Le cadeau empoisonné de Bruxelles.

Mardi 21 mai 2013 // L’Europe

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Les technocrates de la Commission européenne viennent de faire à François Hollande le pire des cadeaux empoisonnés qu’ils étaient capables d’inventer. Après avoir intimé à la France de Nicolas Sarkozy, puis de son successeur, l’ordre d’afficher un déficit budgétaire de 3% à la fin de cette année, ils viennent de reporter de deux ans cette échéance. Joli cadeau auquel n’ont pas eu droit des économies en grande difficulté comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

Il faut dire que Bruxelles n’avait pas tellement d’autre solution. Pendant plus de dix mois les caciques socialistes ont répété jour après jour qu’ils tiendraient sans broncher le fameux engagement européen. Pendant la campagne présidentielle François Hollande avait même été encore plus loin en soulignant que ces contraintes budgétaires étaient bonnes pour la France, et que c’était pour cette raison qu’il les reprenait à son compte.

Le problème, c’est que lui et tous ceux qui l’entourent aujourd’hui se sont évertués à nier la réalité de la crise économique pendant leur entreprise de démolition de Nicolas Sarkozy. Comment gérer la réalité une fois qu’on l’a si longtemps niée ? La réponse à cette question figure dans les nouvelles prévisions de comptes publics fournies par Bercy. Si l’on en croit Pierre Moscovici, à la fin de cette année le déficit budgétaire ne sera pas de 3% mais de 3,7%. Les prévisionnistes redoutent même une nouvelle dérive autour de 3,9% l’année prochaine : Cela signifie que nos finances publiques ne sont plus sous contrôle, comme le sol de la conjoncture se dérobe sous nos pieds.

Le pire, c’est que les plus critiques envers Bercy et l’Élysée sont dix sages mis en place tout récemment au sein du Haut Conseil des finances publiques que préside le socialiste Didier Migaud. Face aux nouvelles perspectives budgétaires adressées à Bruxelles il y a un mois, cette instance a jugé bâclé et douteux le travail réalisé par les sbires de Moscovici. Par exemple, celui-ci attend une croissance de 0,1 % cette année, alors que tout le monde sait que la France est en récession. Pis, le gouvernement essaie de vendre à l’ensemble de nos partenaires l’idée qu’en 2014 la France affichera un déficit limité à 2,9 % de la richesse nationale. Tout cela grâce à une croissance estimée on ne sait comment à 1,2%. Un chiffre auquel personne ne croit.

Compte tenu de cette impasse franco-française, la Commission est sur le point de s’entendre avec Bercy et l’Élysée sur un report à 2015 de nos échéances fatidiques. En échange de quoi, Bruxelles entend obtenir de Paris des engagements sur l’accélération des réformes structurelles, au-delà du pacte de compétitivité et de l’accord sur la sécurisation de l’emploi déjà sur les rails. La Commission, sous la tutelle des Allemands, attend en particulier des précisions au sujet de la réforme des retraites.

François Hollande obtient certes un ingrédient précieux : le temps. Un temps si déterminant en France pour mener de grandes réformes. Mais la contrepartie exigée par Bruxelles et l’Allemagne est sans ambiguïté et va à l’encontre de tout ce que souhaitent les 100 à 150 ayatollahs écologistes ou membres de l’aile gauche du PS qui délirent depuis quelques semaines dans la germanophobie systématique, le laisser-aller budgétaire et la démagogie la plus effrayante.

Le second aspect de ce cadeau empoisonné fait par Bruxelles, avec naturellement l’accord de Berlin, met la France et son gouvernement en situation de dépendance et de tutelle renforcée, voire d’humiliation. Le général de Gaulle, Georges Pompidou et Philippe Séguin doivent se retourner dans leur tombe à voir la France ainsi abaissée et placée sous la surveillance étroite de quelques technocrates bruxellois. Avant peut-être d’avoir affaire d’ici peu ? aux gendarmes du FMI et de la Banque centrale européenne.

En acceptant un tel marché, François Hollande a vendu l’autonomie financière et budgétaire de la France contre un plat de lentilles. Et l’on peut déjà imaginer qu’en 2015 la France devra négocier un nouveau report d’échéance, car bien sûr le président de la République ne va pas se lancer tout de suite dans une grande réforme des retraites, de la fiscalité ou des politiques d’assistanat, qui sont la clé de notre assainissement budgétaire.

C’est donc un terrible marché de dupes qui est en train de se préparer, avec d’un côté des Européens fermes sur les changements à apporter et vigilants sur les résultats, et de l’autre un président bien peu pressé de réformer le pays. Et surtout de moins en moins capable et crédible pour le faire. Voilà pourquoi toute cette belle histoire qu’il va raconter aux Français le 16 mai risque de mal se terminer. Dans le sang, la sueur, les larmes et surtout le chaos.

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