Mediapart

Le député François Pupponi rattrapé par les affaires

Par Ellen Salvi et Karl Laske

Jeudi 1er août 2013 // La France

Récemment perquisitionné, le député et maire PS de Sarcelles est visé par plusieurs enquêtes qui ont fait apparaître ses liens avec le grand banditisme corse. Mis en cause pour ses « frais de bouche » aux dépens d’une société d’économie mixte de chauffage urbain, il est également témoin assisté dans le tentaculaire dossier du cercle de jeux Wagram.

Partage

« Moi ma vie est limpide depuis que je suis né, a assuré le député et maire PS de Sarcelles François Pupponi aux juges, en 2012. Je suis un ancien fonctionnaire des impôts ; puis j’ai été maire et député et je m’occupe de la sécurité publique en banlieue, et là vous me parlez d’un monde de voyous qui n’est pas le mien. »

Depuis deux ans pourtant, la justice s’entête à contredire l’ancien bras droit de Dominique Strauss-Kahn. Le 17 juin dernier, les enquêteurs de la Direction centrale de la police judiciaire ont perquisitionné son bureau dans l’affaire de ses « frais de bouche » réglés aux dépens d’une société d’économie mixte de chauffage urbain, la SEM Sarcelles Chaleur, qu’il présidait. En septembre 2011, les policiers de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) avaient déjà effectué une perquisition à la mairie de Sarcelles, ainsi qu’à sa maison familiale de Sainte-Lucie-de-Tallano, en Corse-du-Sud, dans le cadre de l’enquête pour « blanchiment et extorsion en bande organisée » visant plusieurs gangs en lutte pour le contrôle du cercle Wagram, à Paris. François Pupponi avait alors été contraint de quitter l’équipe de Martine Aubry, où il était chargé des questions de sécurité…

François Pupponi devant son village en Corse-du-Sud

François Pupponi devant son village en Corse-du-Sud© Corse-Matin/Pierre-Antoine Fournil

Depuis, l’ami de DSK n’en sort pas. Il est toujours mis en cause dans l’affaire du cercle Wagram, placé sous statut de « témoin assisté » dans un dossier disjoint pour des « menaces » qu’il nie. Les juges s’interrogent également sur ses liens avec certains gérants du cercle, condamnés à des peines allant jusqu’à six ans de prison en décembre dernier. À partir du 16 septembre, le procès du deuxième volet de l’affaire se tiendra à Paris, bientôt suivi du procès en appel du premier, consacré à la prise de contrôle du cercle Wagram, en janvier 2011. On va donc encore reparler de François Pupponi, aux côtés d’autres personnalités ayant frayé avec le cercle, comme l’ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini. Les frais de bouche de la SEM Sarcelles Chaleur ont été révélés au parquet, et rendus publics par Marianne, dès 2007. D’après les factures détaillées de carte bleue obtenues par Mediapart, François Pupponi fréquentait régulièrement aux frais de la SEM plusieurs établissements apparus dans l’enquête du Carlton, et semble-t-il, prisés par l’ancien patron du FMI. La société a ainsi payé deux nuits, 466 euros, dans un palace lillois, L’Hermitage Gantois, à François Pupponi, début avril 2006, et plusieurs dîners à L’Aventure, un restaurant fréquenté par la jet-set, près de la place Victor Hugo, à Paris.

C’est à L’Aventure que l’ancien directeur de la sûreté publique du Nord apparu dans l’affaire du Carlton, le commissaire Jean-Christophe Lagarde, fait la connaissance de DSK ; et c’est à L’Hermitage Gantois que ce policier conduira une jeune femme jusqu’à la suite réservée par l’ex-patron du FMI. Même s’ils sont sans rapport avec ces frasques, les frais de François Pupponi s’apparentent juridiquement à une « prise illégale d’intérêt » voire un « détournement de fonds publics »« Les dépenses apparaissent suspectes et lointaines de l’objet de la SEM Sarcelles Chaleur qui était de fournir du chauffage aux Sarcellois dans des bonnes conditions et au prix le plus bas possible, dénonçait en 2008 une association locale dans un courrier adressé au procureur. En quoi l’objet de la SEM justifierait le paiement d’œuvre d’art (clichés photographiques) de champagne dans un café branché de la capitale ou même des nuitées dans des hôtels de luxe ? » L’élu de Sarcelles a d’abord contesté les faits. « Pendant dix ans, j’ai mené des contrôles fiscaux. Il faudrait vraiment que je sois c... pour faire des dépenses personnelles avec la carte bleue d’une SEM », affirmait-il à L’Express en 2010. Trois ans après ces premières déclarations, François Pupponi « ne veut plus parler de ces affaires » et renvoie systématiquement nos demandes à son avocat, Me Jean-Dominique Lovichi. Ce dernier estime que les paiements avec la carte bleue de la SEM Sarcelles Chaleur ne sont « rien au regard du travail que le député maire de Sarcelles a effectué à la tête de la société sans jamais être indemnisé ». Pour lui, cette affaire, comme celle du Wagram, est une énième « manigance politique » visant à déstabiliser son client. Des « manigances » fomentées selon lui non par des opposants de droite, mais par certains des « camarades socialistes qui souhaiteraient prendre sa place ».

Dans son long interrogatoire du 16 février 2012, que Mediapart s’est procuré, François Pupponi a aussi minimisé ses liens avec le cercle Wagram et avec ses patrons. Au cercle Wagram, il y est « allé quelques fois, très rapidement, avant 2008 ». « La plupart du temps lorsque j’allais au cercle, c’était parce que des gens du village y étaient pour voir un cousin ou un frère. » « Depuis que je suis député, je ne crois plus y être allé »,a-t-il assuré. « J’apprends aujourd’hui que j’étais membre du cercle (…) Je n’ai jamais joué, et je n’ai jamais eu entre les mains une carte du cercle. Ce qui est possible, c’est que sans me le dire mes amis aient établi et payé une carte à mon nom, mais je ne le savais pas. ».

La justice a pu faire un historique autrement plus embarrassant pour l’élu socialiste.

Répondre à cet article