Le général de Gaulle, histoire d’une réussite jamais jouée.

Mercredi 1er octobre 2014 // L’Histoire


Charles de Gaulle le DERNIER ROI CAPETIEN

Faute de savoir se construire un avenir, la France ressasse son passé avec frénésie. Aujourd’hui, le pèlerinage obligé passe par Colombey-les-Deux-Églises. La Haute-Marne en novembre, c’est toujours une partie de plaisir.
On viendra donc s’y prosterner avec componction à la mémoire de Charles de Gaulle, fantôme encombrant qui depuis 40 ans hante son « cher et vieux pays ». Depuis quelques jours, les chaines de télévision dégoulinent d’émissions commémoratives, le plus souvent hagiographiques, au sujet de « l’homme de la France libre ».

Le général de Gaulle est un mythe inaltérable. Chacun le revendique, même Martine Aubry et Nicolas Sarkozy ! Dans un récent sondage SOFRES, 70 % des Français estiment que Charles de Gaulle est le personnage le plus important de l’Histoire de France avec Louis XIV.

Les Français ne connaissent sans doute pas très bien leur Histoire et pas davantage l’histoire du général de Gaulle. Les manuels scolaires relayés par le bruit médiatique ambiant ont construit la légende selon laquelle le général de Gaulle a organisé à lui seul la résistance contre l’occupation allemande et a finalement gagné la deuxième guerre mondiale en faisant de la radio à Londres.

Les Français, habitants d’un pays qui rétrécit à vue d’œil, se raccrochent à des bribes lointaines de l’emphase gaullienne. L’habileté du général est d’avoir fait croire à ses contemporains que la France était encore une grande puissance, alors qu’elle ne l’est plus depuis Louis XIV. A défaut de grandeur, on se console par la grandiloquence.

Depuis plus de deux siècles, de trop nombreux historiens et philosophes, n’ont eu de cesse de dire des contres vérités sur la période révolutionnaire et sur la dictature de Napoléon Bonaparte.

La France de 2014 a davantage de privilégiés que celle de 1789. Des privilégiés qui refusent de perdre ce qu’ils appellent « Les acquis sociaux ou les régimes spéciaux, tous ces bénéficiaires de la fonction publique, qui sont la honte de notre démocratie ». Si nos responsables politiques » comme je le suggère dans les pages qui suivent » faisaient connaître aux citoyens cette colossale richesse qui appartient à des groupes financiers, la population serait révoltée, et y mettrait un terme.

Comme toujours en France, la classe politique « valse » au gré des élections. Un homme de recours s’impose. MAIS QUI ? Nicolas Sarkozy ! je n’y crois guère, il me semble que la droite à des femmes et des hommes qui peut jouer un rôle capital lors de l’élection de 2017. Bruneau le Maire, ou Alain Juppé sont des présidentiables compétents, honnêtes ; ils n’ont pas des (problèmes avec la justice ) ; quant aux femmes qui se revendiquent être de droite laissons à ces belles le soins de se dévoiler.

Lorsqu’en France, les Citoyens crient : « Vive la Liberté et Vive le Justice », » ils sont persuadés que c’est encore et toujours les « bourgeois « qui magouillent pour conserver les richesses de la Nation ; La France de 204, est confronté à d’énormes privilèges, mais ! il ne faut pas croire que les nantis, sont ceux que l’on croit.

Les privilégiés de Marianne sont des « citoyens ordinaires.

« En lisant les écrits ci-dessous, vous serez révolté ».

Les divers écrits que vous lirez ci-dessous ont pour but de révéler, les privilèges dont bénéficient des innombrables « Seigneurs Français ». Cela s’étend des corporations aussi diverses, que différentes. Que ce soit des entreprises où l’état est « propriétaire, mais où les lobbies en disposent comme bon leur semble ». Que ce soit dans les services qui gèrent notre sécurité sociale et ses tentacules, telles que l’EDF OU GDF, la SNCF, l’éducation Nationale, les hyper Marchés « qui anéantissent le monde agricole ou les services de proximités ». La liste n’est pas exhaustive. La France de 2014 est une nation où les avantages et les privilèges d’une « trop » large partie de la population, en tire bénéfice au détriment d’un « tiers-état « qui n’est pas celui que l’on croit, qui paye, qui travaille, sans rien dire, mais qui un jour ce réveillera et renversera une « oligarchie » qui devra rendre des compte à une population en colère.

La France est une nation sclérosée, la moindre remise en cause d’acquis sociaux, provoquent des grèves qui pénalisent notre économie, et ridiculise notre Pays face au reste d’un monde qui peu à peu prend une ascendance sur « Le Coq et sur le Lys « . Pour remettre le Wagon France sur les rails, nous devons avoir un pouvoir politique fort, tout en respectant notre démocratie. Il me semble que pendant un minimum de 18 mois le prochain Président de la République devra appliquer l’article 16 de la constitution en prenant les pleins pouvoirs pour réformer l’Etats, et rendre à la République ses véritables valeurs. Celles de la Liberté, de l’Egalité, celle de la Fraternité et de la Justice.

« Une civilisation se transforme, lorsque son élément le plus douloureux, l’humiliation chez l’esclave, le travail chez l’ouvrier moderne, devient, tout à coup une valeur, lorsqu’il ne s’agit plus d’échapper à cette humiliation, mais d’en attendre son salut, d’échapper à ce travail, mais d’y trouver sa raison d’être. Il n’y a rien de pire d’être revalorisé, uniquement par l’argent ».

Pour la première fois, des observateurs privés de la vie économique et politique française recensent les biens publics. Ces terres, forêts, immeubles, entreprises, métaux précieux, œuvres ...gérés au nom du peuple par l’État, les collectivités locales et d’innombrables institutions publiques ou parapubliques. L’accent ne sera pas mis sur la valeur globale du patrimoine public mais sur tous les biens qui ne participent pas directement au fonctionnement de l’État ou des collectivités locales, qui relèvent du principe d’accumulation. Ainsi les locaux qui abritent les services ou participent au fonctionnement direct d’une administration ne seront pas comptabilisés. Ils ne dresseront pas non plus, la liste exhaustive des biens par trop fastidieuse, mais quelques exemples significatifs éclaireront l’analyse du lecteur.

Si nous avions une démocratie respectueuse des devoirs qu’elle a envers sa population, il lui serait facile de prendre les immeubles ou terrains qui appartiennent soit à l’état, soit aux différentes institutions, « détaillés » ci-dessous, pour construire des logements, et pour trouver l’argent nécessaire à l’aménagement d’écoles, d’hôpitaux, de l’argent pour la recherche, etc.

La liste est loin d’être exhaustive, mais pour cela, nous devons refaire une « Nuit du 4 Août » et supprimer, tous les privilèges et, la plus part, des avantages dont ne peuvent pas bénéficier, toutes les composantes de la société Français ». Les atouts qu’il faut abolir, le lecteur les trouvera en lisant le texte écrit ci-dessous. Les privilégiés de la France Républicaine sont incontestablement plus nombreux, que ceux qui existaient sous la France Royale.

Le patrimoine culturel, considérable, a aussi été délibérément laissé de côté. Son abandon soulèverait de toutes évidences des questions d’ordre philosophique et esthétique. La France est riche, possède des quantités de biens, inutiles pour sa bonne marche et souvent mal, gérés. Les citoyens, auxquels l’État demande toujours plus pour combler ses deux tonneaux des Danaïdes, « budget et Sécurité sociale » doivent le savoir. Depuis 1992, malgré plusieurs alternances gouvernementales, des changements de majorité et d’hommes, peu de choses ont bougé. Pire même ! Le capital de l’État n’a cessé de croître. Il est passé de 8 à 12 % du PIB. Les privatisations, ou cessions d’actifs industriels, n’ont été que des voiles de bayadères tentant de dissimuler l’accumulation des richesses publiques et surtout leur gestion désastreuse.

Contrairement à une idée largement répandue, cette dérive ne relève pas seulement du mode de sélection de l’élite politique et administrative française. Énarques, centraliens et autres polytechniciens ne sont que les rouages d’un système de pensée qui trouve ses origines dans le colbertisme. Les bases de la « gouvernance » française reposent depuis cette époque sur un État fort, de type régalien, et les nombreux soubresauts de l’histoire n’ont pas modifié cette donnée fondamentale. Cette exception française ! Ainsi, quand un homme entre en politique, c’est, comme dans presque tous les systèmes, avant tout pour posséder une parcelle de pouvoir. Une fois parvenu à gravir un échelon de la hiérarchie, après bien des combats, des sacrifices, des renoncements, il entend, au minimum, s’y maintenir mais, le plus souvent, progresser.

Or, en France, réduire le poids de l’administration qu’il coiffe, c’est réduire une partie de ses prérogatives. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison des difficultés de nos relations avec Bruxelles et les différentes structures européennes ; Chaque abandon de souveraineté, dans quelque domaine que ce soit, est une véritable douleur ressentie par l’ensemble du corps politico-administratif. Douleur stigmatisée par la peur panique de quelque 5 millions de fonctionnaires et assimilés qui ne peuvent imaginer la moindre remise en cause d’un quelconque droit acquis. Sans parler de leur statut, totalement inadapté aujourd’hui à une donne économique mondiale fondée sur la réactivité.

À ce facteur humain se superpose la logique politicienne. Cette dernière est par nature structurelle et explique « l’échec consommé » de la décentralisation Raffarin. Vingt ans après les lois Defferre et compte tenu des avancées de la construction européenne, l’objectif initial était la suppression de plusieurs échelons administratifs : une restructuration nécessaire pour permettre au niveau local de peser sur l’action économique. Cela aurait permis à l’État de se désengager en transférant des pans entiers de l’administration centrale. Dans son principe, la manœuvre était habile, car elle devait servir à baisser artificiellement le taux d’endettement et à rentrer ainsi dans les critères de rigueur européens.

Les conseils généraux étaient directement menacés par cette réforme, mais s’ils ne furent jamais remis en cause ce n’est que pour de basses raisons politiciennes. Ils fournissent en effet un nombre important de postes, de strapontins, 3861 sièges, précisément, et un nombre incalculable d’avantages à distribuer. La commune, qui ne se justifie plus dès lors qu’il y a district, communauté urbaine ou d’agglomérations, a été maintenue au nom de cette même logique. 514 519 maires, adjoints et conseillers municipaux étaient potentiellement concernés. Or ces postes subalternes permettent aux partis politiques d’entretenir leurs troupes et d’avoir de nombreuses possibilités de points de chute, pour ne pas parler de prébendes.

