La vraie faute de Valls.

Mardi 15 septembre 2015 // La France

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Pour un régime parlementaire ayant un roi pour chef de l’Etat.

Ce n’est pas son voyage a Berlin, c’est de démentir en actes ses leçons de morale dispensées à la terre entière !..

Si Valls avait fait savoir sans ambages qu’il assisterait à la finale de la coupe d’Europe à Berlin, personne n’aurait récriminé. La France peut tout de même offrir à son premier ministre une récré certes coûteuse, mais tellement moins que la mégalomanie des présidents de collectivité territoriale ou des maires de grande métropole ; Ou que les "voyages d’études" de nos parlementaires ; Ou que la moindre réforme hasardée par le gouvernement.

Eu égard à l’importance du foot dans l’imaginaire collectif, la présence de Manuel Valls à l’événement sportif le plus important de l’année n’avait en soi rien d’incongru. L’avion était vide, il a embarqué ses fils. Franchement, il faut une forte dose de poujadisme pour apercevoir, là, matière à scandale, et, d’ailleurs, les politiciens de droite n’en ont pas rajouté dans l’indignation.

La faute de Valls - car faute il y eut, quoi qu’il prétende -, c’est d’avoir pataugé dans le déni, puis l’aveu biais, puis la semi-repentance, et acculé Hollande, Bartolone, Cambadélis et même Platini à le couvrir. C’est de nous informer que ses fils n’ont pas coûté un fifrelin aux contribuables, mais qu’il remboursera néanmoins leur voyage à hauteur de 2500 euros. On reconnaît toujours la menterie à ce genre de précision chiffrée.

La faute de Valls, c’est surtout, de la part d’un chef de gouvernement, cette danse du ventre piteuse devant les médias, à La Réunion, pour tenter de sauver son "image". Soit il estimait n’avoir rien à se reprocher, et il les envoyait paître ; soit il reconnaissait avoir commis une bévue, et basta ! En leur disant : « Si c’était à refaire, je ne le referais pas », il a mis à nu sa vulnérabilité. Accessoirement, il a révélé la nullité de ses communicants, ils mériteraient tous d’être pendus en place de Grève. On ne peut prévoir l’impact sur la durée de ce psychodrame anodin.

Celui-ci aurait moins exaspéré l’opinion, qui en a vu d’autres, si Valls n’appartenait depuis sa prime jeunesse à la camarilla du PS. Il a beau être le socialiste le plus talentueux et malin de sa génération, il a dans la peau ce vice commun à tous ses "camarades" : dispenser des leçons de morale. Qu’ils soient aux commandes ou dans l’opposition, les ténors de la gauche en général, du PS en particulier, invoquent leur citoyenneté d’office dans "l’empire du bien". La vertu, c’est eux, la droite étant le mal. Ils absolvent celle-ci ponctuellement si elle défère aux injonctions de leur pharisaïsme, mais elle doit sans relâche leur donner des gages.

L’intégrité, c’est eux par définition puisqu’ils fourbissent dans leurs "motions" des armes verbeuses contre les forces de l’argent. Bien évidemment, personne ne les croit plus généreux ou vertueux que l’autre bord. Leur tartuferie agace, et quand un Cahuzac, un Morelle ou tel autre socialo aux crocs bien acérés se fait surprendre les doigts dans le pot de confiture, on ricane.

Valls paye cash cette distorsion fatale entre un discours de prélat onctueux et des us communs à tous les politiques. Il paye une aversion croissante pour le cléricalisme rose dans lequel il a choisi précocement de baigner. Il paye la violence savonarolesque de ses attaques contre Sarkozy. Il paye aussi une surexposition rendue il est vrai nécessaire par la médiocrité de la plupart de ses ministres.

Mettons à part Fabius et Le Drian qui ont le niveau, comme on dit dans le milieu du sport. Les autres ne tiennent pas la route, quand ils ne sont pas carrément toxiques comme Mmes Taubira, Vallaud-Belkacem et Touraine. Valls manque d’équipiers crédibles pour protéger Hollande, qui en a grand besoin, en espérant sans doute l’étrangler au moment opportun, c’est la règle non écrite de leur jeu de rôle. Toutes proportions gardées, Valls est un Messi privé d’un Iniesta capable de lui remonter les ballons et par le fait obligé d’aller les chercher dans la zone défensive. On y laisse des plumes. En somme, ce Catalan de bonne venue n’a qu’un défaut, hélas rédhibitoire et inguérissable : il est socialiste. Parfois, il semble vouloir se décharger de ce fardeau. Mais qu’advienne un de leurs congrès et le surmoi du PS reprend ses droits, Valls use du patois moralisateur de cette gauche française orpheline de Mitterrand. Et ça, les Français ne le supportent plus.

Manuel Valls à Berlin. Il paye cash – et au prix fort - la rançon de son exposition médiatique.

 

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