Le PS retourne à l’usine.

Vendredi 6 avril 2012, par Christian Rioux // La France

Drapeau de FranceOublié, le jeune de banlieue, figure incontournable de la campagne 2007. François Hollande courtise en priorité l’électorat ouvrier. Une bonne nouvelle, selon ce journaliste québécois. (Le Devoir Montréal)

Ils avaient pratiquement disparu du paysage depuis la belle époque gauchiste des années 1970. Mais les voilà de retour avec leurs casques de chantier, leurs bottes de travailleurs et leurs grosses mains calleuses.
Ils sont sur toutes les photos de la campagne, où ils posent à côté des candidats à l’élection présidentielle française. Tous les prétendants font aujourd’hui la queue aux portes des usines, où ils se disputent le vote de cette vieille dame respectable que l’on appelait autrefois la classe ouvrière. Le contraste est frappant avec les campagnes précédentes. Les candidats cherchaient alors à poser à côté des jeunes des banlieues défavorisées, que l’on s’amusait à travestir en jeunes des ghettos américains. Loin du gros rouge qui tache de grand-papa, l’heure était à la "diversité". Il fallait absolument se montrer ouvert à toutes les minorités, redoubler d’attention à l’égard des enfants d’immigrés, qui devaient symboliser à eux seuls l’avenir de la France.

Des couches populaires délaissées

La comparaison serait anecdotique et simple affaire de marketing électoral si elle ne marquait pas d’un gros trait rouge le retour des classes populaires dans la vie politique française. Un retour qui pourrait servir de leçon ailleurs qu’en France, peut-être même au Québec. Que s’est-il donc passé ? Bien sûr, il y a eu la crise et le chômage, qui frappent particulièrement les milieux populaires. Mais il y a surtout eu la prise de . conscience que, surfant depuis des années sur les illusions de la mondialisation, de la révolution technologique, du jeunisme et du multiculturalisme, presque tous les partis politiques avaient abandonné ces couches populaires au Front national. Toutes les statistiques montrent que ce parti populiste aux relents xénophobes est celui qui a l’électorat le plus populaire. Et pour cause : il est le seul à avoir choisi de courtiser systématiquement cette population, qui, si l’on y ajoute les employés, représente tout de même un électeur sur deux.

La patrie en étendard

Peu avant la primaire socialiste, le think tank Terra Nova, proche de la candidate battue Martine Aubry, avait théorisé l’idéologie de cette gauche à contresens du peuple. Dans un rapport publié en mai dernier, il incitait même les socialistes à ne pas trop s’occuper des classes populaires, jugées trop réactionnaires et pas suffisamment progressistes, au profit des jeunes professionnels des grandes villes (aussi appelés bobos) et des minorités ethniques. Comme disait Bertolt Brecht, puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple. C’est cette idéologie libérale et multiculturelle qu’une partie des militants socialistes a rejetée en élisant François Hollande.

On ne s’étonnera pas non plus que la campagne socialiste marque le retour du patriotisme à gauche, alors que Ségolène Royal avait fait scandale [en 2007] pour avoir simplement osé chanter La Marseillaise dans une assemblée. Lors du lancement de la campagne socialiste, au Bourget, il y avait plus de drapeaux tricolores que de drapeaux socialistes. Le candidat n’a pas hésité à évoquer "le rêve français" et la grandeur de la France. En renouant avec les classes populaires, François Hollande s’est aussi distancié d’un certain progressisme petit-bourgeois à la mode. On n’a qu’à écouter son discours sur l’éducation, prononcé à Orléans le 9 février, où, s’éloignant des lubies pédagogiques, il défendait une école plus traditionnelle revenue à sa vocation première. 

Une école "du savoir, de la connaissance, de la culture, de la civilité" où, disait-il, personne ne doit être jugé indigne de lire La Princesse de Clèves ou Madame Bovary. Le contexte est évidemment différent. Mais la gauche québécoise n’a-t-elle pas, elle aussi, allègrement surfé sur les mêmes modes libérales et autres lubies multiculturelles ? Il ne faut pas hésiter à tirer les leçons de ce qui se passe aujourd’hui en France.

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