Indépendance.

Le futur roi d’Écosse.

Vendredi 16 mars 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceL’histoire se répétera-t-elle après quatre cents ans ? À la mort de la reine Élisabeth première du nom, en 1603, après un règne de près d’un demi siècle, le roi d’Écosse Jacques VI devint roi d’Angleterre et d’Irlande sous le nom de Jacques Ier . De 1603 à l’Acte d’Union de 1707, il n’y aura entre les deux nations qu’une union personnelle, un même roi. C’est ce qu’envisage le Premier ministre écossais, Alex Salmond, dans son projet d’indépendance de l’Écosse qu’il a commencé à dévoiler à Londres le 24 janvier : l’Écosse conservera la Reine et la livre sterling. Pour le reste, tout est négociable une fois que le référendum aura arrêté le nouveau statut de l’Écosse.

L’approche est purement pragmatique et n’a rien d’idéologique. Le Premier ministre Cameron a accepté le 10 janvier l’idée du référendum qu’il souhaite dès l’an prochain, alors que Salmond ne l’envisage qu’en fin 2014. La question pour Londres doit être unique : l’indépendance, par oui ou par non. Salmond, qui sait que l’électorat écossais est à peu près divisé par moitié (de même, s’il était consulté, que l’électorat anglais), voudrait soumettre une question subsidiaire sur une solution d’autonomie maximale. En effet, si Édimbourg joue avec des projets de politique étrangère et de défense propres (Salmond a été hostile à la guerre en Irak), plus ouverts vers l’Union nordique, le nerf de la guerre est la fiscalité.

L’Écosse rêve d’une autonomie analogue à celle du Pays basque et de la Catalogne.

Mais pour autant, elle ne présente pas une identité analogue : ni ethnique ni linguistique (le scots étant une rareté, contrairement au gallois parlé par un habitant du pays de Galles sur quatre, lesquels sont très satisfaits ainsi), l’Écosse n’a finalement qu’une identité purement géographique (le mur d’Hadrien). Salmond y ajoute néanmoins une dimension sociale : il y aurait en Écosse une réalité d’égalitarisme et de solidarité, bref l’idée d’une société ou d’une communauté, plus que d’une nation au sens strict , qui n’existe plus au niveau de Londres. Selon lui, l’Union avait été maintenue, après la guerre et la fin de l’Empire britannique, grâce au consensus autour de l ’État -providence, aujourd’hui brisé du fait du démantèlement de celui-ci depuis l’ère Thatcher, accéléré sous Cameron, sans que les Travaillistes, traditionnellement dominants en Écosse (les Conservateurs n’y ont qu’un seul siège sur cinquante-neuf), puissent fournir une alternative. Ce fut la cause de leur échec et du succès du parti indépendantiste, le Parti national écossais (SNP) qui a conquis contre eux la majorité absolue au Parlement écossais en mai 2011.

L’Écosse indépendante se veut « le phare du progressisme social pour le sud de la frontière et au-delà  ». Pour maintenir une politique d’avantages sociaux, il lui faut évidemment récupérer le contrôle de ses recettes fiscales. Le paradoxe veut que, privés des sièges écossais, les Travaillistes, structurellement minoritaires en Angleterre, risquent de rester longtemps dans l’opposition. Les deux modèles de société sont ainsi destinés à s’éloigner de plus en plus, ce qui renforce le courant Little Englander au sein du parti conservateur et d’une majorité croissante d’Anglais. On y parle de l’indépendance de l’Angleterre, ce qui traduit le poids de la présence envahissante des Écossais, notamment dans les médias dont l’accent n’est plus du tout standardisé. Cameron incarne ce retour à l’Englishness, contre l’exaltation du Britishness par Blair et Gordon-Brown aux fins de promouvoir l’intégration multiculturelle que Cameron a toujours considéré comme un échec patent.

Le repli sur l’Angleterre et ses valeurs propres (lesquelles restent à redéfinir) coïncide avec le retour à l’insularité en Europe alors que les indépendantistes écossais se déclarent pro-européens. L’attitude de Cameron, seul avec les Tchèques hors du futur traité budgétaire, présagerait ainsi d’une séparation amiable (à la Tchécoslovaque, mais sans connotation nationaliste ou ethniciste), fors la souveraine
et la monnaie.

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