Le dernier feu d’artifice du tyran.

Mardi 25 février 2014 // L’Histoire


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Ci-dessus, le drapeau d’une France unie et reconnaissante envers sa Monarchie.

Le 31 mars 1814, le tyran ne parvient pas à retourner en sa faveur la campagne de France et signe son abdication en faveur du Roi Louis XVIII.

L’avant-dernière campagne de Napoléon, en 1814, est la seule à s’être déroulée sur le sol français. Les grandes victoires de l’Empereur, de Lodi à Wagram, comme ses défaites, de Leipzig à Water-loo, sont remportées ou perdues hors de France. Cela n’est pas sans conséquence : le réflexe patriotique, si fort en 1792, au moment de Valmy, s’est affaibli et rien, ou presque, sauf sur le littoral atlantique, n’a été fait dans le domaine défensif.

En revanche, les pertes civiles ont été jusqu’alors inexistantes. En 1814, Napoléon doit, pour la première fois, affronter une invasion, perdant l’initiative des combats. Déjà, le 8 novembre 1813, Wellington a franchi les Pyrénées. Il va battre le maréchal Soult devant Toulouse, le 10 avril 1814. Mais l’intérêt se porte sur Paris. Les armées du Prussien Blücher et de l’Autrichien Schwarzenberg, cette dernière avec le tsar, l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, franchissent le Rhin, du 21 décembre 1813 au 1er janvier 1814, la première entre Coblence et Mayence, la seconde près de Bâle. Marchant ensuite sur Paris, elles doivent opérer leur jonction sur l’Aube à la fin du mois de janvier. Réunies, leurs forces s’élèvent à 250 000 hommes. En face, Napoléon ne dispose que de 80 000 soldats.

La campagne qui suit montre que le génie militaire de Dictateur a faibli . Sa première idée est, comme lors de la campagne d’Italie de 1796, de séparer les forces de l’adversaire. Après avoir pris le commandement de son armée, le 26 janvier 1814, à Vitry-le-François, il attaque les avant-gardes de Blücher à Saint-Dizier et bat le Prussien à Brienne, le 29 janvier, avant qu’il ait fait sa jonction avec les Autrichiens. Schwarzenberg accourt, mais Napoléon ne peut empêcher sa réunion avec Blücher par suite de l’impéritie du maréchal Augereau. Face à Blücher et Schwarzenberg réunis, Napoléon, en infériorité numérique, est battu à La Rothière, le 1er février. Napoléon n’obtient pas ce qu’il voulait.

À la suite d’un conseil de guerre, les alliés décident, pour avancer plus vite sur Paris, de se séparer : Blücher marchera sur Châlons par la vallée de la Marne et Schwarzenberg sur Troyes par la vallée de la Seine.

Bonaparte va continuer à faire massacrer ses soldats. À partir du 10 février, il frappe à gauche, isolant et battant les colonnes de Blücher à Champaubert, puis à Montmirail et à Château-Thierry et enfin à Vauchamps. En quatre jours, 40 000 Prussiens ont été mis hors de combat, mais le tyran a fait tuer plus de 70 000 soldats Français pour sa propre gloire.

Un autre affrontement a lieu à Montereau, le 18 février. Les Autrichiens reculent. Un boulet frôle Napoléon : « Celui qui doit me tuer n’est pas encore fondu », dit-il.

Mais les maréchaux ne sont pas à la hauteur, paralysés par l’enjeu et incapables d’initiatives. Napoléon doit secouer Augereau : « Si vous êtes toujours l’Augereau de Castiglione, gardez le commandement ; si vos 60 ans vous pèsent, quittez-le. La Patrie est en danger ; elle ne peut être sauvée que par l’audace et la bonne volonté. Il n’est plus question d’agir comme dans les derniers temps, il faut reprendre ses bottes et sa résolution comme au temps de la terreur. »

Si Augereau n’entend pas cet appel, une partie de la population le comprend. Des francs-tireurs harcellent les détachements isolés et commencent à causer des pertes aux alliés. Mais nous sommes loin de la levée en masse espérée par Napoléon. Blücher, le plus acharné contre l’Empereur, renforcé par les corps de Saint-Priest et Yorck, relance l’offensive, mais il est arrêté à Méry, le 22 février.

