La vague écologiste s’éloigne-t-elle ?

Vendredi 30 mars 2012 // La France

Naguère portée par les excès d’un capitalisme débridé pillant et polluant la planète, va-t-elle devenir une victime collatérale de la crise, succombant paradoxalement à la débandade de ses adversaires ? Il est frappant que le parti écologiste se soit donné comme champion une candidate n’ayant pas la plus petite chance de décrocher la timbale électorale. Quant aux programmes des différents candidats, ils sont, sur les questions d’environnement, d’une indigence déconcertante. Chacun y va de son catalogue de bonnes intentions, à proximité raisonnable du prêt-à-penser écologique du moment, s’efforçant au mieux de dénicher la petite idée originale que n’ont pas encore eue les autres. Le développement des énergies dites renouvelables - le solaire, l’éolien... - est partout mis en avant, l’essentiel étant de montrer qu’on y croit, comme est aussi très présente l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste. Et d’ajouter à la sauce, qui un plan d’aide à l’isolation thermique, qui un plan de développement des transports collectifs, qui un programme d’autopartalk ou de ferroutage, qui un plan d’incitation dés entreprises à... réduire les emballages ! Ce côté « Senhor Oliveira da Figueira », le héros de Tintin qui vend des peignes aux chauves, en dit long sur l’image de la fonction présidentielle en France...

VERS LA FIN PROCHAINE DU MONDE ?

Seul point fixe (dans le sens d’idée fixe) non négociable pour les écologistes : la sortie du nucléaire. Une idée tellement irréaliste que personne n’y songe réellement, le candidat socialiste se contorsionnant pour prendre un engagement de réduction du parc des centrales... pour 2025. Une chose est acquise : pour cette élection présidentielle de 2012, ce n’est pas sur le front écologique que se fera la décision. Il est pourtant peu de questions plus importantes que celle-là ! Les menaces pesant sur notre environnement sont considérables, mais le débat, tel que le présentent la classe politique et la plupart des médias, est largement biaisé.

Quelles menaces réelles pèsent sur notre planète ? Toute une tendance du mouvement écologiste se plaît à professer un véritable catastrophisme, nous annonçant un destin tragique à échéance plus ou moins proche. L’espèce humaine serait sur le point d’être rayée de la surface du globe, comme dans le roman de science-fiction de l’américain Robert Silverberg, Hot Sky at midniglit (Ciel brûlant de minuit, Livre de poche) où, en l’an 2300, la planète est rendue totalement invivable par un bouleversement climatique lié à l’effet de serre, la pollution et la disparition de la couche d’ozone... Comment ne pas prêter attention à un tel discours ? On peut ne pas y croire, mais quand même, direz-vous, s’ils avaient raison...

Vous avez dit raison ? Dans cette matière, voilà précisément le mot auquel se raccrocher ! Il faut raison garder, rappelait à ses fils Philippe le Bel. Ce qui, en l’occurrence, n’est pas des plus faciles : s’il est une question sur laquelle on peut entendre tout et son contraire, c’est bien celle de l’environnement.

Si l’on prend, par exemple, le thème - majeur chez les écologistes - de la nécessaire sortie du nucléaire, en quoi celle-ci serait-elle plus urgente que l’arrêt de l’exploitation à outrance des nappes pétrolifères ? La combustion des énergies fossiles émet des gaz à effet de serre aux effets sur la bio diversité et la santé publique infiniment plus graves que ceux dus aux centrales nucléaires. Emmanuel Le Roy Ladurie rappelait, à ce sujet, le mot de Georges Pompidou : « Que voulez-vous, les gens aiment la bagnole ! » Les écologistes auront beau rétorquer qu’on peut renoncer à la fois au nucléaire et au pétrole, personne ne prendra au sérieux une position aussi irréaliste. Les énergies de substitution, le solaire et l’éolien, n’ont aucune chance d’être rentables à échéance prévisible. Indépendamment du caractère monstrueux que commencent à prendre certains champs d’éoliennes, l’irrégularité des vents aura l’effet pervers de rendre nécessaire un accroissement de l’extraction de charbon pour faire face à la demande d’électricité, comme cela s’est déjà vu en Allemagne et en Espagne.

LES CONTRES VÉRITÉS DE L ÉCOLOGISME

Dès qu’on aborde de cette manière la question de l’environnement, on se trouve confronté à une série sans fin d’insolubles dilemmes. Certains cherchent la solution dans une réduction programmée et donc imposée de la consommation d’énergie : c’est la fameuse « décroissance », qui suscite autant de problèmes qu’elle ne promet d’en résoudre. Nous faudrait-il revenir en arrière, remettre en cause le cap industriel et scientifique pris au XIX° siècle, et retourner à une économie de la cueillette, comme le préconisait en son temps un Georges Duhamel ? Le rythme de l’histoire ne nous laisse, hélas, pas le temps de rêver : restons-en au conseil de Philippe-le-Bel ! Notre tâche réelle est de réfléchir aux moyens concrets de préserver l’environnement du monde où nous vivons.

