La trahison de Mme Belkacem

Mardi 4 août 2015 // La France

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Une fois encore, la ministre de l’Éducation vient de jouer aux pyromanes en marquant sa volonté de faire de l’arabe un enseignement de base pour les jeunes Français.

La semaine passée a été marquée par un fait divers peu ordinaire. Des parents d’élèves de l’école de la petite ville de Prunelli-di-Fiumorbo en Haute-Corse ont menacé de ne pas participer ce 26 juin à la kermesse annuelle de l’établissement parce qu’un professeur avait imaginé de faire chanter en arabe - mais aussi en corse, en français et en anglais - certains couplets de la célèbre chanson Imagine, de John Lennon. Aussitôt, à la demande de la ministre de l’Éducation nationale, le procureur de la République à Bastia a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire « pour vérifier s’il y a des faits d’injures et d’incitation à la haine raciale ».

Comme si la justice était en droit de faire l’amalgame entre une langue et une race. Comme si c’était le véritable objet de cette réaction de quelques familles de l’île de Beauté. Comme si le droit était là pour juger des bonnes ou des moins bonnes initiatives pédagogiques.

Le rectorat a également porté plainte contre X. Les enseignants, qui ont fait jouer leur droit de retrait, ont aussitôt refusé d’assurer les cours. Et la situation au sein de cet établissement est devenue invivable au point que plusieurs graffitis, « Ara bifora » ("Les Arabes, dehors") et « Lingua corsa » ("Langue corse"), sont apparus en milieu de semaine dernière devant l’école. Si bien que c’est le maire de Prunelli-di-Fiumorbo qui a porté plainte à son tour pour dégradations. À cause de l’initiative contestable de quelques enseignants, voici donc une école française désormais non seulement l’objet de trois procédures judiciaires mais aussi fissurée par différents communautarismes, et privée de kermesse pour des raisons de sécurité. Au lieu de rester ce qu’elle aurait toujours dû être, un sanctuaire chargé de transformer des enfants en des citoyens instruits, autonomes et redevables à leur pays : la France.

Mais le pire dans cette dramatique affaire est l’attitude totalement irresponsable de la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Au lieu de tenter de calmer le jeu et de faire en sorte que la paix civile revienne vite dans ce village corse et dans son école, elle s’est transformée en pompier pyromane. D’abord en apportant son soutien à une initiative contestable. Non pas parce qu’il s’agit de l’arabe, mais parce que personne ne peut faire table rase du passé entre les Corses et l’Algérie, ni de la question de la langue corse. Ensuite en déclarant sur France 5 : « Dans la politique que je mène pour développer les langues vivantes étrangères, l’arabe sera évidemment dans le panel des langues, parce qu’il faut le développer. »

Six mois après avoir porté plainte contre les auteurs d’un faux courrier lui prêtant l’intention de développer l’enseignement de l’arabe, Najat Belkacem a donc assumé pour la première fois le fait que cette langue devienne un enseignement de base pour les jeunes Français. Dont acte.

L’arabe est une très belle langue que plusieurs de nos parents ou grands-parents ont apprise dans le cadre de leur culture générale, ou bien pour établir de meilleures relations avec les habitants du Maghreb. Charles de Foucauld, qui a sillonné la Syrie, la Palestine et l’Algérie avant de vivre en ermite à Béni Abbés, a travaillé pendant douze ans avant de publier un Dictionnaire touareg-français afin de valoriser la culture de toute cette région du Hoggar. Mais cela n’a rien à voir avec le fait de faire chanter des gamins corses en arabe pour une kermesse d’école, et encore moins avec le prosélytisme d’une ministre qui n’a pas compris que 30 % des jeunes Français entrant au lycée ne maîtrisent pas leur langue maternelle.

Si il n’y a pas de lien entre le refus d’une langue et la question raciale, contrairement à ce que croit la justice, il y en a un direct entre la langue et le communautarisme. Dans de très nombreuses zones de non-droit parmi les 750 qui gangrènent la France et d’où sont petit à petit exclus les "Français de souche", l’arabe ou différents dialectes africains sont devenus les langues parlées, en famille bien sûr, dans la rue et dans les classes d’école. Gela contribue à créer une balkanisation de notre pays. Et la priorité de tous ceux qui ont le magnifique devoir de transmettre aux plus jeunes l’instruction publique, comme l’ont fait pendant un siècle les hussards noirs de la République, n’est pas de faire chanter des enfants en arabe ou en corse, mais en français. N’en déplaise à notre ministre de l’Éducation nationale qui, plutôt que de prétendre incarner la conscience universelle en prônant l’apprentissage de la langue arabe, serait mieux inspirée de travailler en priorité à la réunification de la nation française et à la reconstitution du pacte républicain.

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