Le Bras de fer entre OBAMA et les Eglises.

Mercredi 14 mars 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceFace à la prise de position extrêmement ferme des évêques catholiques en chaire le 29 janvier contre le règlement sur l’assurance-santé incluant la couverture obligatoire des moyens contraceptifs voire pré-abortifs, par tous les employeurs, y compris les oeuvres religieuses, le président Obama a annoncé le 10 février une nouvelle concession : afin de tourner la difficulté, la couverture serait prise en charge par les compagnies d’assurance sans que l’institution religieuse employeur en soit responsable et sans qu’elle ait à payer pour cela.

Les évêques ont, le soir même, dénoncé l’hypocrisie foncière de cet amendement. Outre qu’il y a des compagnies d’assurances à caractère religieux et des institutions religieuses qui s’assurent elles-mêmes, la compagnie d’assurances ne peut éviter d’inclure les couvertures offertes dans le forfait payé par l’institution. Sinon qui paierait ? C’est donc un total faux-nez. Quel chaland l’administration de la Santé compte-t-elle ainsi convaincre ?

Les évêques disent n’avoir jamais été consultés. C’est évidemment très grave et révélateur d’une attitude foncière d’Obama à l’égard des Eglises. Il s’agit pourtant d’une ingérence de l’Etat dans les affaires intérieures des institutions religieuses. Il y a déjà plusieurs années que le cardinal George, archevêque de Chicago, dénonce le projet d’une « Constitution civile du Clergé » rappelant la tentative révolutionnaire en France. D’autres évoquent la mainmise sur l’Eglise en Angleterre par Henri VIII. Le principe de la liberté religieuse, profondément américain, est foulé aux pieds en Amérique même (ainsi, le président Obama n’a pas, depuis son élection en 2008, nommé de successeur à l’ambassadeur américain itinérant chargé de la défense de la liberté religieuse à travers le monde, poste créé par une loi fameuse de 1998 sous son prédécesseur démocrate Bill Clinton. La candidate retenue finalement n’a pas le profil et a brillé par son effacement.

L’activité « religieuse » ne se limite évidemment pas au seul culte dominical. L’exclusion de l’Eglise des « oeuvres » est un vieux réflexe protestant mais qui aujourd’hui n’a guère cours. Les catholiques, longtemps réputés à la gauche des protestants du fait de leur orientation sociale, sont aujourd’hui en bons termes avec les évangéliques et réciproquement. L’équipe de campagne d’Obama avait axé cette réforme de l’assurance santé sur le vote des femmes auxquelles bénéficient les moyens contraceptifs et pré-abortifs. ils n’imaginaient pas que la Conférence des évêques, traditionnellement divisée entre conservateurs et progressistes, mais aussi globalement affaiblie par les scandales sexuels, oserait réagir avec cette vivacité et une quasi-unanimité. Elle avait voulu ignorer que la lutte des progressistes au sein même de l’Eglise en faveur de la contraception, voire l’avortement, se fondait pur la liberté de choix que la loi sur l’assurance-santé nie ouvertement. Elle ne pensait pas que le mormon qui semblait être le candidat en vue des Républicains courrait à la défense de l’église catholique. Elle avait oublié la compétition avec Rick Santorum, catholique pratiquant et pro-vie, dont la candidature s’envole depuis la crise entre l’Eglise et la Maison Blanche : il l’emporterait largement à la prochaine primaire, fin de ce mois, au Michigan, Etat-clé dont le père de Romney avait été gouverneur.

Qui pouvait imaginer que la campagne l’Obama allait buter sur une obscure circulaire d ministère de la Santé et que celle-ci serait suffisante pour requinquer le camp conservateur qui n’avait pas réussi à l’époque à bloquer la réforme de l’assurance-santé ?

Le président ne peut guère aller plus loin dans les concessions sans se déjuger complètement. Au lieu de s’en tenir à des procédures d’application parfaitement neutres et technocratiques, il a voulu délibérément se placer sur le terrain politique. Les pauvres évêques américains se seraient bien passés de cette publicité. Ils auraient préféré rester dans la neutralité vis-à-vis des élections. Ils sont obligés de descendre dans l’arène. Obama pensait n’en faire qu’une bouchée. Il court à la Bérézina.

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