L’assistanat est devenu pour beaucoup un mode normal de fonctionnement. Ce système est arrivé au bout de sa logique. Il n’est plus capable de produire de richesses. La France doit très vite passer un nouveau cap. Pour aborder le nouveau millénaire, il lui faut parier sur sa seule vraie fortune : l’intelligence ! Mais pour inventer, innover, il faut des moyens. C’est le rôle de l’État d’en dégager. Pour cela, il doit se réformer.

C’était durant l’hiver 1995. Paris allait à pied. Le Premier ministre de l’époque avait eu l’idée saugrenue de vouloir appliquer le programme sur lequel sa majorité avait été élue. La France était donc à la fois paralysée et en ordre dispersé : Les manifestants manifestaient, la droite s’inquiétait et la gauche se demandait déjà comment faire pour récupérer le mouvement. Durant ces heures tapageuses, des personnalités, s’adressèrent au premier secrétaire du Parti socialiste, lui disant, qu’il serait bien inspiré de ne pas trop empêcher la droite de faire ses réformes. Laissez donc Juppé faire le sale travail, lui avait-on conseillé en substance. Il vous rend un fier service, d’autant que, bientôt, c’est vous qui serez à l’ouvrage à Matignon !. « On voit bien que vous n’avez jamais fait de la politique », répondit-il. Formule lapidaire et qui, malheureusement, résume à merveille ce qu’est devenue la gestion de notre pays.

Tout y est affaire politique, y compris l’économie. Tout est désormais subordonné à un clientélisme à la petite semaine, mâtiné de communication. L’opinion publique a envie de croire que Etat providence a les moyens de financer sans compter la Sécurité sociale et tous les régimes de retraite. Qu’à cela ne tienne ! Non seulement on n’essaiera pas de la détromper, mais on la persuadera que la France peut s’offrir aussi une réduction du temps de travail. Au plus haut niveau de l’État, le simple bon sens n’a plus sa place : le rôle de nos élus devrait être de préparer l’avenir, d’assumer parfois des décisions difficiles. Mais non ! Surtout ne pas parler des choses qui fâchent ! C’est actuellement le seul mot d’ordre dans les couloirs des ministères. Ne pas dire que les caisses sont vides. Le pouvoir en place préfère emprunter et, en fin de mandat, passer la main et la facture.

Mais pourquoi ?, pourquoi ce laisser-faire, ce manque de réaction devant un état de fait préoccupant et parfois scandaleux ? Notre héritage y est pour beaucoup : la France est un vieux pays catholique qui a appris à ses enfants que l’argent était sale et le profit suspect. Les Français n’aiment pas l’économie, pire, ils s’en méfient. L’économie, l’argent et le travail sont la vie. Un être humain ne peut pas vivre longtemps sans horizon, sans rêves et sans morale. Et n’en déplaise aux promoteurs de la loi sur les 35 heures ou sur le RSA, c’est une idée folle de vouloir séparer le travail de la vie. Le citoyen ne peut pas vivre en dehors de l’économie. Et s’il préfère ne pas s’en occuper personnellement, ou n’en est pas capable faute de connaissances, il devrait pouvoir compter sur le personnel politique pour agir à sa place.

De Gaulle avait, selon la formule consacrée, « une certaine idée de la France ». Il avait en effet une opinion très précise de ce que devaient être notre diplomatie, notre défense nationale et notre rayonnement culturel. Il avait des convictions, des jugements, des sympathies et des rancunes. Mais, concernant l’économie, il ne pensait rien. II ne savait pas. L’intendance devait suivre. Son successeur, Georges Pompidou, était un fin lettré passé par la banque, un amateur d’art moderne et de poésie. De son septennat, l’histoire n’a retenu que la triste fin et quelques réalisations emblématiques : le paquebot France, le Concorde et le centre Beaubourg. Autant de symboles qui marquèrent l’apogée des Trente Glorieuses. Une époque où la croissance allait de soi, croyait-on, et où l’économie, dès lors, n’était pas la principale préoccupation de nos dirigeants.

C’est avec Valéry Giscard d’Estaing qu’elle entra par la grande porte à l’Élysée. Ancien ministre des Finances, il est celui qui a imaginé l’impôt le plus rentable pour l’État ; La TVA. Mais Giscard fut confronté au premier choc pétrolier et à la plus longue crise économique du XX° siècle. Brillant, mais hautain et phraseur, il restera celui qui a fait entrer la France dans l’ère de la ploutocratie.

François Mitterrand marqua le retour à une présidence gaullienne. L’homme ne s’embarrassait pas de l’économie. Reste l’énigme Chirac. Énarque comme Giscard, il a usé ses fonds de culotte face aux meilleurs professeurs d’économie du pays. Force est de constater pourtant aujourd’hui qu’il semble s’intéresser davantage à l’ordre mondial et à la violence routière qu’aux déficits publics. La France n’a pas à se plier au diktat de l’Europe en matière de finances publiques. Elle est souveraine et fait ce que bon lui semble. La voix est martiale, le ton gaullien et le travail délégué à Raffarin son petit caniche.

En France, on adore légiférer, quitte à prévoir d’innombrables exceptions à la règle dans les fameux textes d’application » que nul n’est censé ignorer... Notre pays est d’ailleurs reconnu dans le monde entier comme le recordman absolu de la production de textes législatifs. Une aubaine pour les cabinets d’affaires anglo-saxons. La fonction publique croule sous les nouvelles directives, les nouvelles réglementations. Les lois s’empilent, se succèdent, ne s’annulent jamais, se contredisent parfois. Mais qui pourrait prétendre qu’il s’agit véritablement de réformes ? On refuse de poser les vraies questions. Économiques, bien souvent.

Plus grave encore, il arrive que pour étouffer un sujet « non politiquement correct », on lance sur la place publique un faux débat. Toujours sous prétexte de réforme. Discuter de la durée du mandat des sénateurs avait-il un quelconque intérêt pour l’ensemble des Français ? La vraie question n’était-elle pas plutôt de savoir si la haute Assemblée est essentielle à la vie politique de la nation ? Pourquoi, d’ailleurs, nous interdirions-nous de réfléchir également à l’utilité du travail de l’Assemblée nationale, devenue sous la V° République une simple chambre d’enregistrement, pour ne pas dire une caisse enregistreuse ? Vous aurez, à la lecture de cette réflexion, l’occasion de découvrir quels moyens sont utilisés par les hommes de pouvoir pour puiser, sans aucun contrôle, et sans grand risque, dans les caisses de l’État ; Comment les syndicats et autres profiteurs vivent aux crochets de l’assurance-maladie et des comités d’entreprise des grandes sociétés, et, surtout, comment l’État français se montre incapable de gérer son immense fortune, qui est, rappelons-le au passage, celle des Français. Or tout cet argent qui dort ou qui est gaspillé pourrait être investi, répondre aux besoins de la nation, préparer l’avenir des jeunes générations.

La France a-t’elle, besoin d’un second 18 Brumaire ?

Qui, en France, dispose du plus gros budget ? La devinette paraît simple, mais ne répondez pas trop vite. Le premier budget de la nation n’est pas celui de l’État mais celui de la Sécurité sociale. 370 milliards d’euros pour notre Sécu, contre 266 milliards seulement pour toutes les autres dépenses publiques. 370 milliards qui attisent bien des convoitises et permettent aussi toutes les dérives.

Pourtant, imaginer un système de santé égalitaire et performant tout en assurant durablement son financement, tout le monde en a rêvé. Personne ne l’a fait. Mais, pour comprendre les raisons de cet échec, il faut remonter aux sources de l’histoire de la chère, si chère Sécu. Nous sommes en 1945. Au sortir de la guerre, l’État est déjà considéré comme trop bureaucratique, manquant de souplesse, de capacité d’adaptation. En fait, la période de Vichy a surtout rendu l’administration suspecte. Par crainte de la mainmise de l’État sur le nouvel organisme, le système de protection est calqué sur celui des associations. Sa doctrine ? La future Sécurité sociale doit appartenir aux travailleurs et donc être confiée à leurs représentants. Ce sont les syndicats qui tiendront les rênes de l’attelage, avec quelques membres du patronat caracolant sur les ailes.

Sous de Gaulle, l’État tente de s’insinuer dans le système. Il ne parvient pas à s’imposer dans la gestion des dépenses, mais obtient que les recettes soient déterminées par le gouvernement. Ainsi, depuis 1960, le taux des cotisations, leurs modalités de recouvrement, les règles de gestion des différents régimes relèvent du pouvoir réglementaire. Au gré des alternances politiques, des réformettes tentent de limiter un déficit qui a tendance à devenir endémique. Paradoxalement, jusqu’en 1994, le pouvoir politique n’aura de cesse de renforcer le pouvoir des syndicats. A la Sécurité sociale, ces derniers se retrouvent à la fois adversaires au moment des élections où le salarié doit choisir entre plusieurs listes et partenaires dès le lendemain pour assurer ensemble la gestion. Comme il en va de leur principale source de financement, ils sont vite d’accord pour se répartir à l’amiable, les sommes qui leur reviennent de droit, le droit du plus fort...

Si les décisions concernant le niveau des cotisations et des prestations relèvent effectivement de sa compétence, dès qu’il s’agit de modifier le système, d’y introduire par exemple, de nouvelles logiques, il est contraint de négocier. Que font alors les syndicats lorsque l’État tente d’imposer des réformes ? Ils demandent à leurs troupes de bloquer les trams, les métros. Si l’on sait, depuis le général de Gaulle, que la politique de la France ne se fait pas à la Corbeille, on constate qu’elle se décide souvent sur les quais des gares...

Le souvenir d’Alain Juppé, qui a choisi l’affrontement en 1995, reste gravé dans la mémoire de la classe politique. Si Jean-Pierre Raffarin, au plus fort de la tempête sur les retraites de juin 2003, n’a pas cédé (encore que les nouvelles dispositions prises ne s’appliqueront qu’en 2008...), il a donné dans la coulisse des gages sur le dossier, ô combien plus important de la Sécurité sociale. Annoncée comme radicale, la réforme sera, à n’en pas douter, pleine de modération... L’intransigeance de façade de la CGT et de F0 sur les retraites a fort bien été perçue en haut lieu. Au jeu de billard à deux bandes, les syndicats ont marqué un point décisif.

Citons une année type, avant la prise de pouvoir du baron Seillière au patronat : 1994. Selon les propres chiffres de la Caisse nationale, la CGT, F0 et la CFDT ont reçu chacune près de 10 millions de francs. La CGC et la CFTC, près de 6 millions. Le patronat, 3 millions. Voilà pour les versements officiels. Mais il n’est pas fait mention des emplois fictifs qui font vivre des centaines de permanents syndicaux.

