Le Cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle.

L’histoire de France triomphe, sauf à l’école de la république.

Vendredi 19 juillet 2013 // L’Histoire

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Maltraitée ou réduite à la portion congrue par l’éducation nationale, l’histoire de France prend sa revanche en librairie. Faut-il y voir une coïncidence ? Le peuple de France va se rendre ENFIN compte des bienfaits de la ROYAUTE, et de la catastrophe que fut la sanguinaire révolution de 1792.

Parue en 2004, sans cesse rééditée, l’Histoire de France dépasse le million d’exemplaires vendus. Fait divers ? Phénomène de société ? En tout cas, le virus de l’histoire de France touche tous les éditeurs, petits et grands, nationaux et régionaux.
Ils jouent de la nostalgie, usent de vieilles recettes, rappellent Job et Maurice Leloir, préfèrent l’anecdote à la fresque, innovent peu, répètent beaucoup et déclinent notre histoire sous tous ses aspects en négligeant la recherche historique récente. Pêle-mêle, voici le Grand Album d’histoire de France de notre enfance (Gründ), Ceux qui ont fait la France (Leduc Éditions), L’histoire de France pour ceux qui n’ont rien retenu (City) et Ces auteurs qui ont raconté la France... pour les surdoués (France Royauté).

L’honorable maison Larousse, éditeur depuis 1852, repêche les cancres avec son Histoire de France pour ceux qui ont tout oublié, sort un Grand bêtisier de l’histoire de France dû à Alain Dag’Naud agrégé d’histoire et responsable de la rubrique Mots croisés au Canard enchaîné, et offre, dans sa série du Petit Larousse illustré, les Rois de France, les Grands Événements de l’histoire de France. Quant à Là Découverte, édition contestatrice, elle aligne une collection "Archéologie de la France", remarquable par le texte et par l’image, qui dépasse l’Antiquité et conduit jusqu’à l’époque contemporaine. Même Jean-François Kahn se jette dans la mêlée avec son Invention des Français. Du temps de nos folies gauloises (Fayard), une histoire déjantée, mais point sotte et bien informée. Parallèlement, après l’Histoire de France de jules Michelet, les Éditions des Équateurs poursuivent la parution de la vieille et très positiviste Histoire de France dirigée par Ernest Lavisse, soit 27 volumes parus de 1901 à 1922.

Bref, une tendance dont profitent quatre éditeurs : First, les Presses universitaires de France (Puf), Belin, Le Seuil. Une maison d’édition rue Mazarine, un café, un bureau universitaire, un restaurant à Belleville : quatre décors, quatre directeurs de collection, quatre styles.

Jean-Joseph Julaud, l’auteur de l’Histoire de France, est un homme heureux, discret, qui pourrait passer inaperçu, comme un personnage de Sempé. Au bout de la grande table de la salle de réunion de First, il confie son secret de fabrication : « Trois ingrédients, l’émotion, le rire et l’information, distillés dans l’histoire que je raconte et qui n’est pas simplifiée. On a abandonné son enseignement à l’école. Ou plutôt, l’histoire est devenue si cérébrale que les faits sont quasi négligés. » De la vulgarisation de qualité ? La langue est familière, le ton décontracté, les titres clinquants, le vocabulaire modernisé avec des clins d’oeil appuyés (les Gaulois portent des "moustaches bovéennes"). Les faits sont parfois accrochés à des poncifs erronés (Blandine, la martyre chrétienne de Lyon en 177, est "jeune, frêle, belle"), parfois minimisés ou déformés (Seconde Guerre mondiale, fin des colonies, guerre d’Algérie). Cela dit, le lecteur grappillera quelques détails.

Pour l’auteur, le succès. Il démissionne de l’enseignement, écrit à un rythme hallucinant (huit livres en 2008 !), tire pour la collection "Pour les nuls" des produits dérivés de son Histoire de France : une adaptation pour les juniors, une version en poche, douze albums de bandes dessinées dont quatre sont publiés ; un Cahier d’histoire et un ouvrage sur Petits et grands personnages de l’histoire de France.