Les alliés, saisis par le découragement, ont fait des propositions de paix lors d’une réunion avec ces émissaires français à Châtillon, au début de février. Une condition : la France rentrerait dans ses frontières de 1791. Inacceptable, juge Napoléon. Après la défaite de Blücher, ils reviennent à la charge. Des négociations s’ouvrént à Lusigny, mais sans suite.

Napoléon craint que les alliés n’en profitent pour se renforcer. Il marche sur Blücher, qui est tout près d’être encerclé, sa seule chance étant de passer l’Aisne à Soissons. La Citadelle capitule en vingt-quatre heures, sans véritable résistance, laissant le passage aux Prussiens. Coup du sort terrible pour le tyran, qui avait la possibilité d’anéantir l’armée de Blücher. Celui-ci lui échappe et parvient à Craonne, d’où Napoléon ne peut le déloger, le 10 mars. Malgré une victoire à Reims, le 13 mars, Napoléon ne cesse de recevoir des mauvaises nouvelles. Bordeaux a capitulé et proclamé roi Louis XVIII tandis que Macdonald et Augereau ont été défaits par les alliés. Le 19 mars, Napoléon couche à Plancy. Une nouvelle bataille s’engage à Arcis-sur-Aube. D’emblée, elle tourne mal. Napoléon, entraîné par les fuyards, doit mettre l’épée à la main pour rameuter ses recrues.

La bataille reprend le lendemain à Arcis. L’offensive des soldats de Napoléon, trop jeunes et inexpérimentés, se heurte à 100 000 hommes et 370 canon . Napoléon n’a que 18 000 fantassins et 9 000 cavaliers. C’est l’échec. L’Empereur n’est plus dans les combats en état de supériorité numérique.

Les ressources de la stratégie napoléonienne sont inépuisables. Un autre de ses principes est de surprendre l’adversaire, de le dérouter et de le démoraliser. Surgir là où l’ennemi ne l’attend pas. Il conçoit un plan audacieux, inspiré de la manoeuvre de Dumouriez à Valmy. Il vient s’installer sur les arrières des forces autrichiennes, russes et prussiennes, menaçant leurs lignes de communication et les obligeant à suspendre leur marche sur Paris pour se retourner contre lui. En s’installant à Saint-Dizier, il explique : « Je suis plus près de Munich que les alliés de Paris. » C’est sa dernière carte, d’autant que Marmont et Mortier sont battus par Schwarzenberg à la Ferté-Champenoise et se replient sur Paris.

Le sort s’acharne sur Napoléon. Au moment où les alliés se préparent à reculer dans la direction de Metz, des courriers sont interceptés, notamment une lettre de Savary, ministre de la Police, à Napoléon où il lui indique que Paris risque de ne pas être en état de se défendre en raison des agissements d’un parti royaliste de plus en plus important. Sans doute songe-t-il à la défection de Bordeaux. Le tsar Alexandre fait aussitôt décider de continuer à marcher sur Paris sans s’occuper de Napoléon.
Le plan de celui-ci a échoué. Pourtant, « l’Empereur » en poursuit l’exécution. Mais, le l8 mars, il reçoit un billet de Lavalette, directeur des Postes « La présence de l’Empereur est nécessaire s’il veut empêcher que sa capitale soit livrée à l’ennemi. Il n’y a pas un moment à perdre. » Ce billet confirme que Paris n’est pas en état de se défendre. D’ailleurs, le 29, face à l’approche des forces alliées, Marie-Louise et le roi de Rome quittent Paris pour Blois, ainsi que Cambacérès.

