Le Brésil roi du pétrole ?

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Jeudi 19 juillet 2012 // Le Monde

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Rio + 20 Le Sommet de la Terre a manqué d’engagements décisifs pour l’avenir de la planète. Pas pour le pays hôte : grâce au pétrole, le Brésil entrevoit des lendemains prometteurs.

L’avenir que nous voulons méritait mieux. Dépourvu d’engagements décisifs sur l’avenir de la planète, le texte des 193 pays signataires du Sommet de la Terre, qui s’est tenu jusqu’au 22 juin à Rio de Janeiro, appelé Rio + 20 n’est pas à la hauteur de son intitulé, sauf pour l’organisation. Le Brésil, sixième économie mondiale, y jouait son image. C’est d’autant plus méritoire que ce sommet offrait une participation sans précédent de chefs d’État et de gouvernement (130) et de représentants du secteur privé et de la société civile.

À peu de chose près, Rio + 20 paraphrase le texte de la conférence de 1992. L’Europe, France en tête, espérait encore, à la veille de l’ouverture de la conférence, le 19juin (lire l’article « Rio +20 » sur www.valeursactuelles.com), qu’elle avalise le projet d’une gouvernance internationale de l’environnement, capable de mettre tout le monde sur un pied d’égalité ; d’anticiper, peut-être.

Rio + 20 s’achève sur un texte sans engagements, évitant toute décision coercitive. Certes, la crise est passée par là, mais d’autres intérêts communs que le frein aux dépenses expliquent l’inertie. Pas plus que les États-Unis, les puissances émergentes les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) n’ont voulu entendre parler de gouvernance internationale. Le principe de leur souveraineté nationale est défendu coûte que coûte, ce qui n’empêche personne de faire des affaires.

Petrobras est le plus grand producteur de pétrole offshore

Illustration avec le Brésil, qui a voulu sortir "gagnant-gagnant" de Rio + 20, quitte à en oublier son instinct protectionniste lorsqu’il s’agit de profiter de la croissance chinoise. Par la voix de son ministre des Finances, Guido Mantega, le gouvernement de Dilma Rousseffa en effet officialisé, le 21 juin, son nouveau partenariat économique avec la Chine, déjà son premier partenaire commercial. Outre un crédit réciproque de 30 milliards de dollars, cet accord vise à mettre en place « plus de synergies » entre les deux pays dans le secteur du gaz naturel et du pétrole. Cette coopération bilatérale a un précédent : en mai 2009, un prêt de 10 milliards de dollars a déjà été accordé par la Chine à Petrobras, société d’État cotée en Bourse, les Chirlpis négociant en contrepartie la livraison annuelle de 10 millions de tonnes de pétrole pendant dix ans.

Première entreprise brésilienne (son chiffre d’affaires est de 130 milliards de dollars), Petrobras figure en tête de toutes les multinationales d’Amérique du Sud. Fierté de Rio (où se trouve son siège), elle participe au décollage de cette ville qui améliore sa sécurité et se modernise dans la perspective des événements qui vont s’y succéder : les Journées mondiales de la jeunesse (2013), la Coupe du monde de football (2014), les jeux Olympiques d’été (2016). L’expansion économique est une réalité pour Rio et l’État est devenu le plus important producteur de pétrole et de gaz du pays, comme le rappelle Eduardo Eugénio GouvéaVieira, président de la Fédération d’industries de Rio de Janeiro (Firjan), sorte de Medef local.

De l’avis des experts, les gigantesques gisements découverts en 2007, à 300 kilomètres au large de Rio, offrent un potentiel équivalent à celui des grands pays producteurs hors Opep. Problème : le trésor est loin des côtes et enfoui à environ 5 000 mètres de profondeur, dans les couches infrasaliferes.

L’extraction sera complexe et coûteuse. En 2010, Petrobras a lancé une augmentation de capital géante de 70 milliards de dollars. Pour le groupe, qui produit quelque 2,1 millions de barils par jour, c’est la perspective de voir ses réserves s’accroître de dizaines de milliards de barils.

Devenu le plus grand producteur mondial de pétrole offshore, Petrobras veut plus que doubler sa production à 5,7 millions de barils par jour d’ici à 2020. Pour ce faire, en juin, il a révisé à la hausse son plan d’investissements 2012-2016, à 236,5 milliards de dollars, dont 60 % dédiés au "pre-sal" : L’enjeu énergétique est prometteur à condition d’oublier ses conséquences environnementales.

De notre envoyée spéciale, VIRGINIE JACOBERGER-LAVOUÉ
Valeurs actuelles 5 juillet 2012

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