Le bluff du coup de pouce.

Par FRANÇOIS D’ORCIVAL de l’Institut.

Dimanche 8 juillet 2012, par François D’ORCIVAL // La France

Drapeau de FranceIl avait fallu vingt mois au gouvernement de François Mitterrand pour comprendre qu’il allait dans le mur, il aura fallu vingt jours à celui de François Hollande.

Mais il y avait un préalable : convaincre ou tenter de convaincre les premiers intéressés, cette trentaine de militants ministres, sortis euphoriques de la campagne présidentielle en même temps que de l’anonymat, encore bercés par les grandes phrases du candidat surie rêve, cet achèvement ; cette force et persuadés de pouvoir tout faire, car non seulement ignorants des pratiques administratives ("on ne peut pas le faire, monsieur le ministre") mais absolument incultes en économie.

Les quelques autres ministres chevronnés de la politique comme Moscovici (Finances), Sapin (Travail) ou Fabius (Affaires étrangères) n’avaient pas besoin qu’on leur fasse un dessin : quand on emprunte 500 millions d’euros par jour, ou 18 milliards depuis que ce gouvernement est constitué, il est inutile de parler de marges de manoeuvre on n’en a pas. Mais pour ramener les ingénus à la réalité, il fallait bien un séminaire à Matignon, un rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques et un Conseil européen de crise.

La réalité est archi connue. Les cabinets ministériels de `ce gouvernement sont peuplés de conseillers à la Cour des comptes, sept directeurs de cabinet en arrivent même tout droit. Tous ont, directement ou indirectement, déjà planché sur les chiffres de nos finances. Rien n’était donc ignoré, mais il y avait la campagne électorale. Et voici donc la gauche prise aujourd’hui dans ses contradictions comme dans une nasse.

Le cas du smic est exemplaire. Symbolique : Le 29 mai dernier, le premier ministre passe sa journée à recevoir les délégations des centrales ouvrières et patronales. "Concertation, écoute, dialogue". Naturellement, personne avant lui n’en ajamais fait autant, etc. Bémol tout de même : François Chérèque (CFDT) dit : « Le dialogue est toujours bien les premières semaines, c’est après que cela se gâte. » Le smic est au menu. La CGT et FO demandent une "hausse progressive" de 250 à 300 euros. Sapin promet un"geste’ : Quatre semaines plus tard, le "coup de pouce" est de 22 euros. Mais comme la gauche venait d’expliquer en long et en large que la droite "n’avait rien fait pendant cinq ans" (en oubliant le coût des 35 heures et la défiscalisation des heures supplémentaires), 22 euros pour rattraper cinq ans de retard, ça fait maigre pour un symbole.

Seulement voilà, quand on augmente le smic, on resserre l’écart avec les salaires modestes, on"smicarise" les salariés tout en chargeant la masse salariale des entreprises (à commencer par les petites), sans satisfaire personne. En outre, l’État et les collectivités locales sont aussi de gros employeurs de salariés au smic (20 % d’entre eux) sans oublier que l’État allège les cotisations sociales des bas salaires. C’est ainsi que le coup de pouce à 22 euros finit par coûter un milliard au budget (ce qui s’ajoute au coût de la retraite à 60 ans, du recrutement des fonctionnaires, etc.). La gauche peut-elle le dire ? Ce n’est pas tout ; la hausse du smic vient aggraver l’écart de compétitivité entre la France et ses voisins, en alourdissant à notre détriment le coût du travail. Est-ce pour autant que nos salaires sont trop élevés ? « Ce n’est pas un problème de salaires, a dit au Figaro Pierre-André de Chalendar, le patron de Saint-Gobain, mais de cotisations sur les salaires. Beaucoup de charges ne relèvent pas du travail et méritent d’être transférées hors de l’entreprise. Est-ce aux entreprises de financer la politique familiale ? » Le gouvernement précédent avait fini par l’admettre. Pas celui-ci qui continue à forcer sur les cotisations, la fiscalité sociale.

Bon nombre de ministres se refusent à le comprendre. On peut peut-être les aider en leur citant le cas de nos footballeurs. Humiliés en Ukraine, les Bleus sont humiliants pour la France. Mais pour les remplacer, il faudrait un championnat de Ligue 1 à la hauteur de nos ambitions. Or ce n’est pas seulement le problème de l’entraîneur — c’est aussi une affaire de charges sociales ! Mais oui : Frédéric Thiriez, le président de la Ligue de football professionnel, explique en effet qu’un joueur de Ligue 1 bien payé, 600 000 euros brut par an, va coûter 786 000 euros, charges comprises, à un club français contre 611000 euros à un club allemand ! Le cas du footballeur n’est pas différent de celui d’un super cadre (pour 600 000 euros brut, l’entreprise doit débourser 816 000 euros). On est loin du smic : en réalité, c’est le même sujet, le poids des charges. Mais la baisse des charges suppose celle des dépenses. Jean-Marc Ayrault veut les geler pendant trois ans. Les promesses avec ?

À la radio. Le Duel des éditorialistes, le mercredi à 8 h 50 sur France Info. À la télévision. Choisissez votre camp, le jeudi à l0h10 et 14h10 sur LCI.

Valeurs actuelles 28 juin 2012

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