Notre Opinion Par François d’Orcival, de l’Institut.

Le dernier recours de Manuel Valls.

Mardi 29 septembre 2015 // La France

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Avec le déferlement actuel, on va transformer Calais en Lampedusa. Et le premier ministre accusera la droite de se radicaliser.

Quand Manuel Valls est au violon pour faire danser la gauche et qu’il a épuisé, trempé jusqu’aux os, tous les arguments convenus, il lui reste un ultime recours pour tenir sa salle : non plus convaincre, mais cogner. Sur la droite en général, la droite la plus décidée, la droite « radicalisée » - celle qu’il accuse de « courir derrière le Front national ». Et alors la salle se lève, elle qui chantait « Taubira présidente », elle qui vouait Macron aux gémonies et passait Hollande sous silence, la voilà qui retrouve ses méchants. Elle en oublie la "macronite" des uns, la "mélenchonite" des autres et la grande alliance populaire des bras cassés pour se dresser : sus à l’ennemi !

Il a trois ans que Manuel Valls, ministre de l’Intérieur puis premier ministre, fait campagne pour le Front national. En grossissant ses rangs par l’invective, il croit assurer ses arrières et soigner sa gauche. Il tempête, dénonce, condamne, mais au bout du compte, l’électeur fait son choix : c’est la gauche qu’il abandonne. Le voilà dépassé par sa manoeuvre.

Jean-François Kahn, qui avait déjà publié un Marine Le Pen vous dit merci ! (Pion), revient sur le sujet ces jours-ci (l’Ineffaçable Trahison, Pion) en pointant la « sécession populaire sans précédent » qui a frappé la gauche en peu d’années. Une autre France a surgi, écrit-il, une France « populo », c’est-à-dire « populaire quand elle est de gauche, populiste quand elle ne l’est plus. Invisible, a-t-on dit, donc hors de la vue. Chez elle. Et pour qui vote-t-elle ?Pour les autres. Les méchants. Tous les anciens fiefs communistes lui ont donné la préférence... Ce qui la définit cette France-là, ce n’est pas ce qu’elle est, c’est ce qu’elle n’est plus ». Ou comment Hollande, Ayrault puis Valls ont fait pour retourner contre eux cette France modeste, salariée, ouvrière, qui avait cru ce qu’ils disaient. Cela ne les a pas guéris. Ils continuent.

Ainsi l’affaire du camp des gens du voyage. Mardi, l’austère ministre de l’Intérieur présidait à Amiens les obsèques du major Laurent Pruvot, 44 ans, marié, père de deux garçons, tué en mission, le 25 août, à Roye. Il s’était porté au secours de gens du voyage sur lesquels s’acharnait un homme armé d’un fusil de chasse. L’homme avait déjà fait trois victimes, le gendarme a été la quatrième. Or, trois jours plus tard, soixante personnes de ce même camp décidaient de barrer l’autoroute Paris-Lille tant qu’un jeune homme issu des mêmes familles (incarcéré avec un de ses cousins pour vol et voies de fait) n’obtiendrait pas des juges d’Amiens l’autorisation de se rendre aux funérailles de son père, mort dans la fusillade.

Pour libérer l’autoroute, les magistrats d’appel ont dû démentir le juge d’application des peines (qui refusait la permission de sortie), cependant que les forces de l’ordre surveillaient les incendies sur l’autoroute et les embouteillages monstres que cela provoquait : Sans bouger. Sur instruction de la préfète de région (laquelle a fait une partie de sa carrière dans des cabinets ministériels de gauche) et parce qu’a intervenir aurait pu avoir de graves conséquences ». Et ne pas intervenir ? L’État ne capitulait-il pas devant ses responsabilités ? Ne donnait-il pas raison aux gens du voyage en choisissant de renoncer ? Or, la préfète ne pouvait rien décider sans l’aval du ministre de l’Intérieur et du premier ministre (voire de l’Élysée). Un gendarme avait été tué parce qu’il représentait l’État et l’autorité. Que signifiait l’hommage que lui rendait le gouvernement si l’État ne se faisait pas respecter ? Aux dernières élections départementales, dans la Somme, le Front national a recueilli 39 % des voix au second tour.

Autre exemple, la visite du premier ministre, le 31 août, à Calais. Il y a annoncé la création (avec 5 millions d’euros de subventions européennes) d’un camp d’accueil pour 1500 migrants supplémentaires. « La France doit être fidèle à ses valeurs. » On avait fermé Sangatte, on va transformer Calais en Lampedusa. Car devant le déferlement actuel, ce camp ne suffira pas. Et que fera-t-on des migrants qui vont s’entasser là durant des mois ? Quel emploi, quel logement, alors que nous avons 5,7 millions de sans-emploi et une crise aiguë du logement ? Le Pas-de-Calais est aussi une terre d’élection du Front national - raison pour laquelle Marine Le Pen y est candidate aux régionales.

Quand Manuel Valls dit que la crise des migrants va durer et qu’elle va mettre notre société à l’épreuve, il a raison. Mais à dénoncer la « droitisation » de la droite au lieu de se saisir du problème à bras-le-corps, la gauche ne nous prépare que de nouveaux apartheids. C’est Jean-Luc Mélenchon qui a parlé un jour de « vote ethnique ». C’était à Hénin-Beaumont.

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