Le montant des sommes comme le nombre des personnes concernées par ce qui s’apparente à l’abus de biens sociaux sont loin d’être symboliques. Les syndicats gestionnaires de la Caisse nationale d’assurance maladie sont ainsi représentés par 3000 administrateurs et autant de suppléants. La « CGT, F0, la CFDT, l’UPA et la FNMF » disposent chacun de trois représentants à la CNAM et de deux représentants dans les 229 CNAM réparties sur tout le territoire. Ces cinq organisations perçoivent chacune un forfait annuel de 92 000 euros au titre des frais de secrétariat et de 411 956 euros pour la formation de leurs administrateurs. La CFTC et la CGC, moins importantes, n’ont qu’un représentant dans chaque CPAM, mais touchent également 92 000 euros pour leur secrétariat et 297 000 euros au titre de la formation. Cette accumulation de chiffres, édifiante même si elle est fastidieuse, devrait être connue de tout cotisant à la Sécurité sociale.

Il comprendrait qu’il apporte son concours involontaire au renforcement du pouvoir syndical dans notre pays. En effet, si les syndicats y sont aujourd’hui aussi riches, et puissants, malgré le petit nombre de leurs adhérents, c’est grâce au fromage de la Sécu, un vrai gruyère... à trous ! Mais, contrairement aux turpitudes des politiques dénoncées avec éclat, ces pratiques opaques et scandaleuses ne sont jamais portées sur la place publique. Curieuse complaisance médiatique... Si l’on cherche des sujets de reportage qui ne fâchent pas, on pourrait s’intéresser aux caisses de Sécurité sociale bénéficiaires. Elles existent ! En Alsace, par exemple, où elles enregistrent 2 % de profit par an. Certes, le gouvernement ne les met pas à contribution pour financer les 35 heures, mais leur mode de gestion, nettement plus rigoureux qu’ailleurs, mériterait peut-être d’être mieux connu. Et imité. Pour gérer cet immense patrimoine, une structure a même été constituée au niveau national. Mais cela n’a pas empêché les caisses de créer leurs propres organismes pour chaque branche. Ainsi la CNAMTS a mis en place en 2001 et 2002 douze pôles régionaux de compétences immobilières, composés chacun d’un ou deux experts de la propriété foncière.

Or ces travaux sont, la plupart du temps, réalisés en dépit du bon sens. On s’épuiserait à dénoncer les inepties en termes d’entretien des immeubles : elles atteignent des sommets quand il s’agit de bâtiments anciens loués à des œuvres ou à des associations. Le manoir de Vicomté, par exemple, une propriété de la CAF de Rennes qui héberge un centre de vacances, s’est fait ravaler la façade et le reste pour plus de 4,2 millions d’euros entre 1990 et 2000 Autre opération mirifique, mais en sens inverse : à Garges-lès-Gonesse, dans la région parisienne, un immeuble acheté pour la CAF pour un montant de 3 millions d’euros en 1974 a été revendu en 2001... 60000 euros. L’immobilier, on le sait, est devenu un placement à hauts risques !

Les richesses de l’Assistance publique Hôpitaux de Paris, sont énormes. Si elle regroupe 41 Hôpitaux, ou groupe hospitalier, cela ne suffirait pas à faire d’elle le quatrième propriétaire foncier public de la capitale, après la Ville, l’État, et la SNCF. Mais elle dispose d’un patrimoine à la fois très important et très diversifié. Pour la première fois dans l’histoire de cette vénérable institution, l’assistance publique Hôpitaux de Marseille a fait réaliser en mars 2003 un inventaire exhaustif de son patrimoine immobilier. Il aura fallu six mois à un cabinet privé pour parvenir à faire le tour du propriétaire. « Hors bâtiments utilisés pour des activités médicales ou administratives, le patrimoine immobilier de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille s’élève à plus de 88 millions d’euros ».

Après avoir évalué les sommes considérables de l’assistance publique en France on est en droit de se poser la question de la mort du bon ROI LOUIS XVI le 21 janvier 1789, et des grèves des chercheurs de France en ce mois de mars 2004 ?

Les mutuelles de fonctionnaires.

Les 79 mutuelles de fonctionnaires de l’État occupent une place de choix dans le petit monde très fermé de la mutualité française. Privilège suprême : elles gèrent à la fois la protection complémentaire, comme toute mutuelle, et les prestations du régime obligatoire d’Assurance maladie, dont le montant est plus important. Ces mutuelles couvrent toutes les structures administratives françaises : il en existe au moins une par ministère. Un certain nombre en possèdent même plusieurs. Disons qu’il s’agit d’un ensemble éparpillé, très diversifié et particulièrement résistant à toute tentative d’investigation. La Mutualité Fonction publique regroupe une bonne partie de ces institutions : elle fédère 28 organismes où cotisent pas moins de 4,6 millions de fonctionnaires et leur famille. Vient ensuite la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN), qui compte à elle seule 165 8000 cotisants.

L’ensemble des mutuelles de fonctionnaires a ainsi perçu 283,42 millions d’€ en 2000 pour financer ces frais de gestion. La Mutualité Fonction publique a encaissé 91 millions tandis que la Mutuelle générale de l’Éducation nationale en engrangeait plus de 328. Ces chiffres ne vous disent probablement rien, mais à la Cour des comptes si ! Et les magistrats de la rue Cambon ont justement constaté que ces sommes ne correspondaient pas aux frais réels, d’autant que d’autres aides publiques font double emploi avec ces remises de gestion. En effet, les mutuelles de fonctionnaires bénéficient de subventions et de prestations gratuites de l’État. Mise à disposition de personnel, de locaux, de matériel et de services.

Parmi les privilégiés, la Mutuelle générale (ex Mutuelle générale des PTT) bénéficie de l’affranchissement et du téléphone gratuits ainsi que de véhicules mis à sa disposition. Pour cette mutuelle, les aides publiques se chiffrent à 50,5 millions d’euros et les aides pour frais de gestion à plus de 70 millions, soit un total de 100 millions ! Sans doute un record.

Une autre forme de privilège a été accordée par l’État aux mutuelles de fonctionnaires: : L’exclusivité de la gestion des chèques-vacances des fonctionnaires et agents de La Poste et de France Télécom. C’est la Mutuelle générale de l’Éducation nationale qui a hérité du gâteau. Serait-ce parce que les enseignants sont réputés avoir le plus de vacances ? Cela rapporte en tout cas à la MGEN 5 millions d’euros par an, sous forme de rémunération forfaitaire versée par l’État, à laquelle s’ajoutent des produits financiers.
Ces institutions, qui ne se privent pas de critiquer la Sécurité sociale, ont certes pignon sur rue et des façades hautement respectables mais leur comptabilité, elle, donne plutôt sur des arrière-cours obscures. Une architecture à la maçonnerie très caractéristique. Lorsque l’affaire de la Mutuelle des étudiants de France a éclaté, beaucoup de gens en France ont découvert avec étonnement le scandale. Mais les révélations des us et coutumes de l’officine estudiantine n’ont nullement surpris les connaisseurs de la grande famille mutualiste. D’autres cadavres sont cachés dans les placards à double fond de ses bureaux high-tech.

Vouloir faire le tour du propriétaire de l’État français relève de la gageure. Nombreuses sont d’ailleurs les administrations qui y ont renoncé et qui ignorent elles-mêmes ce qu’elles possèdent réellement. Peut-être pourraient-elles se procurer un rapport de l’ENA sur le sujet, effectué par la promotion Marc Bloch en 1996 ? Le tableau général des propriétés de l’État recensait un patrimoine de 439 millions de m2, dont la moitié appartenait au ministère de la Défense. Pour le Français moyen qui dispose d’un logement de quelques dizaines de m2, il est bien difficile de se représenter une surface de 14 millions de m2. C’est pourtant celle qu’occupent les bureaux officiels.

Si l’État croule sous les bâtiments, pas toujours indispensables, la mauvaise gestion de ce parc immobilier coûte cher. Ainsi, dans 33 villes françaises, les différents services des administrations (Impôts, Trésor public, Douanes, Insee, etc.) sont éparpillés sur plus de 20 sites ; Les regrouper permettrait de substantielles économies. Autre point faible : l’entretien des locaux. Le secteur privé dépense en moyenne 15 euros par m2 et par an en frais d’entretien et de maintenance, quand l’administration en alloue la moitié à ses agents. Mal entretenus, les immeubles se détériorent, mais l’État ignore apparemment l’adage : prévenir vaut mieux que guérir. Il doit donc périodiquement rénover à grands frais des bâtiments négligés. Seuls les architectes payés au pourcentage se félicitent du « faute d’avoir changé à temps la moquette, il faut refaire le plancher ».

Certains ministères ont déjà créé une structure qui assure la maîtrise d’ouvrage dans les opérations de construction. La Justice a même désormais un secrétaire d’État exclusivement préposé à la création de prisons (il n’y a pas de petit ministre, paraît-il, ni de sot métier. Et quand le bâtiment va, tout va...). D’autre part, il existe des services décentralisés pour certains ministères, comme celui de l’intérieur ; il dispose d’antennes techniques dans sept grandes villes. Bon début, même si ces services ne sont pas autonomes, ni composés de professionnels. Un fonctionnaire audacieux, resté malheureusement anonyme, a proposé pour responsabiliser les administrations de leur faire payer un loyer à l’État Mais comme la somme nécessaire serait comprise dans leur dotation, on ne voit pas très bien ce qui amènerait les services à plus de rigueur.

Autre piste sur laquelle planche le ministère de la Défense : La concession de la gestion des locaux d’habitation du personnel au secteur privé ou, n’allons pas trop vite en besogne, à une structure parapublique. L’État louerait ensuite les logements au concessionnaire qui assurerait l’entretien du pare et la construction de nouveaux logements. Cette solution pourrait s’appliquer aux 35 000 logements appartenant à la gendarmerie nationale (50 000 autres sont loués à des collectivités locales ou à des organismes type HLM). A priori, le montage est astucieux, car c’est une rentrée immédiate de 400à 500 millions d’euros qui tomberaient dans les caisses. Oui, mais le loyer annuel que l’État devrait verser ensuite atteint 150 millions d’euros. Or il dépense actuellement environ 150 millions d’euros par an pour l’entretien et la rénovation des casernes de gendarmerie : le coût effectif de l’opération, 80 millions par an, fait qu’elle ne serait rentable que sur dix ans.

La gourmandise de l’Administration en matière de mètres carrés est plus importante en province qu’à Paris. Ce sont les collectivités locales qui possèdent le patrimoine le plus important : logements, bureaux et terrains. Enfin, signalons que la Sécurité sociale, célèbre pour son trou, pourrait l’être tout autant pour son parc immobilier, estimé, en 2001, à plus de 40 milliards d’euros. Fort de cet état des lieux, un constat s’impose. Il faut réformer l’État ! Combien de fois n’a-t-on pas entendu dans la bouche de nos hommes politiques ! Tous les sept ans au moins (tous les cinq aujourd’hui), nous avons droit à ce discours sempiternel de candidat en campagne.

