comme par Obama ne portent que sur le déficit commercial et le taux du yuan.

 Pas un seul mot de libertés. encore moins de souveraineté !

Répondre à cet article