Le 4° Régiment de Tirailleurs Tunisiens.

Dimanche 9 septembre 2012 // L’Histoire

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Sa majesté le Bey de Tunisie
Sa Majesté, le Bey de Tunisie

LE 4e RÉGIMENT DE TIRAILLEURS TUNISIENS

Le 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens trouve son origine dans la création du 4e Régiment de Tirailleurs le 14 décembre 1884. En 1899, il est fort de six Bataillons de 600 hommes chacun, son effectif étant constitué pour environ tiers d’éléments d’origine européenne, et deux tiers, d’origine maghrébine. L’année suivante, un de ses bataillons combat au Tonkin, tandis que deux autres sont engagés au Maroc et en 1911, ce sont six bataillons au total qui seront opposés aux nationalistes marocains.

Jusqu’en 1920, les Unités de Tirailleurs sont composées indifféremment d’Algériens et de Tunisiens. A partir de cette année, une différenciation apparaît, les Tunisiens se voyant attribuer des numéros multiples de 4. Il faudra attendre la fin de la Grande Guerre pour que soit renuméroté le 24° Régiment de Tirailleurs Tunisiens, qui devient 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens.

Durant la première guerre mondiale, ce sont plus de 60 000 Tunisiens musulmans, qui sont engagés dans le conflit, dont plus de 10 000 seront tués. A la fin de la guerre où ils se sont particulièrement distingués à Verdun, en Artois, en Champagne, puis au Chemin des Dames et sur l’Ailette. Les Tirailleurs Tunisiens totalisent six citations et ont gagné le Croix de Guerre et la Légion d’Honneur, avec le droit au port de la fourragère rouge. Puis, les bataillons de Tirailleurs Tunisiens combattent en Afrique du Nord, aux Dardanelles, et enfin dans l’expédition de Syrie en 1925. En 1939, deux régiments sont en garnison en Tunisie, les 4e et 8e Régiments de Tirailleurs Tunisiens.

Après avoir pris part à la première Bataille de France, l’Unité revient en Tunisie où elle est incluse dans l’Armée d’armistice. Elle reprend le combat après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord et s’oppose sur place et à leurs côtés à l’armée allemande, dans des conditions matérielles calamiteuses. En 1944, le 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens est engagé dans le corps expéditionnaire d’Italie et participe aux combats les plus difficiles, notamment dans la bataille victorieuse du Belvédère où elle perd la moitié de ses effectifs, dont son chef de corps, le colonel Roux. Reconstitué, il prend part en 1944 au débarquement de Provence. Il est de tous les combats de la Libération, et le 19 mars 1945 à 16 h 30, le sergent Mahaanar et le caporal Sadok, sont les premiers combattants sous uniforme français à prendre pied sur le territoire allemand, après avoir traversé la rivière Lauter sous le feu nourri d’un ennemi qui opposait .une résistance acharnée.

Les hommes du 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens s’empareront peu après du petit village allemand nommé Scheinbenhardt, qui comptait habituellement 1500 habitants. Ils n’y trouveront que deux hommes, trois femmes et quatre enfants. Dès le 24 mars, le général de Lattre de Tassigny en personne vient rendre hommage aux hommes du 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens, en saluant leur drapeau, accompagné des généraux Monsabert et Guillaume, ainsi que de l’ambassadeur du Canada, le général Vanier. De janvier 1944 à avril 1945, le régiment aura déploré la perte de 5 941 hommes, dont 1 009 tués, 4 053 blessés et 879 disparus. Durant les deux guerres mondiales, il totalise 32 citations à l’ordre de l’Armée.

Après la capitulation allemande, le 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens est à nouveau renforcé, et de 1949 à 1955, il est en Indochine. La Tunisie ayant recouvré son indépendance le 20 mai 1956, l’essentiel des éléments du régiment intègre leur Armée nationale. Mais le 4e Régiment de Tirailleurs Tunisiens est maintenu sur place et fait mouvement de Sousse à Mareth où, sous son appellation et avec l’apport d’éléments de souche européenne, il va rester jusqu’en 1958. Le déplacement de l’Unité ne s’est pas fait dans le calme, et dans le contexte de l’époque, une bonne partie de la population est hostiles à la présence des troupes françaises. Peu de temps après son arrivée à Mareth, fin octobre 1956, l’élément précurseur d’un effectif d’une centaine d’hommes, est pris à partie par des villageois armés de gourdins, de fourches, de haches. A l’issue de l’affrontement, on retrouvera le corps de l’adjudant Louis Blot, âgé de 36 ans, décapité à la hache.