Nous votons, nous attendons, mais, telle la sœur Anne du conte, la France ne voit toujours rien venir. Pourtant, une meilleure gestion du patrimoine national passe nécessairement par un changement radical des pratiques de l’État. Améliorer le recensement des biens nationaux, évaluer leur valeur, les administrer avec rigueur et intelligence, cela nécessite en effet de revoir le fonctionnement d’à peu près tous les services publics. Il faudrait tout d’abord en finir avec la multiplicité des acteurs. Il existe dans chaque ministère des directions chargées de la gestion immobilière, mais elles ne disposent généralement pas de relais pour les services décentralisés. Passé le boulevard périphérique parisien, c’est le brouillard et la multiplication des intervenants.

Depuis 1986, le ministère de la Défense est ainsi engagé dans une vaste politique immobilière. Politique qui échappe totalement au contrôle de Bercy puisque, exceptionnellement, le produit de ses ventes est immédiatement reversé au budget de l’armée. On ne mélange pas les képis et les manches de lustrine ! L’un des plus beaux trésors de l’armée française est sa flotte. On a beaucoup ironisé sur les malheurs du Charles-de-Gaulle, mais lui, au moins, navigue parfois... Le porte-avions Clemenceau a, en revanche, attendu quatre ans entre sa dernière revue navale, en 1993, et son désarmement.

Quatre ans à rouiller dans la rade de Toulon. Mais que faire de ce géant de 266 mètre de long, 66 de haut et 46 de large ? La Marine eut d’abord la géniale idée de le transformer en casse flottante, immense réserve de pièces de rechange. Cette solution s’est révélée trop compliquée à mettre en œuvre. De nombreux composants contenaient de l’amiante. Puis la Ville de Marseille fit une offre, souhaitant transformer le navire en rocher artificiel ! Finalement, en avril 2003, il a été vendu aux enchères, au poids, et livré aux ferrailleurs. Triste destin... Le Foch n’a pas eu plus de chance. Le deuxième porte-avions français, mis en service en 1963, a été cédé en 2000 à la marine brésilienne pour la modique somme de 46 millions d’euros. Il s’appelle désormais le Sâo Paulo.

Paradoxalement, la grande richesse de la Marine, ce sont ses terres. Elle possède effectivement un domaine royal : 10 000 hectares, 3 millions de m2 bâtis. Cela peut paraître peu de chose en comparaison des propriétés foncières de l’armée de terre, mais ces terrains attirent bien plus d’amateurs, institutionnels ou particuliers. Il est vrai que les côtes des îles d’Hyères sont plus attrayantes que les champs de luzerne de la banlieue de Mourmelon. D’autre part, ces terrains ont l’avantage d’être très peu construits, généralement boisés, et de posséder le plus souvent une vue sur la mer. Dans le Var, par exemple, le Centre d’essais de la Méditerranée occupe 90 % de l’île du Levant, en face de Porquerolles.

Toujours entourées de quelques hectares de terrain, ces petites vigies idéalement placées sont bien évidemment lorgnées par tous les promoteurs immobiliers de France. C’est ainsi que les sémaphores de Pomègues, dans les Bouches-du-Rhône, ou de l’île de Groix dans le Morbihan, ont été vendus aux enchères il y a deux ans pour 360 000 euros. Le prix d’un morceau d’hélice de notre vaillant Charles-de-Gaulle. Autre filon qui semble inépuisable : des hangars, fortins, forteresses, bâtiments désaffectés, parfois situés dans des lieux paradisiaques. Il y a aujourd’hui un marché pour le blockhaus et l’arsenal désaffectés : les soixante-huitards n’appréciant rien tant que de faire leur lit dans des locaux militaires...

Une goutte d’eau dans l’océan des détournements, abus et gaspillages dont l’État est
victime.., ou coupable, mais un exemple de plus de gestion lamentable et d’absence de contrôle. La Cour des comptes, qui a tiré les fusées d’alarme, relève ainsi qu’à Toulon la DCN ne disposait pas de logiciel de gestion de stocks entre 1995 et 1998 ! Étrange négligence quand on sait que les stocks en question sont évalués à 923 millions d’euros pour les pièces de rechange et à 2,28 milliard d’euros pour les armes et les munitions. La Cour des comptes épingle ce stockage à la petite semaine, les écarts entre les évaluations des stocks et leur valeur réelle, d’autant qu’étaient comptabilisés pour 75 millions d’euros de pièces fantômes, n’existant plus depuis longtemps.

Il apparaît que, jusqu’à l’an 2000, tous les établissements de la Direction des constructions navales « DCN » étaient uniquement soumis à un contrôle du comptable assignataire, sans aucune autorité réelle. Le taux de rentabilité des machines n’a rien à envier à celui des hommes. Certains matériels lourds et coûteux, jugés indispensables depuis la passerelle du capitaine, ne sont utilisés que moins d’un mois par an. C’est le cas à Indret, où la DCN s’est dotée d’une machine à souder les hélices en titane, au moment même où la Marine et la « DGA » adoptaient, pour les sous-marins et les porte-avions, des hélices en cupro-aluminium. Un mauvais fonctionnement des signaux entre les bateaux de la même escadre, sans doute.

Malgré ses performances peu brillantes, la DCN est désormais une société à part entière et envisage de s’allier avec des groupes européens, notamment espagnols et italiens. On leur souhaite bon vent et des arrières solides, car, pour assainir les finances, une capitalisation de 2,5 milliard d’euros sera nécessaire avant l’embarquement.

Autre trésor caché de l’État, le Conservatoire du littoral. Créé en 1975 pour sauver nos côtes, ou ce qui pouvait l’être encore, de la voracité des bétonneurs, une équipe réduite, moins d’une centaine de personnes a réalisé des miracles avec un budget modeste. On ne peut que s’en réjouir, d’autant que certaines de ces opérations ont fait grincer quelques dents chez les promoteurs. Ainsi la préservation de la merveilleuse route du Tombolo sur la Côte d’Azur, pour laquelle des investisseurs immobiliers avaient les yeux de Chimène. Certains élus du Var protestèrent même officiellement contre cette politique de protection de l’environnement et le diktat de quelques fonctionnaires parisiens qui, évidemment, n’avaient aucune idée de l’intérêt local. Aujourd’hui, le Conservatoire du littoral peut se vanter d’avoir mis à l’abri 860 km de rivage, soit 10 % du linéaire côtier français. A terme, l’objectif est de pouvoir en contrôler 20 %, à raison de 3 000 hectares supplémentaires chaque année. Mais les responsables du Conservatoire reconnaissent qu’amasser ces trésors écologiques ne suffit plus et qu’il devient indispensable d’envisager un aménagement des sites en rapport avec les besoins économiques et touristiques des régions. Il faudra donc être très attentif désormais aux possibles dérogations et autres dérives ! Comme pour le pont du Gard ou les menhirs de Carnac, ne peut-on craindre la demande de permis de construire pour des parcs d’attraction à la pointe du Raz ou sur la dune du Pilat ?
Les trésors communaux.

La France compte 36 000 communes. C’est un record d’Europe. Certaines sont plusieurs fois milliardaires en patrimoine historique. A combien évaluer en effet le prix de certains châteaux de la Loire ou du palais des Papes en Avignon, propriétés de municipalités ? Heureusement pour celles-ci, elles ont d’autres richesses que ces monuments, inestimables certes, mais commercialement peu rentables. Ainsi les fameux logements du domaine privé de la Ville de Paris, qui ont alimenté durant des mois la chronique des scandales politico-financiers à l’époque Tibéri. Il s’agissait d’un millier d’appartements, situés dans les quartiers les plus prestigieux de la capitale, et loués à prix d’ami... aux amis. Depuis cette affaire, révélée en 1999, la Ville a commencé à mettre en vente, discrètement, une partie de ces logements. Mais, au rythme actuel, et à supposer qu’elle le souhaite, il faudrait plusieurs siècles à la municipalité parisienne pour se défaire de tout son parc immobilier. D’ailleurs, telle ne semble pas être sa volonté, puisque, entre 1994 et 1996, les édiles de la capitale ont encore acquis 10 000 lots de terrain. Pour des constructions, qui s’ajouteront aux 9 000 immeubles que la Ville possède déjà, dans un but social, bien évidemment !

Le parc Immobilier universitaire.

Une grève chasse l’autre. Qui se souvient de ce recteur d’université qui décida le lock-out de son campus parce qu’il ne pouvait plus payer ses factures d’eau ? L’un des innombrables et ubuesques scandales concernant le patrimoine immobilier universitaire. Multiplié presque par deux en quinze ans (de 9 à 17 millions de m2), c’est l’un des plus importants de l’État, mais c’est aussi l’un des moins bien utilisés et des plus mal gérés. II faut dire que l’éparpillement des sites est un véritable casse-tête pour les responsables de la surveillance et de l’entretien. Ainsi l’université Louis-Pasteur, à Strasbourg, dispose de 360 000 m2 répartis en 80 implantations, Paris-1 (Panthéon-Sorbonne) comporte 18 sites, dont l’un à Bourg-la- Reine et un autre à Sceaux. Le parc immobilier universitaire francilien est riche de 138 bâtiments, soit 1,3 million de m2. Mais cette région ne peut accueillir dans de bonnes conditions tous ses étudiants alors que d’autres, richement dotées, ont trop de places pour des effectifs en baisse. Vieillissement oblige ! Il est vrai que les universités du troisième âge ont le vent en poupe.

Le patrimoine forestier.

La chlorophylle, c’est bien utile... On ne peut que se réjouir, en ces temps de pollution, que la forêt française couvre un peu plus du quart de notre beau pays. D’autant que sur 14,5 millions d’hectares de feuillus et résineux métropolitains, 4,5 millions appartiennent soit à l’État, soit aux collectivités publiques. Dans les départements d’outre-mer, les forêts publiques représentent presque le double de la superficie couverte en métropole, « 8 millions d’hectares, essentiellement en Guyane ».

