Le « Pig » Irlandais redevient tigre.

Par Michel Arnaud

Lundi 11 mars 2013 // L’Europe

Nos voisins celtes président l’Union européenne jusqu’au 30 juin. Ils ont su redresser leur économie au prix de deux ans d’austérité. Ils aimeraient que les Vingt-Sept les imitent.

Longtemps qualifiée de "tigre celtique" en raison de son incroyable dynamisme économique, l’Irlande fut ravalée en 2010 au rang de Pigs, un acronyme anglais englobant le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne (Spain), mais signifiant aussi "cochons", lorsqu’elle obtint un plan d’aide de 85 milliards d’euros sur trois ans de la part de la "troïka" (FMI, Union européenne, BCE). Aujourd’hui, son économie se redresse. Au moment où elle a pris pour six mois les rênes de la présidence tournante
de l’Union, l’Irlande aimerait être le poisson pilote d’une Europe en crise.

Après dix années d’une croissance supérieure à 5 %, basée sur la finance, l’immobilier et la dette, l’économie irlandaise avait été victime en 2007 de l’explosion d’une bulle immobilière. La faillite de l’américain Lehman Brothers en 2008 précipita la chute du système bancaire irlandais. L’État le renationalisa et le recapitalisa avec pas moins de 35 des 85 milliards d’euros du prêt de la troïka. Effet immédiat : inexistant jusqu’en 2008, le déficit public passa de 14 % du PIB en 2009 à 32 % en 2010 ; la dette explosait : 25 % du PIB en 2007,117 % en 2012 !

Après deux années d’austérité et huit budgets de rigueur accompagnés de mesures de compétitivité pour les entreprises, le pays redresse la tête. Il a renoué avec la croissance en 2011 (1,4 %) puis 2012 (moins de 1 %). Le déficit (8,2 %) est moins élevé que prévu : le pays devrait être dans les clous en 2015 avec un déficit inférieur à 3 %. Dès la fin de cette année, l’Irlande ne sera plus sous la tutelle de la troïka. Elle se financera directement sur les marchés.

Le résultat est à la mesure de l’effort. De 2008 à aujourd’hui, l’Irlande a cumulé 25 milliards d’euros de mesures de rigueur sur les 30 milliards nécessaires (deux tiers de réduction des dépenses et un tiers de hausse des prélèvements). Le budget 2013 comporte à nouveau 3,5 milliards d’euros d’économies. La TVA a augmenté de 2 %, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 10 %, les prestations sociales ont été sabrées et plusieurs impôts ont été créés (retraite, biens immobiliers). Aussi incroyable que celui puisse paraître chez nous, l’Irlande n’a connu quasiment aucune manifestation de protestation alors que le chômage a explosé, passant de 5 % à près de 15 %, et que beaucoup d’Irlandais sont étranglés par leur emprunt immobilier. La "révolution" s’est fait dans les urnes, avec la victoire électorale, en février 2011, du Fine Gael (centre droit) du premier ministre Enda Kenny et des travaillistes, et le rejet dans l’opposition du Fianna Fail de l’ancien premier ministre Bertie Ahern.

Faute de pouvoir se reposer sur une consommation intérieure encore atone, Dublin atout misé sur une stratégie déjà éprouvée avec succès : les exportations. Maintenu à 12,5 %, l’impôt sur les sociétés est le plus bas d’Europe. Le coût du travail a été abaissé de 22 %. Du coup, les exportations ont retrouvé leur niveau d’avant la crise. Attirées par une main-d’oeuvre très qualifiée, la division des loyers de bureaux par deux et une fiscalité très attractive, les multinationales affluent, à l’exemple de Google, Twitter ou Facebook. En 2011, près de 150 entreprises étrangères ont créé 13 000 emplois.

L’Irlande dépend à 60 % de l’Europe pour ses exportations. Ayant besoin que les autres suivent son exemple pour être définitivement guéri, elle a donc décidé de faire de la croissance la priorité de sa présidence européenne. « Nous devons nous concentrer sur l’amélioration de la compétitivité pour créer la croissance et des emplois », explique Eamon Gilmore, le vice-premier ministre irlandais. Il veut notamment renforcer l’économie numérique. Une "Assemblée numérique" sera organisée le 18 juin au château de Dublin. L’Irlande défendra aussi la libéralisation du commerce et tentera d’établir un accord de libre-échange avec le japon et les États-Unis. Elle cédera la présidence tournante semestrielle de l’Union à la Lituanie le 1er juillet prochain. Ce sera une première pour ce petit État balte.

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