Laissons les morts enterrer leurs morts.

Vendredi 19 juillet 2013 // La France

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Il est des systèmes politiques qui se traînent alors qu’en réalité ils sont finis. C’est alors qu’il faut penser au changement. L’heure pourrait venir plus rapidement et soudainement que les habitudes de pensée l’envisagent.

La faillite est là : elle se profile à l’horizon. D’un moment à l’autre, question de mois, sa menace toujours imminente peut faire l’actualité française. Ceux qui, hier encore, se gaussaient des oiseaux de mauvais augure, ne ricanent plus aujourd’hui. L’inquiétude est patente, même au sommet de l’État. Les personnes les plus averties prennent date : c’est important pour l’avenir. Un Attali s’y croit obligé, histoire d’avoir eu raison. Les experts, comme Nicolas Baverez, sonnent le tocsin : ils alignent les chiffres, tous détestables et, à partir de maintenant, irréversibles ; ils envisagent donc les pires scénarios jusqu’à la cessation de paiement pour la France et l’éclatement de la zone euro, hypothèse considérée par lesdits experts, il y a encore peu de temps, comme impossible et absurde.

UN SYSTÈME FINI

Comme l’a fort bien dit Cahuzac : on me reproche d’avoir un jour menti sur mes comptes personnels, mais pas d’avoir menti pendant un an à la demande du président Hollande, sur les comptes de la nation. Et, de fait, qu’on se souvienne : dans les discours de François Hollande et de ses ministres jusqu’à ce dernier printemps, l’avenir était peint en rose ; la crise était du passé ; les outils avec leur fameuse « boîte » étaient en place pour activer la croissance quand, en réalité, les mesures annoncées ne constituaient, une fois de plus, que des dépenses publiques supplémentaires. La récession était niée ; tous les chiffres donnés étaient faux, ceux des déficits budgétaires, commerciaux, sociaux, ceux du chômage qu’on se flattait d’inverser, ceux de l’activité économique. On faisait semblant de discuter « compétitivité » au moment même où on alourdissait les charges et les impôts des entreprises et des ménages. Les grandes entreprises industrielles - l’automobile en particulier -, les petites et moyennes entreprises, à quelques exceptions près, sont désormais frappées de plein fouet. Les fermetures d’usines, les défaillances de sociétés forment le lot ordinaire de l’actualité quotidienne. La jeunesse ne trouve pas de travail et le Français est désespéré.

L’Europe qui, maintenant, avec la Croatie, comprend vingt-huit États, n’est plus qu’une illusion, une superstructure dépensière, jacassière, contraignante et inefficace. Elle n’a d’utilité que dans les discours des politiciens et les plans personnels des technocrates au pouvoir. Un sommet à Berlin, à Bruxelles ou ailleurs ne change rien à rien ; les milliards évoqués par les chefs d’Etat et de gouvernement sont de plus en plus virtuels, comme, d’ailleurs, ceux des banques, y compris ceux des banques centrales, bourrées qu’elles sont de dettes d’État et d’actifs toxiques. L’Allemagne, elle-même fragilisée, ne saurait donner sa caution à une union bancaire ou à une fédération budgétaire constituée dans de telles conditions. Alors, comment réaliser une zone économique homogène avec une monnaie unique ?

Les assurances sociales, les retraites en France ne sont plus que des systèmes de dettes cumulées, reportées, réparties sans droit ni justice, ni équité, comme la plupart des comptes des collectivités territoriales qui sont remplis de contenus explosifs. Les discussions indéfiniment reprises sur ces sujets n’ont et n’auront aucun aboutissement. La situation est irrémédiable.

LA FAILLITE ANNONCÉE

La crise de l’État est maintenant là, car ni les promesses électorales ni même les engagements de la puissance publique ne peuvent être tenus. L’écologie politicienne en est la première victime et Delphine Batho qui en a fait la remarque, a été remerciée. Son ministère ne servait plus à rien qu’à enquiquiner le monde. Le parti socialiste se resserre sur lui-même avec le risque énorme de perdre et ses alliés et ses membres déçus. Les dernières élections partielles sont un avertissement. Que donneront les prochaines échéances ? L’apparente détermination d’un Hollande ou d’un Ayrault dissimule mal une profonde irrésolution, une impuissance systémique et une incapacité à s’engager dans des réformes salutaires. L’appareil politicien qui les lie explique leur incompétence. Seul un changement d’institutions pourrait rendre sa liberté à la décision politique. Les appareils partisans se sont emparés de l’État et, aux différents niveaux, de toutes les institutions de la puissance publique. La restauration d’un État libre, indépendant, national, hors des magouilles d’appareils et des ambitions de partis, est la condition première de toute vraie réforme en France ; comme l’histoire, depuis plus de mille ans, l’a prouvé, le salut politique passe par là. Tous les esprits sagaces le savent parfaitement, même si personne n’ose le dire. Tout est subordonné à cet essentiel premier.

Cela ne dépend plus ni des hommes ni des partis ; la situation empirera tant que l’opération n’aura pas été effectuée. La France s’enfoncera inéluctablement dans un drame à la manière grecque, chypriote, portugaise, espagnole, italienne. Le drame français sera sans doute plus grave dans ses conséquences sociales. Tout ce qui arrive était prévisible. Voilà plusieurs années que Politique magazine l’annonce. La crise financière débouche sur une crise économique qui déclenche une crise socialequi aboutit en crise politique. Peu d’économistes et de politiques ont vu les choses venir. Citons entre autres un Olivier Delamarche dont il était de bon ton de se moquer : il a tout dit. Un roman vient de paraître de Gaspard Koenig chez Grasset, La nuit de la faillite, où sous une forme amusante et amusée, paradoxale aussi, l’effondrement financier de la France est décrit tel qu’il peut se dérouler, en quelques heures. Les politiciens du jour et les grands « manitous » du système n’en sortent pas grandis. C’est toute une génération de responsables, en fait d’irresponsables, de discoureurs et de profiteurs qui révèle dans cette faillite sa réelle incapacité.

Alors que le monde entier est en ébullition, que les peuples grondent sur tous les continents, que plus rien n’est stable, que les États-Unis dont la prétention à surveiller le monde pour s’en assurer la domination économique - mais quelle naïveté dans l’indignation de nos gouvernants ! -, suscitent le plus légitime des rejets, nos dirigeants se leurrent : ils se gobergent avec les mêmes poncifs où ils pensent puiser la légitimité qui leur fait de plus en plus défaut. Ainsi du mariage dit pour tous et de toutes les théories et pratiques qui l’accompagnent, dont ils ont fait leur plus emblématique réforme. Ils ont mis toute leur force politique et toute la puissance de la loi à promouvoir la pire des absurdités, celle qui nie la nature, qui esclavagise les hommes, les femmes et les enfants en leur retirant leur identité et leur destin, qui s’attaque au patrimoine, à la filiatiQn, aux données fondamentales de la liberté humaine. Cette loi Taubira est à leur image, à l’image aussi de leur système. Révoltant et repoussant. Une charogne et qui n’a rien de poétique !

Grâce à Dieu, il est une France qui dit non, qui dira toujours non. Jusqu’au bout. Jusqu’à ce moment où il faudra bien, en raison même des circonstances, changer de système. L’espérance est aussi politique.

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