C’est à cette époque que le régiment est renommé 4e Régiment de Tirailleurs, puis transféré en Algérie en septembre 1958, à disposition de la 10e Région Militaire. Il s’installe dans le secteur de Djelfa, dans le Sud-Algérois. Jusqu’en 1961, le régiment participe à de, nombreuses opérations et combat seul ou jumelé avec d’autres Unités, notamment le 2e Régiment Etranger de Cavalerie.

En avril 1961, la totalité des cadres du régiment choisit de rester loyale envers le gouvernement légal de la République. Jusqu’à la déclaration du Cessez-le-feu du 19 mars 1962, ordonnée par le général Ailleret, le 4e Régiment de Tirailleurs, comme nombre d’autres Unités, est désormais appelé à participer simultanément à la guerre contre I’ALN et au maintien de l’ordre rendu nécessaire à la suite des troubles suscités dans les grandes villes, par les ultras de l’Algérie française.

Après le Cessez-le-feu, le 4e Régiment de Tirailleurs est envoyé à Alger où, le 26 mars 1962, sa 6e Compagnie, commandée par le lieutenant René Técher, est, à son corps défendant, directement impliquée dans le dramatique affrontement de la rue d’Isly.

A cette date, le général Ailleret, commandant en chef des forces françaises en Algérie, a donné des instructions très strictes, ordonnant de ne jamais employer les Unités à forte composante de FSNA à l’encontre des manifestants de souche européenne. Faute de commandement, ou volonté délibérée d’un officier général, la compagnie du lieutenant Técher reçoit l’ordre de tenir un barrage rue d’Isly, alors qu’une manifestation interdite, organisée par l’OAS fait affluer plus de 3 000 manifestants dans cette même rue. Plusieurs rafales de fusil-mitrailleur sont tirées des terrasses ou des toits environnants, vers 14 heures, près de la place de la Grand-Poste.

Elles provoquent l’ouverture du feu par les soldats de la compagnie, qui réagissent sans doute par réflexe, mais sans en avoir reçu l’ordre. Le bilan est terrible : entre 46 et 80 morts, selon les sources, et 200 blessés au moins dans les rangs des manifestants. Le lieutenant Daoud Ouchène, qui commande le barrage, s’époumone pour ordonner un « Halte au feu ! » qu’il finit par obtenir, non sans peine. Alors qu’il était promis à un bel avenir, ce jeune officier devait rester marqué par ce drame. Ancien enfant de Troupe, il avait commencé sa carrière au 11°, Régiment de Chasseurs Parachutistes d’où il était sorti sergent à 19 ans pour suivre les cours de l’Ecole d’Infanterie de Saint-Maixent. Sorti en 1957 en qualité d’aspirant à 21 ans, il avait été nommé lieutenant en 1960. Devenu Michel Duchesne en janvier 1968, et sans préjuger des raisons qui vont l’amener à cette terrible décision, il mettra fin à ses jours le 12 octobre 1989 à Ville-la-Grand, où il résidait, âgé de 51 ans.

Comme toujours en pareil cas, il suffit de rechercher « à qui profite le crime » pour avoir une idée sur les auteurs de cette provocation qui a permis d’aggraver le ressentiment des européens d’Algérie à l’encontre des forces restées loyales, et singulièrement, des soldats musulmans de ce régiment qui, pourtant, au cours des années précédentes, avaient courageusement combattu contre l’ALN au prix de nombreuses pertes. Le lieutenant Técher, quant à lui, n’a rien à se reprocher. Il va cependant faire l’objet d’un ostracisme marqué de la part de ses pairs, sans qu’on sache bien si le reproche qu’ils lui font est lié à cette malheureuse affaire, où si c’est son parfait loyalisme à l’égard du pouvoir légal qui en est la cause. Fort heureusement pour lui, il poursuivra une brillante carrière qu’il terminera en 1983 au grade de colonel, titulaire de quatre citations individuelles, Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier dans l’Ordre du Mérite. L’enquête des gendarmes sur cette triste affaire n’aboutira pas, du fait de la confusion bien compréhensible des événements du moment.

Le 4e Régiment de Tirailleurs est dissous sur place le 31 mai 1962. Parmi les personnalités qui ont servi dans cette glorieuse Unit, on trouve le nom de l’aspirant Robert Séguin, tombé au Champ d’Honneur en 1944 à l’âge de 22 ans, le père de Philippe Séguin, lui-même décédé en 2010. 

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