Le démos de Chypre.

Samedi 13 avril 2013 // L’Europe

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Ainsi, « la crise de l’euro est derrière nous » ? En se risquant à la méthode Coué, François Hollande avait toutes chances de subir le démenti des événements. La crise couvait comme le feu sous la cendre et il fallait guetter le point de départ d’un nouvel embrasement. C’est à Chypre, le 16 mars, qu’il a eu lieu. La crise de l’euro a repris une tournure violente, mais rien ne se passe comme prévu.

D’ordinaire, l’oligarchie européenne impose aux oligarchies nationales et à des majorités parlementaires soumises un « plan de sauvetage » qui écrase les salariés, engendre la récession et multiplie les chômeurs sans jamais rien résoudre. La République de Chypre était entrée dans cette logique infernale. Le 25 juin 2012, elle avait demandé l’aide de l’Union européenne et du Fonds monétaire international. Le 8 octobre, la troïka avait présenté ses solutions, toujours les mêmes : réduction des salaires et des prestations sociales, augmentation de la TVA. Puis, le 16 mars, après maintes tergiversations, l’Eurogroupe et le FMI avaient imposé au président de la République chypriote un plan aberrant : dix milliards pour le pays, à charge pour lui de trouver 7 milliards par le biais de privatisations, d’une augmentation de l’impôt sur les sociétés et d’une taxe exceptionnelle sur tous les dépôts bancaires.

Dans leur suprême arrogance et malgré le concours d’experts omniscients, les eurocrates n’ont pas tenu compte des réactions du peuple chypriote, des détenteurs de capitaux étrangers légaux ou illégaux placés dans les banques de l’île et de l’existence d’un Parlement. Nous connaissons la suite. Le peuple s’est précipité vers les banques fermées puis vers le Parlement. Le gouvernement russe a protesté contre des mesures qui entravaient les opérations bancaires de sociétés normales par exemple Aeroflot. Surtout, le Parlement chypriote a refusé à l’unanimité de se plier à la volonté des eurocrates.

Tel est l’événement majeur, exemplaire. Pour la première fois dans la zone euro, le démos a bloqué les oligarques. Pour la première fois, la souveraineté nationale l’a emporté sur la volonté de la chancelière allemande, de la BCE, du FMI et de l’Eurogroupe. La décision des députés chypriotes a eu un immense retentissement en Grèce et sans doute dans d’autres pays qui sont sous le joug de la troïka ou qui risquent de le subir. On a répété sur tous les tons que Chypre n’est qu’un petit pays, qui ne pèse rien dans la zone euro. Mais c’est un État souverain et démocratique qui est capable, par un vote, d’arrêter net la bande d’imbéciles et d’irresponsables qui siègent à Berlin, à Francfort et à Bruxelles.

Ce sont des imbéciles parce qu’ils ont déclenché, par mépris du peuple, une panique bancaire qui restera dans les esprits.

Ce sont des irresponsables parce que nul n’ignore que Chypre accueille depuis des décennies des capitaux mafieux. Ce problème aurait dû être résolu à l’occasion de l’entrée de cette République dans l’Union européenne en 2004 ou dans la zone euro en 2008 mais on n’a rien b, fait. Surtout, nul n’ignorait que les banques chypriotes étaient gravement affectées par le défaut partiel de la Grèce mais là encore on a laissé pourrir la situation.

La bataille, à l’heure où j’écris, n’est pas terminée. La BCE a décidé de ne plus fournir les banques chypriotes en billets et de bloquer leurs transactions avec le reste de la zone euro à partir du 25 mars. Un tel blocus serait un acte de guerre commis par un organisme non démocratique contre un État souverain. Quelle que soit l’issue de la crise chypriote, les citoyens de tous les pays qui se trouvent dans la zone euro peuvent faire trois constatations :
La zone euro ne protège pas leurs dépôts bancaires contrairement aux engagements qui avaient été pris. A la moindre alerte, ils videront leurs comptes.

Qu’il s’agisse de la chancelière allemande, de la BCE ou de la troïka, les dirigeants de la zone euro utilisent l’intimidation, le chantage et la violence pour se faire obéir. La solidarité européenne est morte, si tant est qu’elle ait existé. Tout État souverain peut faire obstacle aux eurocrates, si son Parlement décide de défendre la souveraineté nationale. C’est l’exemple chypriote qui doit nous inspirer.

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