La stratégie Fillon.

Mercredi 11 décembre 2013 // La France

Plus qu’une marche à gravir. Après avoir été Premier ministre, François Fillon rêve d’être président de la République en 2017. A-t-il vraiment ses chances ? Décryptage.

François Fillon y croit. Il se prépare. 42 mois le séparent de la prochaine élection présidentielle. Trois ans et demi. Un rendez-vous qu’il ne veut pas manquer. L’ancien Premier ministre s’est déclaré, début octobre, en « flinguant » Nicolas Sarkozy et en « grillant la priorité » à Jean-François Copé. C’est qu’il n’a pas de temps à perdre, François Fillon ! Les Français se désintéressaient de son sort et il disparaissait progressivement des écrans radars de la politique. Conséquence : des sondages de popularité en chute libre. La raison est simple, il n’est plus « que » député de Paris et « ancien » : ancien ministre de l’Éducation, ancien ministre des Affaires sociales, ancien Premier ministre... Et puis, rallumer la guerre des chefs que prise tant la presse ne peut que lui être profitable. Autrement dit, son « coup de com » le remet en selle médiatique.

« LIBRE »

Par ses prises de position, l’ancien Premier ministre comble un vide sidéral à droite. L’UMP, qui n’a plus rien d’un parti néo-gaulliste, a depuis belle lurette laissé filer ses valeurs (patrie, sécurité, solidarité, défense, éducation, lutte contre l’immigration clandestine...) que le FN s’est contenté de ramasser et de cultiver. François Fillon mise donc sur le fait que la prochaine élection présidentielle se jouera en grande partie sur les valeurs qui sont aujourd’hui défendues par le parti de Marine Le Pen. Il durcit donc son discours, quitte à « franchir la ligne rouge » quand il affirme qu’en cas de duel PS/FN il voterait « pour le moins sectaire ». Clairement un appel du pied aux électeurs frontistes ! « On ne peut pas se laisser enfermer dans une doctrine de parti, peut-être confortable, mais qui ne règle rien. De toute façon, moi je ne veux plus de consigne, je suis libre », s’est-il justifié dans Le Journal du dimanche du 6 octobre. Une liberté revendiquée, qui lui permet aujourd’hui de « dézinguer » à tout va, y compris dans son propre camp, et jusqu’au sommet de l’ancienne hiérarchie gouvernementale.

HAUTEUR NÉCESSAIRE ?

Le tempo de sa déclaration de candidature n’est pas anodin. Celle-ci est intervenue juste avant la décision des juges bordelais sur le dossier Bettencourt : il fallait couper l’herbe sous les pieds de Nicolas Sarkozy, qu’il soit blanchi ou non, qu’il se déclare ou non. De ce point de vue, il a été dans le bon rythme médiatique : selon un sondage, plus de la moitié des Français ne regretteraient pas l’ancien chef de l’État.

Sur la forme, la candidature de François Fillon est légitime. D’autres anciens Premiers ministres se sont présentés à la magistrature suprême : certains ont échoué quand ils étaient encore en exercice (Chirac, Rocard, Balladur, Jospin), d’autres ont réussi quand ils ont su prendre du recul (Pompidou, Chirac). Sur le fond, il est débarrassé du bilan du quinquennat, repris en totalité à son compte par Nicolas Sarkozy. Pratique, car cela dégage un peu plus son horizon politique en lui refaisant une certaine virginité.

Est-il prêt, néanmoins, à « fendre l’armure », selon l’expression de Lionel Jospin et à proposer un programme de rupture ? L’homme promet ce programme, « un programme de vérité ». « Avec les socialistes, la situation va hélas encore se dégrader sur les impôts, l’emploi, la sécurité », assure l’ancien Premier ministre, selon qui « les Français n’en peuvent plus des demi-mesures ». Il affirme travailler sur dix réformes qu’il appliquera avec « un commando de 15 ministres ». Au menu : baisse du coût du travail, fin -des 35 heures, réduction du nombre des fonctionnaires, fusion régions-départements. Ambitieuse, l’intention est bonne. Mais est-il conscient qu’un tel programme risque de jouer en sa défaveur avant même d’être appliqué, tant il pourrait être perçu comme impopulaire ? « On se fera engueuler pendant six mois. Mais c’est le seul moyen pour en finir avec la spirale du déclin », assure-t-il.

Sous des aspects de bourgeois de province, sombre et austère, se cache une personnalité plus complexe : il brûle d’être au premier plan.

« UN BOUILLANT »

L’image reste finalement le principal problème de François Fillon. Est-il vraiment ce qu’il paraît être ? Sous des aspects de bourgeois de province, sombre et austère, se cache une personnalité plus complexe : il brûle d’être au premier plan. L’homme nourrit de fortes ambitions personnelles : « Toute sa carrière tend vers la présidence », résume un de ses proches qui poursuit : « Le bon fidèle second qu’il a souvent été, aspire à être premier. Il a surtout envie d’appliquer une politique à laquelle il croit. » Jusqu’à dire que cet amateur de voitures de sport, qui s’est senti bridé pendant de nombreuses années, veut maintenant « lâcher les chevaux » ? « Sous des airs froids, c’est un bouillant au fond de lui-même », ajoute un de ses amis. « Évidemment, je vais casser un peu de vaisselle. Tout le monde m’a reproché une image lisse et des sondages à la Simone Veil ou à la Balladur. Eh bien, l’image ne colle pas à la réalité », explique lui-même François Fillon (dans le JDD). Voilà l’explication de ses récents faits d’armes : son vote pour « le moins sectaire », son escapade moscovite avec son « ami » Poutine, son programme « iconoclaste »... Est-ce suffisant ?

« PLUS DE CHANCES QUE COPÉ »

« Ses « chances sont réelles », confie un proche qui le trouve « serein, libre, décomplexé ». La meilleure preuve ? « Il n’a pas peur de la polémique » ! Ce vrai gentil, qui peut être méchant, dispose d’un réseau suffisamment étoffé pour accéder à la présidence en 2017. « La moitié des députés sont derrière lui. Son mouvement, Force républicaine, monte en puissance », certifie-t-on dans son entourage. Il lui faudra toutefois passer le cap des primaires, mais la confiance est de mise. La moitié des militants n’ont-ils pas voté pour lui en novembre 2012, lors de l’élection interne pour la présidence de l’UMP ? De plus, ces primaires seront ouvertes à tous les électeurs : sympathisants de droite et de gauche, du centre, d’extrême- droite... Ce qui, pense-t-il, devrait le favoriser : « Il a plus de chances que Copé », avance un autre de ses proches.

La stratégie du député de Paris va aussi dépendre de très nombreux facteurs qu’il ne maîtrise pas : le calendrier judiciaire de Nicolas Sarkozy ; la volonté de Jean-François Copé de se représenter ou non à la présidence de l’UMP en 2015... « Qu’importe, c’est maintenant ou jamais. Il doit saisir sa chance », résument ses compagnons de route. Qui sait, François Hollande a bien été élu président.

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