Le Mali : Pourquoi l’intervention militaire n’a pas encore eu lieu ?

Dimanche 22 juillet 2012 // L’Afrique

Des groupes islamistes contrôlent désormais un territoire deux fois plus grand que la France au coeur du Sahel. Pourtant, l’intervention militaire tant réclamée au nom de la lutte contre le terrorisme reste une incantation.

La table est mise : tout semble prêt pour une intervention dans le nord du Mali. On n’attend plus que les chefs d’Etat ouest-africains,-encore dans l’indécision. Il est vrai qu’il n’est pas si facile de choisir d’ouvrir le feu. Mais c’est aussi ce sur quoi tablent les groupes islamistes. A la veille du ramadan, ils semblent soudainement ragaillardis. Pour eux, les divergences de vues empêcheront encore longtemps les dirigeants de s’assumer. Jusque-là, de nombreuses raisons ont été avancées pour justifier la non-intervention. D’abord, les réticences du gouvernement malien ; puis les difficultés au niveau des Nations unies ; enfin, les réserves émises par certains pays, en particulier les Etats-Unis.

Mais, étant donné la détermination affichée au départ par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest Cédéao, dont les six pays membres du groupe de contact régional sur la crise malienne ont tenu un mini sommet le 7 juillet à Ouagadougou, quels obstacles peuvent donc expliquer cet immobilisme ? Trois facteurs peuvent contribuer à expliquer l’inertie actuelle : le vide institutionnel, le vide politique et le vide financier. Cela se manifeste par le souci de se placer sous tutelle et d’être perpétuellement en attente des autres : Nations unies ou nations amies. Celles-ci deviennent alors facilement des boucs émissaires, sans d’ailleurs que cela les émeuve.

Le vide institutionnel est criant à Bamako, où les acteurs politiques tardent à trouver un consensus pour gérer la transition. Cela n’aide pas la Cédéao, qui ne semble pas bénéficier de suffisamment d’appuis de la part de l’Union africaine. L’autre vide institutionnel concerne la faiblesse des armées africaines et leur impréparation face aux défis actuels. Comme bon nombre de pays africains, les Etats membres de la Cédéao sont peu préparés à faire face à des situations aussi délicates. En réalité, les troupes n’ont pas toujours bénéficié de l’attention qu’elles méritent. On ne se rappelle à leur bon souvenir que lorsque le danger se présente.

Le fait que les armées nationales capitulent aussi facilement et aussi rapidement devant des rébellions le confirme. On l’a vécu presque partout. C’est que, une fois parvenus au pouvoir, certains dirigeants militaires se préoccupent davantage de leur mieux-être, oubliant la troupe et parfois jusqu’à leur appartenance à la "grande muette". Dans le meilleur des cas, ils songent plutôt à forger une carapace protectrice pour leur régime. La plupart des civils parvenus au pouvoir agissent de même. Pris dans l’engrenage du système et de ses priorités, ils ne ressentent pas toujours le besoin de s’assurer que l’armée nationale est à la hauteur des défis d’aujourd’hui.

Certes, des dispositions en matière de formation sont parfois prises avec le concours de pays amis. Mais cela suffit-il vraiment ? Sans y avoir été bien préparés, sans équipements adéquats et dissuasifs, comment nos soldats peuvent-ils intervenir en cas de danger sérieux, face à des groupes terroristes même peu nombreux ? La crise dans le nord du Mali pose indubitablement le problème de la faculté de riposte de l’ensemble des armées africaines : Enfin, il y a un vide politique du fait de cette tendance maladive à se placer sous tutelle face à la moindre difficulté. En cela, l’Afrique a beaucoup perdu de sa superbe. Comment donc s’étonner de voir les autres se substituer à nos acteurs et à nos institutions pour tenter de résoudre nos propres problèmes ? Cette intrusion se fait souvent à notre détriment. La crise malienne ne découle-t-elle pas de la crise libyenne ? Pourquoi les chefs d’Etat membres de la Cédéao ne se fixent-ils pas des délais convenables pour ensuite passer à l’offensive ? Par leur outrecuidance, les groupes islamistes cherchent à montrer qu’ils ne craignent effectivement rien. Ils éprouvent même du plaisir à provoquer, comme pressés d’en découdre et de se mesurer aux forces ouest-africaines.

Jusqu’à quand faudra-t-il s’accrocher à l’idée d’attendre le feu vert de la communauté internationale ? Une telle crise aurait vite trouvé sa solution en Amérique latine et en Asie, sans forcément le recours à des tiers.

C’est donc de bon augure qu’Alger, qui avait jusque-là intrigué par sa réserve, ait reçu, ces derniers temps, d’illustres visiteurs : d’abord, le Premier ministre du Mali, Cheick Modibo Diarra ; puis le ministre burkinabé des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, Djibrill Bassolé ; et, enfin, le ministre des Affaires étrangères malien, Lamine Sow. Ces visites étaient- elles destinées à convaincre Alger de changer son fusil d’épaule ? En tout cas, elles sont réconfortantes. Et tout porte à croire que l’heure est à une veillée d’armes, tant l’exaspération est à son comble.

Les Africains doivent travailler davantage à renforcer leur cohésion et à agir de concert pour remporter des victoires. Cela passe nécessairement par la mobilisation de ressources importantes. Or la crise malienne a aussi montré que les institutions africaines souffrent d’un vide financier. L’impression dominante est que, sans le concours financier de la communauté internationale, sauver les peuples du nord du Mali des griffes de l’agresseur restera un voeu pieux. Le peuple malien, les frères et soeurs des autres pays d’Afrique soi f fient aujourd’hui de plusieurs maux dont la racine est connue : un mauvaise gouvernance, qui hypothèque gravement la survie de ce continent. C’est pourquoi, tout en se disant disposés à dialoguer, les islamistes n’en continuent pas moins d’agresser les peuples du nord du Mali.

En dépit des rappels à l’ordre venant du monde musulman, ils narguent sans cesse la communauté internationale en multipliant les actes belliqueux et les sacrilèges. C’est peu dire que la balle est dans le camp des chefs d’Etat membres de la Cédéao. Finiront-ils par en avoir marre de ce dialogue sans résultats entre le médiateur et les rebelles ? Etant donné la gravité de la situation, il faut à tout prix éviter de s’enliser.

Répondre à cet article