Un livre peut aider utilement à ce discernement. Dû à un ingénieur agronome, Stanislas de Larminat, il tente, sous un titre engagé - Les contrevérités de l’écologisme (Salvator, 2011,310 p., 22 €) - d’éclairer les origines de l’écologisme idéologique et d’en élucider un à un les principaux concepts et les modes opératoires. Évoquant d’abord l’utilisation de mots-valises où chacun trouve surtout ce qu’il y apporte - développement durable, bio diversité, principe de précaution, énergie renouvelable, empreinte écologique, etc.. Il en montre le caractère « holistique » : la confusion est entretenue entre chaque élément et l’ensemble dont il dépend, ce qui autorise toutes les manipulations. Comme pour les totalitarismes, la sémantique constitue, pour l’écologisme, une machine de guerre.

Analysant l’affaire des responsabilités humaines dans le réchauffement climatique, Larminat établit le rôle manipulateur que n’a pas hésité à jouer le fameux GIEC, Groupement international des experts du climat, dépendant de l’ONU. Jouant sur les peurs, ces experts glissent, sans le dire, des faits observés aux pures hypothèses, certaines parfaitement fantaisistes.

Même constatation dans le dossier des organismes génétiquement modifiés (les OGM) : il ne s’agit pas, naturellement, de sous-estimer les risques que peut faire courir la manipulation génétique des plantes, plus sérieux sans doute que ceux de l’hybridation pratiquée par les paysans depuis des siècles, voire des millénaires. Faut-il pour autant retirer aux hommes toute possibilité d’agir sur la nature si la finalité sert le bien commun ?

La question est délicate et les écologistes semblent mettre la vertu de prudence et l’humanisme de leur côté. Leurs intentions ne sont pourtant pas aussi transparentes et généreuses. Leur malthusianisme démographique déclaré est l’un des points permettant d’y voir plus clair. « Procréer est aujourd’hui un délit écologique », déclare sans sourciller un expert. Leur raisonnement est que l’agriculture mondiale n’arrivera jamais à rattraper la croissance démographique, sauf au prix d’une pollution entraînant à terme une nouvelle pénurie : le seul facteur sur lequel on puisse agir efficacement serait donc la démographie.

LE « GENDER » EST MOBILISÉ... ET LA BOUCLE EST BOUCLÉE

Alors qu’en réalité de nombreuses études scientifiques établissent la possibilité de nourrir la planète à travers des ressources aujourd’hui sous-utilisées, les écologistes entendent « gorger » le monde (pour reprendre le mot de dom Helder Camara) de moyens contraceptifs, et aller jusqu’à délictualiser, voire criminaliser le fait d’avoir un enfant de trop. Ils veulent en même temps casser le « carcan » familial, objectif réel de l’émancipation des femmes dans les sociétés traditionnelles : à partir de dénonciation de situations sociales condamnables s’opérant ainsi le glissement vers des objectifs tout autres, plus ou moins dissimulés.

Il n’est pas jusqu’à la théorie du gendre qui ne soit le même mobilisée : écologisme, antinatalisme et féminisme font cause commune pour hâter la destruction é vieilles structures sociales, à commencer par la famille pour hâter la venue d’un monde nouveau, écologiquement « sous contrôle ».

La boude est bouclée. Dans le mot écologie, il y a olog la maison, qui évoque la cellule familiale, l’espace naturel qui nous apporte la vie. C’est cela même que les écologistes d’aujourd’hui du moins ceux qui tiennent le haut du pavé dans la sphère politique, les instances internationales, le monde de l’université et de la recherche et dans beaucoup d’ONG - veulent détruire, en contradiction formelle avec le beau nom qu’ils se sont donc qu’ils se sont donné.

Au nom de quoi ? Stanislas de Larminat, s’appuya entre autres sur les travaux du P. Edouard-Marie Gall va chercher les origines de leur idéologie dans une double tradition remontant aux premiers siècles du christianisme : le « messianisme » d’une part, et la gnose de l’autre, auxquels le P. Gallez rattache d’ailleurs l’apparition de l’Islam. Perspectives passionnantes, qu’il n’y a pas lieu de développer ici. On se contentera de signaler que Larminat, s’appuyant sur une lumineuse étude de Fabrice Hadjadj, rattache directement l’écologisme idéologique à la culture de mort dénoncée par Jean-Paul II.

Ce qui paraît nous tenir assez éloignés des perspectives évoquées par Claude Allègre dans l’entretien qu’il a bien voulu nous donner... mais notre souci est d’abord toute raison gardée, de faire exploser la langue de bois pratiquée dans le pot au noir écologiste.

Répondre à cet article