Ce patrimoine n’est réalisable que sous certaines conditions. Le Code des domaines de l’État indique qu’il faut modifier la loi pour pouvoir aliéner des hectares de forêt publique. C’est que la propriété de la forêt française relève du domaine sacré de l’histoire. Depuis le chêne de saint Louis, elle est en quelque sorte le symbole du pouvoir temporel en France. De bien de la « Couronne » sous la monarchie, la forêt est devenue à la Révolution « bien de la Nation ».. Depuis, le Conseil d’État a assoupli les règles de propriété auxquelles elle était assujettie. Aujourd’hui, dans le cadre de l’aménagement du territoire, une simple déclaration d’utilité publique suffit pour vendre ou acheter une parcelle de forêt publique. Avec une restriction importante : ceci n’est valable que pour les collectivités territoriales et les administrations ou entreprises publiques. En ce qui concerne d’éventuels acquéreurs privés, il faudrait bel et bien modifier la loi. L’État républicain n’a pas hésité à le faire au XIX° siècle, afin de vendre des forêts pour renflouer des caisses toujours vides au XIX° et aussi aujourd’hui en 2014.

L’ONF compte 11 000 salariés, pas tous bûcherons évidemment, mais employés et gestionnaires grands utilisateurs de pâte à papier... et de billets de banque, car son budget est considérable : 820millions d’euros pour l’année 2013. Si les salaires de l’ONF restent raisonnables (en moyenne 1 800 euros, primes comprises, pour un garde forestier avec 20 ans d’ancienneté), la gestion, elle, est plus contestable. On aurait sans doute laissé l’office œuvrer dans une ombre propice sans la tempête de décembre 1999, qui a fauché en quelques heures des centaines de milliers d’arbres, représentant 114 millions de m3. Avec pour conséquence une perte immédiate d’environ 1milliard d’euros et une chute de 50 % des cours du bois ; l’ONF a vu ainsi en 2002 son chiffre d’affaires atteindre péniblement les 270 millions d’euros... Mais bien avant 1999, l’État perdait en moyenne 23 millions d’euros par an, tout simplement parce que l’ONF oubliait de facturer ses services aux innombrables administrations, ministères ou communes détenteurs d’un coin de forêt dans lequel il intervient !

Le train de vie de la SNCF. Un scandale !

L’affaire a fait grand bruit. En 1999, la SNCF a vendu son siège social pour la somme record de 300 millions d’euros. (Qu’on se rassure, elle s’est fait aménager près de la gare Montparnasse un coquet pied-à-terre.) Mais l’immeuble quitté ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan immobilier de la Société nationale. Celle-ci possède évidemment beaucoup de voies de chemin de fer, 32 000 km, mais aussi des millions d’hectares d’emprises, dont 450 rien qu’à Paris intra-muros, et, bien sûr, des milliers de bâtiments. Beaucoup sont situés sur d’anciennes lignes et valent de l’or. A Paris, par exemple, les gares de Vaugirard ceinture et du Pont-de-Flandre sont laissées à l’abandon depuis 1934 ! Elles pourraient être valorisées ou bien vendues depuis longtemps, comme l’a été la gare de la Muette, transformée en restaurant branché. C’est, paraît-il, le but affiché par la nouvelle direction du patrimoine de la SNCF, qui a fourni un exemple avec la n6uvelle ZAC Vaugirard, dans le XV° arrondissement de Paris. Mais elle a dû d’abord se lancer, en 1998, dans un vaste inventaire, car la Société nationale ne connaissait pas toute l’étendue de ses propriétés, terrains mais aussi matériel roulant. On peut, bien sûr, exposer à grands frais sur les Champs Élysées « les locos » hors d’usage et les Corail défraîchis, comme en mai 2003, mais il y aurait un vaste marché à exploiter pour le train d’occasion. Combien de wagons et de locomotives rouillent encore aujourd’hui sur des voies de garage ? On l’avoue piteusement à la SNCF : personne n’est en mesure de le dire avec précision, bien qu’un service ait été mis en place il y a dix ans pour recenser le matériel vendable, puis éventuellement le retaper pour le revendre.

Qu’ont donc fait les Présidents Chirac et Sarkozy ? RIEN.

Le ministère des Finances, nous l’avons vu, a prévu de réaliser en 20 ans un inventaire chiffré de toutes les propriétés de l’État. Acceptons en l’augure ! Restera ensuite à mettre en place une politique d’ensemble. On peut estimer que ce choix capital revient aux Français. C’est à eux de définir ce que l’État doit posséder, en leur nom, ne l’oublions jamais !, et ce qui n’est pas de son domaine. Un grand débat national est indispensable à ce sujet, mais il ne pourra s’engager sans une information sérieuse et complète des citoyens. Un autre chapitre à ouvrir et même un livre à écrire... L’État français ne se contente pas d’être un riche propriétaire, il est également l’un des premiers holdings mondiaux. Qui fabrique tout un peu et un peu de tout : des voitures, des avions, des ordinateurs, des téléphones.. Il serait d’ailleurs totalement vain de vouloir faire le tour de l’ensemble des activités de notre quincaillier national.

Les particularités d’EDF-GDF. Un scandale, ces privilèges sont inacceptables.

Pour des raisons juridiques, la cotation d’EDF-GDF est aujourd’hui impossible. Il faut d’abord modifier le statut des deux entreprises publiques pour les faire passer sous la coupe des règles internationales. Un grand nettoyage de printemps et de bilan. Le gouvernement devra également régler le problème posé par l’existence d’un système de retraite autonome, évalué globalement, pour l’ensemble des industries électriques et gazières, à près de 90 milliards d’euros. En 2010, le coût des pensions représentait 18 % du chiffre d’affaires de ces entreprises, soit 53 % de la masse salariale de ce secteur. Pour l’heure, le gouvernement a jugé plus prudent de ne pas s’attaquer de front à ce privilège. Mais après les grandes manifestations du printemps 2009, le système de retraites des électriciens pourrait lui aussi disjoncter discrètement.

La réforme enclenchée prévoit non seulement de créer une caisse de retraite spécifique pour ce domaine d’activité mais aussi un organisme de sécurité sociale propre, géré, comme de bien entendu, de façon paritaire par les syndicats et le patronat. Pour les droits passés et futurs, cette caisse devra trouver tout de même 77 milliards d’euros. Ils seront évidemment puisés en partie dans les caisses de l’État, c’est-à-dire sur la cassette des Français. Comme dit la publicité, EDF nous doit plus que la lumière ! EDF-GDF n’est qu’un exemple. Parmi les entreprises contrôlées par l’État, d’autres ventes pourraient également se révéler juteuses. Dans le secteur de l’énergie, les analystes estiment que la privatisation d’Areva, le géant du nucléaire, serait susceptible de rapporter 10 milliards d’euros. Dans le secteur aéronautique, la Snecma est également estimée à 7 ou 8 milliards. Matignon a décidé de prendre une voie moins rapide et de ne céder que 49%. Autrement dit, alors que le désendettement de la France réclamerait l’allure d’un TGV, la privatisation des autoroutes nationales se fait à la vitesse d’une 2 CV sur une route départementale.

Le Comité d’entreprise d’EDF-GDF n’occupe pas moins de 5 300 salariés : une véritable entreprise dans l’entreprise, gérée par les organisations syndicales. Il ne lui manque que son propre comité d’entreprise. Le chiffre d’affaires du CE représente 1 % des ventes d’électricité et de gaz en France, soit 683 millions d’euros en 2010. De quoi financer largement ses activités et une partie de la protection sociale des agents. Avec les versements complémentaires des ayants ’droit, selon des barèmes compliqués (occupant des escouades de comptables éclairés), en 2008, le chiffre dépassait 607 millions. Le CE, survolté, distribue généreusement son pactole à 159 000 agents en activité, mais aussi aux veufs et retraités, 142 000 personnes, et aux membres de leur famille. En tout, 585 000 personnes qui bénéficient de bons d’achat, de chèques-cadeaux, de vacances à prix réduits, cantines, loisirs variés, aide ménagère ou familiale sans compter, bien sûr, la gratuité partielle de l’électricité. Rapporté à ce nombre global de bénéficiaires, la manne correspond 2 354 euros par salarié et par an.

Une bonne partie de ce budget finance aussi une mutuelle, la Caisse mutuelle complémentaire et action sociale (CMCAS), qui emploie 1 500 salariés, dans une centaine de centres régionaux. Quant à la Caisse centrale d’activités sociales (CCAS), qui s’occupe des œuvres son personnel atteint l’effectif de 3 800 personnes ! Elles ont tout leur temps pour faire tourner 260 restaurants d’entreprise, 380 centres de vacances, 280 colonies, 5 centres médicaux, 2 maisons de retraite et 2 maisons pour handicapés.
Ces activités nécessitent évidemment des locaux, ce qui explique que le patrimoine immobilier du Comité d’Entreprise, est lui aussi important, même si les centaines de colonies et centres de vacances sont sous-utilisés, malgré leur luxe. EDF-GDF a été longtemps célèbre pour ses possessions de châteaux ; hélas, il n’en reste que trois, mais bien situés en Alsace et dans le Périgord. Les présidents successifs des CE d’EDF-GDF appréciaient visiblement le foie gras. Loin de nous l’idée de nier l’intérêt de centres pour personnes handicapées et des arbres de Noël, mais est-il vraiment utile que tout cela soit financé par une entreprise sous le contrôle exclusif du syndicat majoritaire en son sein ? Est-il juste que seuls les salariés des grosses entreprises bénéficient de cette kyrielle d’avantages ? Se poser la question est malheureusement violer un tabou. Le comité d’entreprise à la française est une vache sacrée, même si beaucoup pensent qu’elle ressemble de plus en plus à une vache folle.

Ce cas, exemplaire par son ampleur, n’est pas isolé. Car le système concerne toutes les entreprises que possède l’État Républicain, ainsi que ses propres services, sans parler des départements, régions et communes. En ce domaine, le prix du bon goût revient à la Banque de France, dont la base de loisirs située sur l’île de Bougival, dans le chic ouest parisien, n’a rien à envier à l’hyper-snob Racing Club du bois de Boulogne : une vingtaine de courts de tennis en terre battue, une piscine olympique chauffée, des jardins somptueux et un club-house Grand Siècle. Les menus et les vins sont à la hauteur du standing des banquiers, et les prix pratiqués à celle de leur légendaire avarice.

Trois fois plus cher en France qu’en Grande Bretagne, des salaires supérieurs de 60 % aux traitements moyens des fonctionnaires, un régime de retraite privilégié qui pouvait atteindre 80 % des derniers traitements, en induisant les primes. Même le Sénat, qui n’est pourtant pas le mieux placé pour donner des leçons de bonne gestion, estimait, dans un rapport rédigé en 2007, qu’il était urgent et nécessaire de réformer la Banque de France. A l’heure de l’euro, il apparaissait tout à fait sidérant de maintenir une succursale dans chaque sous-préfecture. A Auch, Morlaix, Vichy par exemple, on trie moins de 5 000 paquets de billets par an ! Paradoxalement, des succursales, qui dépassent les 20 000 paquets traités, comme Aix-les- Bains, Bayonne ou Cannes, ont été allégées en effectif.

