Le label français ne connaît pas la crise.

Mercredi 21 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceArtistes mondialement reconnus, théâtres bondés, records d’affluence au cinéma... Pour cette journaliste italienne. cela ne fait pas un pli : l’exception culturelle a du bon.

Ce qui passait encore pour insulte, il n’y a pas si temps, est devenu un compliment, l’aveu d’un envoûtement, le signe d’une attraction retrouvée. Les Américains sont tombés sous le charme du sourire de Jean Dujardin, au point d’oublier de censurer le fameux `putain" qu’il a prononcé pendant la cérémonie des Oscars. La digue a cédé. Ce jour-là, Hollywood Boulevard n’a pas seulement accueilli un groupe de joyeux trentenaires et quadragénaires incarnant la "jeune vague" du cinéma transalpin, il a été le théâtre d’une vraie déclaration d’amour à la France.

Cela faisait longtemps que l’on n’avait assisté à un tel réchauffement des relations franco-américaines. Par la magie du cinéma, les anciennes rivalités géopolitiques ont soudain été reléguées à l’arrière-plan. Les French fries" [boycottées pendant la guerre d’Irak] ne sont plus à l’index et, aujourd’hui, le magazine Time ne pourrait plus consacrer sa une à la mort de la culture française, comme il le faisait en 2007.

Des succès mondiaux à la pelle Les salles de cinéma affichent complet, les musées sont bondés. Les théâtres, les salles de concerts, les bibliothèques et les librairies résistent, malgré la crise. Le Louvre a atteint en 2010 un record d’affluence avec 8,8 millions de visiteurs ; Versailles, le Centre Pompidou et le musée d’Orsay ont également enregistré des pics de fréquentation. L’année loir a aussi été marquée par de véritables phénomènes d’édition devenus mondiaux, comme le pamphlet Indignez-vous de Stéphane Hessel, traduit dans plus de vingt pays, ou le débat lancé parle mouvement pour la décroissance et théorisé par Serge Latouche [Vers une société d’abondance frugale Contresens et controverses sur la décroissance, éditions Mille et une nuits].

Madonna, pour sa part, a collaboré avec le Français Martin Solveig pour la réalisation de son dernier album [MDNA, à paraître le 26 mars sur Interscope Records]. Les DJ’s David Guetta et Bob Sinclair, les groupes Air et Phoenix continuent d’être appréciés au-delà des frontières françaises. Certes, ces artistes travaillent en anglais mais ils vivent à Paris, où 300 000 personnes oeuvrent dans les domaines du cinéma, de l’édition, de la radio, de la télévision ou des musées. Avec 235 000 salariés dans le secteur culturel, Londres n’arrive qu’en deuxième position.

Aujourd’hui, la France propose un modèle unique au monde, qui soutient et protège ses artistes en s’appuyant sur une réglementation et des organismes publics sans équivalent ailleurs. Pour 2012, alors que tous les gouvernements réduisaient leurs budgets, le ministère de la Culture français a vu le sien augmenter, pour atteindre 7,4 milliards d’euros - cinq fois celui de l’Italie. L’institution s’inscrit dans la tradition d’un pouvoir mécène, héritée de François Ier et sans cesse réinventée. André Malraux a donné son prestigieux ministère, Jack Lang a fait passer des mesures toujours en vigueur aujourd’hui prix unique du livre, quota de diffusion de chansons francophones à la radio, engagement des chaînes de télévision à financer des films indépendants...

Le mécénat, tradition d’Etat

Paradoxalement, l’enthousiasme pour la "French touch" renaît alors que le ministère de la Culture se trouve dirigé par un ancien animateur de télévision [Frédéric Mitterrand] et que le président français est perçu comme l’un des moins cultivés de l’histoire de la République. Mais, quoi qu’il arrive, l’accès à la culture est garanti par la Constitution de 1946 [La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture], le chauvinisme n’est jamais remis en cause, pas plus que les politiques de protection de ses artistes. Malgré les avertissements le l’Union européenne il continue d’exister une exception culturelle française qui dicte ses règles au marché et limite la libéralisation du secteur culturel.

Un siècle après l’invention du cinéma par les frères Lumière, l’industrie du cinéma transalpin vit un nouvel âge d’or.

L’année 2011 a enregistré un record d’entrées - grâce notamment au blockbuster Intouchables. "Le lien de cause à effet entre l’intervention publique et le dynamisme de ce secteur est évident", se félicite Eric Garandeau, président du Centre national de
cinématographie, chargé d’aider la production nationale via une taxe sur les billets de cinéma. Naturellement, distributeurs et gérants de salles indépendantes connaissent des difficultés. Beaucoup de professionnels se plaignent d’un manque d’équilibre entre grandes et petites production, alors que les délais pour la diffusion des films sur différents supports, en DVD ou sur Internet, font de nouveau l’objet de discussions.

Mais l’usine à rêves a su se renouveler en s’ouvrant au monde. "Le nombre de coproductions augmente", poursuit Eric Garandeau. Sur les vingt-trois films sélectionnés au dernier Festival de Berlin, sept étaient financés par la France. Ces dernières années, on a vu s’affirmer des réalisateurs de films d’animation comme Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, auteurs d’Une vie de chat, également nominé aux Oscars. A côté des traditionnels films d’auteur et de genre, un cinéma populaire s’est développé, capable d’affronter des thèmes difficiles comme la discrimination, le handicap, la pédophilie (Polisse) ou la maladie (La Guerre est déclarée).

Bref, le cinéma français n’a pas peur de prendre des risques, et il obtient parfois de beaux happy ends - si l’on en croit la réussite de The Artist, ce film que personne ne voulait produire. So frenchy !

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