Le Munci dénonce l’accord invraisemblable de soutien à l’offshoring au Maroc.

par Stéphane Larcher

Mercredi 19 décembre 2012 // La France

www.innovation-democratique.org

L’association professionnelle des informaticiens dénonce dans un communiqué publié hier soir « la nouvelle la plus invraisemblable depuis ses presque 10 années d’existence ». En cause, la signature d’un prêt de 100 millions d’euros au Maroc destiné à soutenir la délocalisation de services.

« C’est sans hésitation la nouvelle la plus INVRAISEMBLABLE en (presque) 10 ans d’existence du MUNCI !!! La France est en déficit… des mesures d’austérité (notamment budgétaire) sont imposées à tous… le chômage progresse fortement dans notre pays Y COMPRIS DANS L’INFORMATIQUE… le redressement industriel et la relocalisation des emplois sont censés être des priorités… mais notre 1er Ministre Jean-Marc AYRAULT en visite au Maroc, accompagné (entre autres) d’Arnaud MONTEBOURG, n’a pas trouvé mieux QUE DE FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DE L’OFFSHORING AU MAROC, A SAVOIR LES DÉ(RE)LOCALISATIONS D’EMPLOIS DANS LES CENTRES D’APPEL, LES SERVICES INFORMATIQUES et LES PROCESSUS MÉTIERS !!! Pire, ces externalisations d’emplois dans les pays à bas coûts (le plus souvent des emplois qualifiés), qui ne créent strictement AUCUNE RICHESSE et AUCUN EMPLOI en France, obéissent désormais à un NOUVEAU CONCEPT prétendument "gagnant-gagnant" selon le 1er Ministre : LA "CO-LOCALISATION" !!! 

Pour le MUNCI, une seule question se pose désormais : LE PREMIER MINISTRE, ainsi que A. MONTEBOURG, ont-ils… PERDU LA RAISON ou bien, plus probablement, ont-ils ÉTÉ MANIPULÉS ??? »

Co-localisation des centres d’appels

Voilà les premières lignes du communiqué de presse publié hier soir par le Munci et accessible à cette adresse. Tous ceux qui déplorent le langage trop policé des communiqués en seront pour leurs frais. Le Munci y va cette fois au bazooka et dénonce sans ambages cette décision. Il est vrai que l’octroi d’un prêt de 100 millions d’euros pour encourager encore plus de délocalisations a de quoi surprendre. Le Premier ministre explique qu’il ne s’agit pas du tout de cela mais de « délocalisation positive  » ou encore de « co-localisation ». « Un accord a été signé, assez particulier parce qu’il développe un concept nouveau qui est le concept de la colocalisation : l’expérience montre que lorsque des entreprises installent ici des usines et fabriquent des éléments d’un processus industriel, ça crée de la valeur ajoutée pour le groupe ici, au Maroc, mais ça crée des emplois pour le Maroc, ça fait vivre aussi des sociétés de services qui concourent à ces entreprises, mais ça crée aussi de la valeur ajoutée en France et ça renforce aussi les capacités du groupe en question à investir dans la recherche et développement. Et donc on est dans une démarche gagnant-gagnant, une démarche en quelque sorte où la coproduction industrielle bénéficie aux deux pays ».

Ainsi s’est exprimé Jean-Marc Ayrault. Tout ceci semble fort joli mais, à l’instar du Munci, nous ne voyons pas très bien où peut se situer la co-localisation ou la délocalisation positive quant à une aide au développement des centres d’appels marocains au travers de l’entité Casanearshore. Certes, de beaux esprits nous expliqueront que la délocalisation des centres d’appels a pour objectif d’améliorer les marges des entreprises. Très bien, mais à ce compte là il vaut mieux tout délocaliser pendant que nous y sommes. Et c’est précisément ce qu’il est en train de se passer dans de nombreuses activités.

Une mauvaise coïncidence

Là où l’affaire prend un relief particulier c’est que cette décision d’investissement de 100 millions au Maroc tombe presque jour pour jour avec l’annonce d’un plan social d’une ampleur sans précédent concernant le site Texas Instruments de Villeneuve-Loubet. Sans nier les nécessités de la coopération économique et tout particulièrement avec nos voisins marocains, ne pourrait-ont pas se poser la question de savoir si cet argent ne serait pas plus judicieusement employé à tenter de sortir les salariés de TI de l’ornière dans laquelle ils vont se trouver.

Texas Instruments a décidé de se retirer des processeurs pour mobiles tout comme d’autres acteurs. N’y aurait-il pas une réflexion à mener pour voir si cette activité est vraiment vouée à l’échec ou si le savoir-faire des employés de Villeneuve-Loubet (majoritairement des ingénieurs) ne pourrait pas être employé dans de nouveaux développements. En l’espèce, nous aurions le sentiment que ces 100 millions sont VÉRITABLEMENT consacrés au redressement productif de notre pays alors qu’il nous paraît difficile pour ne pas écrire impossible de voir où est ce même redressement productif lorsque l’on aide le Maroc à développer des centres d’appels, activité qui disparaît petit à petit de France.

Honoré Durand

La Coutellerie de Laguiole
Espace Les Cayres
12210 Laguiole

Tél. : 05.65.51.50.14

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