L’État collectionneur : le Mobilier national.

C’est pour ainsi dire la caverne d’Ali Baba de la République, pour ne pas le comparer à l’infortuné musée de Bagdad. Une collection d’art inestimable, un trésor fabuleux, mais inaccessible aux simples citoyens. Si le patrimoine historique et ses monuments sont recensés scrupuleusement (40 000 bâtiments en France, dont 1 500 seulement sont ouverts au public), classés et protégés, on entre au Mobilier national, tel Belphégor au Louvre, dans le monde des disparitions mystérieuses. Dépendant de la nébuleuse du Cnap, le Centre national des arts plastiques, le Mobilier national gère les manufactures d’État, comme celle des Gobelins, mais surtout le prêt de 200 000 objets : meubles, tableaux, services en porcelaine, tapis, tapisseries, dont 36 000 en réserve. Ce stock fait le bonheur de certains privilégiés : ministères, ambassades et administrations viennent se servir dans ses rayons, parfois à la limite de la légalité.

Les communes.

Le pays du roquefort et du camembert ne comporte pas moins de 36 000 communes dont 8 000 de moins de 100 habitants, soit autant que tous les autres pays de l’Union européenne réunis. Un découpage qui pouvait se concevoir au temps de la charrette à bras, mais qui est une véritable aberration à l’heure du TGV et à l’origine de très nombreux gaspillages. Car 36 000 communes, cela signifie bien sûr autant de maires, de mairies et de secrétaires de mairie, de conseils municipaux farouchement attachés à leur indépendance. Au pays de Clochemerle, il est encore souvent impensable de partager avec la municipalité voisine une salle des fêtes, un terrain de foot ou le feu d’artifice du 14 Juillet. Pourtant, Trifouillis les-Oies et Bécon-les-Hortensias arrivent quelquefois à s’entendre pour rationaliser le ramassage des poubelles ou celui des enfants des écoles. Mais, pour arriver à ce résultat, il aura fallu d’abord créer un syndicat intercommunal, doté bien évidemment d’un président, d’un vice-président, d’un trésorier, d’un secrétaire général qui rédigera les longs comptes rendus de toutes les réunions.

Au cours de l’une d’elles, on décide par exemple de creuser une piscine. Comme l’argent manque, une subvention est demandée au conseil général ainsi qu’à la région. Si le dossier est bien ficelé et que l’un des maires est aussi député, l’État mettra peut-être la main au portefeuille. On peut même demander à l’Europe de payer le plongeoir : certains élus chasseurs de primes se sont fait une spécialité de dénicher à temps et à contretemps les subventions les plus improbables. En langage technocratique, on appelle cela le financement croisé. Ces montages, lourds et compliqués, font que personne n’évalue vraiment le bien- fondé des projets et ne se sent responsable du suivi. On pourrait égrener à l’infini la liste des gaspillages, des sous-utilisations, des doubles emplois inhérents au découpage municipal. Ils se sont multipliés entre 1980 et 1990, décennie de la décentralisation, qui aura été celle de la folie des grandeurs pour les collectivités locales.

Il ne faudrait cependant pas croire que les petites ou moyennes communes ont seules le ruban bleu du gaspillage. Le 6 décembre 2006 s’ouvrait ainsi à Paris la Planète magique, somptueux centre de loisirs à thème vaguement science-fiction, désiré par la municipalité et aménagé dans un ancien théâtre. Les travaux s’élevèrent à plusieurs millions d’Euros et 300 personnes furent embauchées pour accueillir les enfants. Mais les petits Parisiens eurent-ils le mal de l’espace ? Un Alien s’infiltra-t-il dans les prévisions ? En tout cas, le flop fut sidéral. Quatre mois et dix jours exactement après son ouverture, la Planète magique a définitivement implosé, laissant un énorme trou noir dans les finances de la Ville.

Depuis qu’à Paluel, ville de 16 000 habitants apprirent qu’EDF « suite à la construction d’une centrale nucléaire » verserait chaque années aux 23 communes du district quelque 55 millions d’euros en taxes diverses, ce fut la rué sur l’or. Une fois les églises du coin rénovées à grands frais, des ronds-points disposés à tous les carrefours, on planta des lampadaires partout, jusque dans les prés, d’autant qu’ici l’électricité ne coûte pas cher. On a également construit sur le district pas moins de 16 salles polyvalentes. Quant aux amateurs de tennis, ils disposent de 52 courts de tennis municipaux, soit un pour 300 habitants ! (Pourquoi ne pas délocaliser Roland Garros à Paluel ?) La situation de ce coin de Normandie est évidemment anecdotique, mais révélatrice du poids croissant des collectivités locales dans la vie politique et économique de notre pays. Communes, départements, régions. Le budget total de ces entités a en effet littéralement explosé ces dernières années : 650 millions d’euros en 1982, presque le double quatre ans plus tard. Et, en 1996, plus de 1,2 milliard d’euros. Plus de 70 % de l’investissement public est aujourd’hui lancé au niveau local. Et pendant de temps, l’État racle les fonds de tiroirs, et les collectivités locales mènent grand train.

Les régions et les départements.

Les régions, tout d’abord. Il était urgent de leur dédier des bâtiments imposants, afin que le petit peuple comprenne l’importance de la nouvelle institution. Plutôt que de réutiliser des locaux existants, une majorité des 22 nouvelles entités administratives a jugé indispensable de doter les heureux élus d’un hôtel flambant neuf. Généralement, elles ont vu grand. Dans le Languedoc-Roussillon, l’hémicycle peut ainsi accueillir 280 élus, alors qu’il n’y en a que 67. Un système de scrutin électronique sophistiqué a été installé. C’est plus cher que le vote à main levée, mais beaucoup moins fatigant ! A Limoges, la grande salle du conseil général a même été pourvue d’un système de traduction simultanée. Un équipement indispensable pour que puissent converser ensemble les représentants des différentes ethnies peuplant le Limousin. Mais la palme de la démesure revient à la région Paca, avec un véritable palais qui aura coûté 45 millions d’euros.

Le département des Hauts-de-Seine, par exemple, dépense chaque année plus de 7 millions d’euros pour sa communication. Des journaux et des radios ont été créés à grands frais pour faire connaître au reste de la France et du monde la magnificence de ce coin de la banlieue parisienne, fief de Charles Pasqua et de Jean Sarkozy.

Toutes les régions, et presque tous les départements, ont ouvert de véritables « ambassades », dans la capitale et ailleurs. La Moselle a ainsi créé un bureau à Bruxelles. La chasse à la subvention européenne justifie peut-être cet investissement. On comprend moins en revanche l’intérêt pour le département lorrain d’avoir une antenne à Atlanta, en Géorgie. Il faudra également que l’on nous explique l’intérêt d’une Maison du Loiret à... Butaré, localité du Rwanda. Elle fut inaugurée en 1993, quelques mois seulement avant le début du génocide. Il s’agissait d’une vaste demeure de 1500 m2 qui avait mobilisé plusieurs centaines d’ouvriers pour sa construction et coûté trois petit million d’euros. Officiellement, elle avait pour but de faire de la « coopération décentralisée ». Mais, à Orléans, on susurre qu’elle servit surtout de relais de chasse à quelques personnalités du département et à leurs proches. Hélas pour la coopération, l’endroit n’a. pas été utilisé bien longtemps. Occupée par Pharmaciens sans frontières, puis par les troupes de l’ONU, la maison a été vendue ensuite pour 1 franc symbolique.

La Corse, un exemple très particulier.

Ses plages de rêve, sa nature sauvage, ses attentats, le maquis de ses comptes, bienvenue en Corse ! 11e de Beauté et de toutes les dérives.. .Quelques chiffres pour commencer : chaque année, l’État français, honni des nationalistes corses, dépense directement 2,2 milliard d’euros, à travers, notamment, les salaires des 2 400 agents en poste sur l’île et l’aide aux collectivités locales, qui absorbe environ 20 % des dépenses totales. On peut estimer qu’il s’agit là d’un fonctionnement normal, mais que dire alors des 650 millions d’euros de crédits d’État qui s’y ajoutent et surtout du fameux plan d’investissement exceptionnel, prévu par les accords de Matignon, en 2001. Ratifié par Nicolas Sarkozy, il promet 3 milliards d’euros supplémentaires pour faire redémarrer le développement de la Corse. Et l’on fait mine d’ignorer que ce vaste projet est déjà financé en grande partie par les aides provenant de la Communauté européenne. Depuis 1986, en effet, la Corse tend sa sébile sur les trottoirs de Bruxelles avec de fructueux résultats : une aide de 500 millions d’euros pour la période 1994-1999. Soit environ 230 euros par citoyen insulaire, contre 12 euros par continental.

Au palais du Luxembourg, on sait effectivement prendre ses aises.

400 millions d’euros annuels pour 331 heureux élus, on n’est pas trop à l’étroit dans le budget de fonctionnement. 7600 euros bruts par mois, c’est ce qu’empoche un sénateur. Certains trouveront que l’heure de sieste y est rétribuée à un tarif honorable, d’autant que lui sont également versés 5 900 euros mensuels pour ses frais de secrétariat. Certes, c’est un peu moins que ce qu’il gagnerait au Palais-Bourbon, mais notre sénateur se console en se disant qu’il a devant lui, si ce n’est l’éternité, six longues années renouvelables quasi automatiquement la plupart du temps. Et lui, au moins, à la différence du député, ne risque pas d’être dérangé par une dissolution intempestive.

Pour les aider dans leur sacerdoce, les deux chambres offrent également aux élus la possibilité d’embaucher trois assistants personnels, qu’elles rémunèrent 3 200 euros par mois avec un fonds spécial. Le Parlement français étant une grande affaire de famille, c’est souvent l’occasion pour un député de faire gagner un peu d’argent de poche à une épouse ou à un rejeton. Les assemblées prennent également en charge quelques autres menues dépenses : les communications téléphoniques, les timbres, ainsi que 40 allers-retours par an en avion entre les différentes circonscriptions et Pans. Et si notre sénateur préfère le train, la SNCF aussi lui fait des prix : la gratuité totale ! Une sorte de « carte merveille valable en première classe pour tous ses déplacements. Aucun souci, donc, pour rentrer sur ses terres électorales ; mais, si un élu venait à succomber aux charmes de la vie parisienne, sa chambre serait toute disposée à lui prêter l’argent nécessaire pour acquérir le pied-à-terre de ses rêves à un taux défiant toute concurrence.

