Politique Magazine

Le fléau des partis.

La crise économique et financière est terrible, mais la situation politique et morale est infiniment pire.

Jeudi 6 décembre 2012 // La France


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C’est une constante de l’histoire de France, vérifiée de siècle en siècle : plus la France va mal, plus la vie partisane y réussit. Elle prospère sur le mal français. Aujourd’hui les partis mènent une vie trépidante. C’est une des rares activités qui marchent bien dans un pays atteint de langueur.

Désignation d’un Premier secrétaire au PS avec l’encouragement du Président de la République, lui-même ancien Premier secrétaire, élection d’un président à l’UMP avec déjà en vue la prochaine élection présidentielle, constitution toute récente du nouveau parti de Jean-Louis Borloo qui s’appelle, comme de juste, l’Union des démocrates et indépendants, un nom de rêve, et qui prend la relève de la défunte UDF, une Marine Le Pen bien décidée à récupérer l’électorat populaire abandonné ’par la gauche que tente de rameuter de son côté un Mélenchon plus politicien que jamais : de quoi dire que la démocratie est en pleine efflorescence ! Et chacun de croire que son heure est venue et d’expliquer que le problème politique français, grâce à lui, sera résolu.

UNE RÉPUBLIQUE PARTISANE

Qui dira la vérité ? Non seulement il ne sera pas résolu, mais il sera aggravé. Pour une raison simple que tout Français appréhende parfaitement pourvu qu’il ait l’esprit libre : dans la vie politique française, depuis toujours, pour ainsi dire depuis 2 000 ans, l’esprit de parti, les luttes de partis n’ont jamais été la solution ; c’était précisément, à toutes les époques de crise, ce qui constituait le problème. La France ne s’en sortait et ne renouait avec son histoire qu’en rompant avec le régime des partis.

La Ve République suit la pente fatale des Républiques qui l’ont précédée. Constituée à l’origine, au moins dans ses principes, pour transcender le régime des partis, elle y est aujourd’hui totalement assujettie. Les institutions, les pouvoirs publics, l’ensemble des mécanismes politiques, tout a été dévoré par l’esprit de parti : à tous les niveaux de la vie publique et sociale, c’est un cancer proliférant. L’ambition politique se résume en un seul axiowie : être le maître d’un parti qui donne accès à-la mécanique du régime pour un jour en prendre possession. Toute l’astuce du prétendu futur homme d’État consiste à tenir un appareil politicien pour ensuite partir à l’assaut du pouvoir convoité. C’est vrai pour le sommet de l’État, hélas, et de plus en plus, au point de dénaturer la fonction du chef de l’État. C’est vrai, pareillement, à tous les autres niveaux. De telle sorte que les institutions de la France sont doublées par les appareils partisans jusqu’au niveau municipal où, heureusement, il y a des exceptions, là où les maires font leur devoir de maire sans tenir compte de l’esprit de parti. 

Tous ceux qui mènent une vie politique, le savent parfaitement : le véritable pouvoir est du côté de l’appareil ; c’est le prédateur ; le pouvoir institutionnel, celui sur lequel flotte le drapeau national, n’est plus que la proie dont s’empare le pouvoir partisan. Il y trouve tous les avantages d’une situation légale dominante. D’où tous les scandales qui existent du Nord au Sud de notre malheureux pays, mis en coupe réglée, où le maître des lieux se trouve être le président de fédération ou le comparse ou le complice qui en tient lieu. Les Bouches-du-Rhône où un Guérini est toujours le patron, le Nord où un Kucheida s’octroie tous les moyens ne sont que des exemples de la réalité politique française. Lisez Rose Mafia (Editions Jacob-Duvernet, 2012) de Gérard Dalongeville, l’ancien maire d’Hénin Beaumont : tout y est. Et c’est lui qui a payé pour les profiteurs du PS ! Gilles Gaetner, journaliste d’investigation, en a publié un véritable traité La corruption en France, la République en danger (François Bourin éditeur, 2012). Qui se souvient encore de ce terrible brûlot d’Yves Chalier La République corrompue (Robert Laffont, 1991) où ce haut fonctionnaire dévoilait tous les dessous de la Mitterandie qu’il côtoya de près, ce qui lui valut la cour d’assises alors que son ministre fut amnistié ?

LE PARTI IDÉOLOGUE

Qu’est-ce qu’un parti ? Quelques dizaines de milliers d’adhérents, 180 000 pour le PS, tout au plus ; 280 000 pour l’UMP, si l’on veut. Ce sont des affidés, la plupart encartés pour motif politique et carriériste. En réalité, derrière ces chiffres, c’est quelque 5 000 personnes vraiment actives et qui veulent faire marcher leur machine, et un petit millier qui sont les dirigeants et les vrais maîtres du jeu partisan.