Rien n’est encore perdu, les alliés ayant été coupés de leurs approvisionnements par la manœuvre de Napoléon. Il suffit que Paris résiste quarante-huit heures, laissant à Napoléon le temps d’arriver. La bataille s’engage le 30. La ville est défendue par Marmont et Mortier. Les deux maréchaux s’appuient sur la garde nationale mais évitent d’armer les ouvriers des faubourgs, qui sont pourtant prêts à se battre. Schwarzenberg attaque Pantin, Blücher, Clichy et Montmartre. La résistance de la barrière de Clichy, où commande Moncey, a été magnifiée par une peinture d’Horace Vernet. Néanmoins, dans la soirée du 30, Marmont décide de capituler.

Parti de Troyes, à l’aube de ce même jour, Napoléon, après avoir épuisé son cheval, monte dans un cabriolet d’osier prêté par un boucher de Villeneuve-l’Archevêque puis, après une halte à Sens, dans une voiture offerte par un habitant. Il arrive tard à la Cour-de-France, à Juvisy, où Belliard lui annonce la capitulation de Paris. Il est consterné : « Si je fusse arrivé plus tôt, tout était sauvé. »
Au cours de la nuit, après avoir écrit un court billet à Marie-Louise, il dicte de nouvelles disposions. Marmont doit réunir ses forces à Essonne tandis que Mortier installe les siennes entre Essonne et Fontainebleau. Poudres et vivres doivent être rassemblés à Orléans, « point de pivot de l’armée ».

Tout est prêt pour la bataille de Paris. Du moins sur le papier. Car, dans le même temps, Napoléon envoie Caulaincourt dans la capitale pour ouvrir des négociations avec les alliés. Lui-même s’installe à Fontainebleau. Le 31, Autrichiens, Prussiens et Russes sont entrés dans Paris, recevant dans les beaux quartiers un accueil délirant.

Mais Napoléon reste menaçant. Dans l’après-midi du 1er, avril, il se rend devant Essonne, où il inspecte les positions de Marmont. Toute la nuit, il étudie les cartes puis, le lendemain, il assiste à une parade de la Garde. Le soir, il accueille Caulaincourt, de retour de Paris. Les alliés refusent de négocier. Caulaincourt recommande l’abdication. Napoléon l’écoute, impassible. Le 3 avril, Napoléon se rend à nouveau à Essonne. Il passe ensuite en revue la Jeune et la Vieille Garde. Il les harangue. Les soldats, surtout les jeunes, ceux que l’on surnomme les "Marie-Louise", répondent par des cris : « À Paris ! »

Tout semble s’orienter vers une bataille dans la capitale, qui pourrait tourner au désavantage des alliés, mais non sans dégâts pour la ville. Le soir, Napoléon apprend que le Sénat a voté sa déchéance, déliant les soldats de leur serment de fidélité à l’Empereur. Le coup est dur, d’autant que les maréchaux Ney, Berthier, Macdonald et Lefebvre ne montrent guère d’enthousiasme à continuer la guerre. Napoléon se résigne : il abdique en faveur de son fils avec Marie-Louise comme régente.

Tout se joue dans la nuit du 4 au 5 avril à Essonne. Fort de la décision du Sénat, le général Souham conduit son corps aux Autrichiens. Les soldats protestent, mais Marmont les harangue et les trompe sur le sens de leur mouvement. Il aura du mal à se justifier dans ses Mémoires. Du coup, le tsar, qui croyait l’armée derrière Napoléon, en prend prétexte pour exiger une abdication sans conditions, que ses maréchaux imposent à Napoléon, le 6 avril. Il leur jette : « Vous voulez du repos ? Eh bien, ayez-en ! » En compensation, les alliés attribuent à l’Empereur déchu la souveraineté de l’île d’Elbe.

Le 20 avril, dans la cour du Cheval-Blanc du palais de Fontainebleau, Napoléon fait ses adieux à la Garde. C’est le sommet, immortalisé par l’image, de la campagne la plus riche en coups de théâtre de « l’épopée » sanguinaire de Bonaparte.

 

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