Il y a toutefois un moment très particulier dans la vie de député. À l’Assemblée nationale, le mercredi n’est pas le jour des enfants, mais celui de France3. Dans la torpeur de l’après midi, juste avant « Questions pour un champion « , la chaîne publique retransmet celles au gouvernement. Une séance où les réponses des ministres importent beaucoup moins aux députés que leurs propres questions. Car c’est l’occasion pour nombre d’entre eux d’être enfin « vus à la télévision » L’affaire est cruciale : Dans les maisons de retraite de la circonscription, le téléspectateur, adore, paraît-il, s’assurer que celui pour qui il a voté est bien à Paris, au travail et sous son meilleur profil. Notre élu n’a d’ailleurs pas nécessairement besoin d’avoir quelque chose à dire. Il lui suffit de trouver une petite place, à côté du ténor du groupe, juste dans l’axe des caméras. Certains élus, véritables doublures, lumière dans l’ombre de l’orateur, sont ainsi passés maîtres dans l’art de la figuration parlementaire. Mercredi après mercredi, la scène n’en finit pas d’amuser les appariteurs : Lorsque la retransmission s’achève, comme par enchantement, l’hémicycle se vide, même si les débats ne sont pas achevés.

Si les députés adorent la télévision, en revanche, ils n’aiment pas la publicité, celle qui concerne leurs comptes. En ce domaine, on nage effectivement en plein flou. Certes, il est normal que les parlementaires aient les moyens de travailler. Mais les abus, le coulage et les gaspillages sont-ils inhérents au fonctionnement de toute institution publique ? Devenu peu sourcilleux, le citoyen français a perdu l’habitude de s’offusquer face aux privilèges. Lorsqu’il s’agit de commémorer la nuit du 4 Août, il est généralement en vacances. Chaque année, leur budget est vaguement examiné par une commission interne, particulièrement à même de fermer les yeux sur ses propres turpitudes.

Non seulement le Parlement bénéficie des largesses de la République, mais encore, par le truchement de la Commission commune des crédits, les assemblées peuvent se voter discrètement des rallonges. Il y a plus incroyable. Dans son mode de fonctionnement, le Parlement français a également institué des pratiques dignes de républiques bananières : Au Sénat, on appelle cela « la réserve parlementaire ». Une ahurissante cagnotte allouée chaque année par le ministère de l’Intérieur. Un cadeau de 98 millions d’euros de l’exécutif à la Chambre haute. À charge ensuite au président de la commission des finances de distribuer le pactole à ses collègues. Officiellement, cela leur permet de financer divers projets dans leur commune ou leur département, mais on n’en sait pas plus.

Le Sénat coule des jours paisibles dans son palais républicain à l’ombre des tapisseries d’Aubusson, des toiles de maître, et des frondaisons du jardin du Luxembourg. Mais ne vous fiez pas à ses silences feutrés, il reste un redoutable champ de manœuvre politique. En 1969, c’est parce qu’il avait osé s’y attaquer que le général de Gaulle fut renvoyé à Colombey. Le possibilité d’embaucher trois assistants personnels, qu’elles rémunèrent 2 200 euros par mois avec un fonds spécial. Le Parlement français étant une grande affaire de famille, c’est souvent l’occasion pour un député de faire gagner un peu d’argent de poche à une épouse ou à un rejeton. Les assemblées prennent également en charge quelques autres menues dépenses : les communications téléphoniques, les timbres, ainsi que 40 allers-retours par an en avion entre les différentes circonscriptions et Pans. Et si notre sénateur préfère le train, la SNCF aussi lui fait des prix : la gratuité totale ! Une sorte de « carte merveille valable en première classe pour tous ses déplacements. Aucun souci, donc, pour rentrer sur ses terres électorales ; mais, si un élu venait à succomber aux charmes de la vie parisienne, sa chambre serait toute disposée à lui prêter l’argent nécessaire pour acquérir le pied-à-terre de ses rêves à un taux défiant toute concurrence.

Il y a toutefois un moment très particulier dans la vie de député. À l’Assemblée nationale, le mercredi n’est pas le jour des enfants, mais celui de France3. Dans la torpeur de l’après midi, juste avant « Questions pour un champion » la chaîne publique retransmet celles au gouvernement. Une séance où les réponses des ministres importent beaucoup moins aux députés que leurs propres questions. Car c’est l’occasion pour nombre d’entre eux d’être enfin « vus à la télévision » L’affaire est cruciale : Dans les maisons de retraite de la circonscription, le téléspectateur, adore, paraît-il, s’assurer que celui pour qui il a voté est bien à Paris, au travail et sous son meilleur profil. Notre élu n’a d’ailleurs pas nécessairement besoin d’avoir quelque chose à dire. Il lui suffit de trouver une petite place, à côté du ténor du groupe, juste dans l’axe des caméras. Certains élus, véritables doublures, lumière dans l’ombre de l’orateur, sont ainsi passés maîtres dans l’art de la figuration parlementaire. Mercredi après mercredi, la scène n’en finit pas d’amuser les appariteurs : Lorsque la retransmission s’achève, comme par enchantement, l’hémicycle se vide, même si les débats ne sont pas achevés.

Si les députés adorent la télévision, en revanche, ils n’aiment pas la publicité, celle qui concerne leurs comptes. En ce domaine, on nage effectivement en plein flou. Certes, il est normal que les parlementaires aient les moyens de travailler. Mais les abus, le coulage et les gaspillages sont-ils inhérents au fonctionnement de toute institution publique ? Devenu peu sourcilleux, le citoyen français a perdu l’habitude de s’offusquer face aux privilèges. Lorsqu’il s’agit de commémorer la nuit du 4 Août, il est généralement en vacances. Chaque année, leur budget est vaguement examiné par une commission interne, particulièrement à même de fermer les yeux sur ses propres turpitudes.

Non seulement le Parlement bénéficie des largesses de la République, mais encore, par le truchement de la Commission commune des crédits, les assemblées peuvent se voter discrètement des rallonges. Il y a plus incroyable. Dans son mode de fonctionnement, le Parlement français a également institué des pratiques dignes de républiques bananières : Au Sénat, on appelle cela « la réserve parlementaire ». Une ahurissante cagnotte allouée chaque année par le ministère de l’Intérieur. Un cadeau de 78 millions d’euros de l’exécutif à la Chambre haute. À charge ensuite au président de la commission des finances de distribuer le pactole à ses collègues. Officiellement, cela leur permet de financer divers projets dans leur commune ou leur département, mais on n’en sait pas plus.

Le Sénat coule des jours paisibles dans son palais républicain à l’ombre des tapisseries d’Aubusson, des toiles de maître, et des frondaisons du jardin du Luxembourg. Mais ne vous fiez pas à ses silences feutrés, il reste un redoutable champ de manœuvre politique. Le Sénat agit sans s’agiter, mais ses questeurs, ou les membres de sa commission des finances, sont parmi les personnages les plus puissants de l’État. Tout le monde rêve du Sénat pour la fin de sa carrière...
Du garde champêtre au président de la République, en passant par les conseillers municipaux, les maires, les conseillers généraux, les conseillers régionaux, les députés, les sénateurs, sans parler des parlementaires européens émargeant à. plus de 15 000 euros par mois, on ne sait plus qui fait quoi, qui a véritablement une utilité pour la collectivité. Il n’est peut-être pas politiquement correct de s’interroger sur le rôle de cette cascade d’élus. Mais une chose est sûre : ces grandes eaux républicaines siphonnent en grande pompe les réservoirs de l’État.

L’Elysée et Matignon, même combat.

En dépit des discours des Premiers ministres lors de précédentes législatures sur la transparence des fonds publics, il est toujours impossible de s’y retrouver dans les comptes des chefs du gouvernement. Dans l’organigramme de Matignon, on découvre de surprenants services « gigognes », des secrétariats de secrétariat, des conseillers spéciaux au statut effectivement très spécial. Des lignes de crédit « David Copperfield apparaissent et disparaissent comme par magie, des collaborateurs sont payés en liquide et sans feuille de salaire. Mais personne ne trouve rien à y redire. Matignon peut bien s’intéresser au sort des foyers surendettés, lui n’a pas de problèmes de fin de mois. Un imprévu ? Pas de souci ! Il suffit de faire apparaître une discrète rallonge sur le budget initial et l’argent arrive par simple décret et en fourgon blindé. Et tout cela n’est même pas publié au Journal officiel. A Matignon, une portée entière d’experts comptables n’y retrouverait pas ses petits car, si les fonds secrets ont en principe disparu, cela ne signifie pas que la transparence les ait remplacés. A priori pourtant, le chef du gouvernement a les moyens. Son budget est même sans commune mesure en France. 950 millions d’euros, tel est le montant pharaonique du pécule que le Parlement lui vote chaque année sans sourciller. L’État, c’est peut-être le président, mais le porte- monnaie, c’est lui !

Cette année, l’Élysée aura donc touché 7 millions d’euros supplémentaires pour ses frais de fonctionnement. Ou plus exactement pour une partie seulement de ces frais. Tous les ministres, mis à part peut-être, celui en charge de la construction des nouvelles prisons, ont pris l’habitude d’assurer le bien-être du chef de l’État. La solidarité gouvernementale joue à plein pour les causes les plus dignes d’intérêt.

Si les 6 000 euros d’argent de poche octroyés mensuellement à François Hollande sont effectivement réglés par la présidence, l’entretien des monuments historiques qu’il utilise dépend par exemple du ministère de la Culture. Les officiers de sécurité sont payés par l’Intérieur, les gendarmes de garde sont disposés là gracieusement, avec les compliments de la ministre de la Défense. Certes, l’Élysée veut bien régler quelques petits-fours, mais s’il s’agit de réception avec délégations étrangères, c’est le Quai d’Orsay qui régale. En fait, au plus haut sommet de l’État, il est très difficile de savoir qui paie qui et quoi. Comment sont rémunérées les 980 personnes, qui se relaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour assurer la bonne marche du Palais, et combien ? Mystère !

À l’Élysée, comme dans les autres palais nationaux, la plus grande opacité règne sur les comptes. Mis à part quelques rustres, personne dans notre « belle République « n’aurait effectivement la mesquinerie de s’intéresser à ce que l’on fait rue du Faubourg Saint-Honoré avec l’argent du contribuable. Les fonds sont versés directement par Bercy, ce qui ne regarde personne. Et la Cour des comptes est priée d’aller faire ses additions ailleurs. Les Français étant les champions du monde de la maison de campagne, il est normal que le premier d’entre eux donne l’exemple. C’est ainsi que la présidence dispose de quelques résidences secondaires dans nos belles provinces. On connaît bien sûr le fort de Brégançon, situé sur la commune de Bormes-les-Mimosas, dans le Var. Bien qu’un peu austère, c’est une magnifique propriété, où le président aime se ressourcer en été, scruter la Méditerranée à la jumelle, voire se laisser surprendre au balcon dans le plus simple appareil.