Par exemple, qu’est-ce au juste que l’élection d’un Harlem Désir ? Un choix par les oligarques du parti qui le font ratifier par un semblant de démocratie partisane. En fait, il n’y a pas eu plus de 60 000 militants qui ont choisi Harlem Désir. Dérisoire ! Et cet homme est censé représenter la pensée politique principale de la France !

Une question de fond se pose : quelle est la légitimité, au sens vrai du terme, de ce petit monde politicien ? La légitimité de ces stratégies de partis qui n’ont plus rien à voir avec l’intérêt de la France ? Où un Hollande sournois élimine ses concurrents et s’empare de l’État, où un Copé et un Fillon se disputent l’appareil UMP en vue de la prochaine échéance présidentielle, où un Borloo rêve de s’insinuer dans l’espace politique en pariant sur l’éclatement de l’UMP ?

Sous le IIIe, la IVe et pendant tous les débuts de la Ve République, il y avait encore une haute fonction publique qui maintenait une politique de la France au-delà des choix partisans et des gouvernements de passage. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Tout est idéologie. Les « bobos » qui nous gouvernent s’imaginent investis d’une mission d’intervention dans tous les domaines, au point de créer entre eux, en raison de cet interventionnisme permanent et intempestif, une vraie cacophonie.

Qu’on y réfléchisse bien : quelle injustice ! De quel droit François Hollande définit-il la politique éducative des familles françaises comme il l’a fait l’autre jour en Sorbonne ? De quel droit décide-t-il la suppression des notes ? A quelle divinité obéit-il, lui l’athée déclaré, pour interdire aux jeunes Français d’user des bonnes méthodes qui lui ont permis, à lui, de réussir ? De quel droit un Vincent Peillon, une Marisol Touraine incitent-ils pratiquement la jeunesse à la consommation de cannabis, à la pilule et à l’avortement gratuits ? De quel droit Jean-Marc Ayrault change-t-il les normes éternelles du mariage et de la famille, à l’encontre des plus élémentaires évidences du droit naturel rappelées lumineusement par le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim (www.grandrabbindefrance.com) et qu’on eût aimé voir rappeler aussi solidement par la conférence épiscopale de France ? De quel droit tout ce petit monde qui se croit doué du génie gouvernemental, utilise-t-il le matraquage fiscal à l’encontre de tous les honnêtes Français, de ceux qui travaillent par eux-mêmes, alors qu’aucun de ces ministres et sous-ministres n’a jamais créé une entreprise, se contentant de toucher leurs émoluments de fonctionnaires et de politiciens ? De quel droit écartent-ils systématiquement les plus sûrs moyens de redonner souffle aux entreprises françaises afin qu’elles retrouvent leur compétitivité perdue ? À quoi sert le rapport Gallois ? À rien, comme tous les autres ? De quel droit, l’ouverture des frontières, les naturalisations sans fin, le droit de vote des étrangers ? De quel droit, tout cela ? Ce ne sont pas des dieux, que l’on sache !

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il ne s’agit là que de points de vue d’idéologues et d’arrangements de politiciens qui osent se couvrir de la majesté de l’État et de Loi

C’est insupportable. Une majorité de Français en a maintenant le sentiment. La fausseté des hommes système va éclater à leurs yeux. Non seulement sur le plan intérieur, mais aussi sur le plan extérieur. Les tromperies que sont devenues les sommets européens où Hollande manoeuvre comme au Parti socialiste pour imposer sa conception de politicien français, le ridicule des rencontres internationales et du dernier sommet de la francophonie où les discours moralisateurs n’ont plus rien à voir avec la réalité, les repentances répétées qui salissent la France, tout cela n’aura qu’un temps. Hollande a, certes décidé par lui-même - il l’a dit dans un récent entretien au Monde - que la crise de la zone euro était finie. Oui, a t-il précisé en toute simplicité, depuis qu’il est là et qu’il a pris les bonnes décisions ! Pareille fatuité risque de se payer sous peu fort cher. Malheureusement la France et les Français paieront aussi.

Cependant, ce qui est certain maintenant, c’est l’on veut que demain la France retrouve sa liberté et sa vigueur, la condition première sera de la sauver d’abord du régime des partis. Un État fort, indépendant, arbitre resserré sur ses compétences régaliennes, tenu par une équipe d’hommes non partisans, dévoués à la chose publique, permettra cette réorganisation simplificatrice que tout le monde attend et qui garantira la restauration des vraies libertés, dans tous les domaine qui n’exclut pas les élections qui seront enfin l’expression des libertés françaises à qui elles donneront des représentants. Les hommes politiques y trouveront leur place pourvu que soit mis fin aux tours de passe-des appareils partisans qui ont toujours empêché la représentation qualifié du pays réel. La vraie réforme est possible, il suffit de penser au XXIe siècle.

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