À deux pas de cette maison d’édition, la Sorbonne, sa place, ses cafés. Rendez-vous avec Claude Gauvard, une médiéviste, professeur émérite à l’université de Paris-I Sorbonne. Cette spécialiste de l’histoire de la justice à la fin du Moyen Âge est une femme d’influence : directrice de revues spécialisées et de collections, elle a présidé le jury de l’agrégation d’histoire de 1998 à 2001. Chaleureuse, même volubile, elle lance aux Puf Une histoire personnelle de la France qui comprendra sept volumes. « J’ai tenu, dit-elle, à toucher un public large, à lui proposer des choses simples, rigoureuses, à lui donner le dernier état de la recherche et à aller contre les idées reçues reprises souvent par les médias. Pour cela, j’ai choisi avec les différents auteurs d’adapter à l’écrit le ton oral qui est celui d’un cours. » De fait, dans les deux premiers titres (Des Gaulois aux Carolingiens, de Bruno Dumézil, le Temps des Capétiens, de Claude Gauvard), le récit est privilégié, la chronologie rétablie, les portraits sont nombreux et bienvenus, les synthèses fulgurantes et justes (ainsi sur le catharisme).

Sous un petit format de 200 pages environ, un concentré de savoir. Parfois trop elliptique, surtout dans le premier volume, il reste accessible à tous. Mieux, il apprend beaucoup avec des auteurs qui conservent leur liberté et leur vision personnelle notre histoire.

Pourquoi cette vogue de l’histoire de France ? Gauvard l’explique par la recherche d’identité et la peur du futur, deux sentiments très profonds dans une période de crise. Autre universitaire, autre réponse : « Il existe une spécificité française du goût pour l’histoire, une réelle appétence de tous, hommes politiques comme simples citoyens, pour cette discipline », assure Joël Cornette dans son bureau de l’université Paris-VIII Vincennes - Saint-Denis où il enseigne l’histoire moderne.

Réservé, timide, un peu distant, ce Breton est l’un des acteurs importants, quoique peu connu, du petit monde de l’histoire, recherche et éditions confondues. Sous sa direction vient de s’achever chez Belin, un éditeur resté indépendant depuis 1777, une imposante Histoire de France, la première de cette importance depuis les années 1980 : 13 volumes, 20 auteurs, près de 10 000 pages, 2 500 illustrations généreusement commentées, 500 cartes originales réunies dans un atlas autonome.

Chaque volume (sauf les Grandes Guerres, 1914-1945) comprend un récit chronologique qui présente sans notes la période envisagée (le découpage de l’ensemble suit la respiration de la vie politique, moteur en France de l’histoire où l’État a fait la nation) et un "atelier de l’histoire". Ce dernier met en lumière les sources, l’historiographie, les controverses et les enjeux que suscite cette période et dévoile la démarche de l’auteur.

Pas de racolage, aucun compromis, les volumes, présentés en version brochée ou en édition de prestige, intimident. Impossible de tout lire. Ceux que j’ai consultés, malgré quelques réserves, répondent à l’attente que le lecteur est en droit d’exiger : beauté des images ("un musée de papier"), analyse fouillée, synthèse large, temps courts des événements, temps longs des structures, vie quotidienne et vie politique, variété des points de vue. L’entreprise était risquée. La réussite est là : chaque volume dépasse les 10 000 exemplaires. Deux m’ont paru exceptionnels, Féodalités (888-1180), de Florian Mazel, et la France des Lumières (1715-1789), de Pierre-Yves Beaurepaire, deux historiens peu connus.

J’ai voulu donner, précise joël Cornette, la parole à une nouvelle génération d’historiens qui a du souffle et de la pratique. Elle porte un regard neuf, différent du mien sur notre passé commun. Ce renouvellement de la recherche est maintenant accessible à un large public qui, j’espère, pourra y aiguiser son esprit critique. Il comprendra qu’il existe des vérités plurielles en histoire et que celle-ci s’écrit au temps du présent, un temps en perpétuel mouvement. »

Le jour viendra où le peuple de France comprendra qu’il a été berné par celles et ceux qui n’ont eu de cesse de mentir sur mille années de MONARCHIE et que la République n’est qu’une enfant adultérine et maléfique de la Révolution de 1792, et de la Dictature Bonapartiste

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