Les divers Premiers Ministres disposent tout de même d’une gentille garçonnière officielle pour leurs week-ends : La Lanterne, une ravissante propriété située dans le fond du parc du château de Versailles. Lionel Jospin adorait y venir jouer au tennis avec ses proches et y organisait parfois de petites fêtes familiales. Jean-Pierre Raffarin n’a pas trop rechigné à prendre sa suite. Car les Premiers ministres passent, mais les mauvaises habitudes demeurent. Lors de la dernière cohabitation, les commentateurs ont beaucoup glosé sur la différence de style entre les deux têtes de l’exécutif Pour le gaspillage et l’opacité de leurs comptes, c’est en tout cas la continuité sans changement. A son arrivée à Matignon, François Fillon avait d’ailleurs tenu, lui aussi, à ce que les appartements occupés par son prédécesseur, soient entièrement remis à neuf.

Concernant la fonction publique tout d’abord. Elle est devenue un monstre dévoreur d’emplois. Elle coûte trop cher et génère trop de privilèges, qui sont contraires à l’idéal républicain d’égalité et de justice. Sa démesure est un problème récurrent, sinon depuis Hugues Capet, au moins depuis Louis XIV. Depuis, pratiquement tous ses successeurs nous ont habitué à des dépenses supérieures à celles qui existaient sous la Royauté…Mais ça, nos « républicains » n’osent pas l’avouer, c’est eux qui votent les dépenses de la république. « Charité bien ordonnée, commence part soi-même »

Sa vision est strictement comptable et financière. Pour distribuer la manne, les services de Bercy procèdent ainsi : « Ils chiffrent d’abord le passé accumulé », c’est-à-dire les crédits de l’année antérieure, majorés éventuellement du taux d’inflation, puis, en fonction de choix souvent arbitraires, on gonfle (les réductions sont rares !) telle ou telle ligne budgétaire. Les Finances ne s’interrogent jamais sur les résultats obtenus par un service ou une administration, il s’agit uniquement de décisions techniques, assumées par ce Moloch sans visage qui régit en grande partie les destinées de notre pays. De 10 à 15 % ! Une marge colossale qui, si elle était sauvegardée, permettrait de balayer d’un revers de main les problèmes actuels de déficit public. Signe qu’il ne faut peut-être pas totalement désespérer de la France et de ses dirigeants, une réforme votée au début de l’été 2002, et passée totalement inaperçue, va peut-être révolutionner ce système. Elle a été menée grâce à la collaboration entre Laurent Fabius, à l’époque ministre des Finances, et le rapporteur général du budget au Sénat, Alain Lambert, devenu depuis ministre du Budget : tout un symbole. Cette réforme, votée à l’unanimité, repose sur trois principes simples. D’abord, les dépenses, toujours votées par le ministère, ne seront plus regroupées par nature (personnel, moyens de fonctionnement, subventions diverses, investissements...), mais par objectifs. Désormais, le Parlement affectera les crédits de manière globale aux missions prédéfinies par chaque administration. A l’intérieur de ces enveloppes, les ministères seront libres d’opter pour les meilleures affectations de dépenses ; ils pourront par exemple choisir de faire traiter certaines tâches par des entreprises extérieures ou les confier aux services internes.

Second point essentiel de cette réforme : à chaque objectif seront attachés des indicateurs de résultats censés en mesurer les degrés de réalisation. Chaque année, la totalité des crédits de chaque objectif sera mise en jeu et le nouveau montant sera défini en fonction des résultats atteints. Une véritable révolution copernicienne, puisque nous passerions ainsi d’une gestion inefficace et tatillonne à une politique exprimée enfin en termes d’objectifs et de résultats. Ce serait installer au coeur de l’administration d’État un moyen effectif pour améliorer la productivité. Reste à savoir si cette réforme, qui doit prendre effet à l’occasion du budget 2007, ne sera pas torpillée de l’intérieur par certains responsables, et notamment le lobby des inspecteurs des Finances. Car l’autre conséquence de cette révolution sera effectivement de les transformer en contrôleurs de gestion, comme dans les entreprises publiques et privées.

Aujourd’hui, il suffirait sans doute de faire un geste, en faveur des Français qui ont des capitaux qui ont fuit la France. De leur tendre une perche, pour qu’ils fassent revenir ces fonds qui, de toute façon, n’ont pas quitté le territoire de manière frauduleuse. C’est d’ailleurs ce que vient de faire avec succès le gouvernement italien. Le président de la République pourrait lancer un appel solennel pour que l’argent qui s’accumule et travaille en dehors de l’hexagone soit réinvesti en France. Il n’est pas facile de vivre loin de son pays. Un effort, même symbolique, aurait sans doute un résultat spectaculaire. Il marquerait aussi une rupture attendue par beaucoup avec le discours politique classique sur l’argent sale et corrupteur. Ainsi le mot capital perdrait sa charge négative et pourrait reprendre dans l’esprit du public le sens qu’il a réellement : un outil au service des hommes, une source d’énergie pour leur vie.

Si nous voulons, nous pouvons ! Les moyens sont là si, toutefois, l’administration française cesse de vivre en vase clos, de dépenser à grands coups de pub notre richesse, s’arrête de tisser cet inextricable filet de subventions, aides diverses, etc., et, surtout, de se conduire comme une classe privilégiée à l’abri des aléas de l’existence. Morts, peut-être, cesserons nous de fabriquer des chômeurs, des délinquants et des paresseux. Ce nouvel état d’esprit doit être général. Il faut remettre au goût du jour une morale citoyenne, et pas seulement parmi les entrepreneurs. Il est maintenant nécessaire, dans toutes les classes de la société, de combattre à la fois le réflexe du « je paie, donc j’y ai droit » et le présupposé que l’État est là pour régler tous nos problèmes. Au pays des droits de l’homme, l’égalité devient parfois, pour les plus nantis, le contraire de la fraternité. Les plus gros revenus doivent sortir du système des prestations sociales automatiques et cotiser à des assurances personnelles.

Il y a une vingtaine d’années, alors que tous les puits du nord de la France n’étaient pas encore fermés, un élu eu l’occasion de descendre dans une mine. On lui mit un casque sur la tête, « j’enfilai une combinaison et rampai à plus de 1 000 ni profondeur, dans un boyau de 70 cm de diamètre. J’ai surtout retenu de cette expérience la fierté des mineurs que j’y ai côtoyé ». Et l’amour le mot n’est pas trop fort, qu’ils portaient à leur travail. Malgré la peine, le danger, la dureté de leur labeur, ils n’auraient voulu en changer pour rien au monde. Être mineur était pour eux plus qu’une profession, c’était un beau métier, presque une mission. Cela rimait avec honneur.

Cette évocation paraîtra peut-être ridicule aux jeunes générations, ou difficile à croire. Pour vérifier mes dires, je vous invite à prendre un billet de train pour Lens, Hénin Beaumont ou Freyming-Merlebach, en Lorraine. Là-bas, des anciennes gueules noires, il y en a encore beaucoup. A la fermeture des puits, les Charbonnages de France ont mis tout le monde à la retraite, y compris des mineurs qui n’avaient pas trente ans. Mais ces plus jeunes retraités du monde n’ont généralement pas déménagé. Ils sont restés à proximité des terrils, tentant de faire le deuil de leur ancienne vie, de leur travail : c’était pour eux une seule et même chose.

Quand je parle d’économie, c’est à des hommes comme ceux-là que je pense. C’est à eux que l’État doit des comptes. C’est pour eux et leurs pairs que devrait exister un service public digue de ce nom : efficace, attentif et économe, Le Français n’est jamais aussi bien dans sa peau que lorsqu’il est fier de lui. Il y eut une époque où l’on avait le courage et l’envie de se lancer dans les aventures industrielles du Concorde, du TGV ou d’Ariane Espace. Aujourd’hui, il ne semble plus nous rester que les champions du RUGBY pour assurer l’image, hors de nos frontières, d’une France qui gagne. Notre pays a besoin d’un nouveau souffle et de grands projets. Il doit, pour ce faire, se ménager quelques indispensables réserves.

Permettez-moi aussi de penser à nos enfants, dont on s’occupe si peu. La société française semble être obnubilée par le problème des retraites et ignorer les soucis de sa jeunesse. C’est sans doute parce que j’ai vécu des épisodes très durs au début de ma vie que j’ai souhaité prendre à bras-le-corps le reste de mon existence. Je crois fondamentalement aux vertus de l’éducation. Elle consiste selon moi à montrer aux enfants le chemin de la vie, mais aussi à savoir parfois les laisser s’ennuyer ! Ce temps-là n’est pas perdu si, silencieux, ils ont le loisir de rêver, d’imaginer pour eux un avenir. Et, pour la France de demain, un destin.

J’ignore ce que sera le futur de notre pays. II ne m’appartient pas, bien sûr, d’en décider. Ce sont les enfants auxquels je pense qui, après l’avoir rêvé, le réaliseront. Mais si j’ai voulu écrire ces pages, c’est pour ne pas avoir, au soir de ma vie, le regret, je dirais même le remords, d’avoir tu les vérités qui m’habitaient et que je me devais de leur transmettre.

Avant de terminer, je me vois dans l’obligation, de constater, que notre Démocratie ne pourra rien changer, car elle se heurtera aux puissants syndicats, et surtout à la « noblesse républicaine », qui contrairement à la Noblesse Royale, n’est pas décidée à perdre des privilèges qui n’existent nulle part ailleurs. Alors, que faire ? Je suggère que le prochain Président de la République se serve de l’article 16 de la constitution. Avec cet article, il peut, pendant six mois exercer les pleins pouvoirs, et soumettre à référendum, un projet qui devra être juste, équitable et fraternel. De l’argent, la France en a. Il ne faut pas dire « Il faut tuer tous les riches, tous les patrons ». Les richesses se sont toutes ces fortunes, » Ces terres, ces immeubles, ces plages » etc... qui dorment, et ne servent à rien. Il faut vendre ou privatiser, prendre l’argent de ces ventes et de ces privatisations, et s’en servir pour construire une France plus humaine et plus sereine. Construire des logements par milliers, aider les pauvres, les enfants, nos anciens, nos handicapés, en un mot, faire de la France un petit paradis. C’est possible, c’est une absolue nécessité.

J’ai un candidat à la Présidence pour 2014, s’il est élu, bien des difficultés seront éloignées, et la justice trouvera enfin place dans notre Patrie. Ce candidat, vous l’avez deviné, c’est peut être Brunot Lemaire ; sera-t-il un Louis XIV, un de Gaulle, un Pierre Mendes France, un Antoine Pinay… Dieu seul le sait.

Votons pour l’homme d’un futur où le courage n’est pas une vertu, mais une qualité commune aux grands hommes.

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